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Une course, une histoire – Fabien Izoird


On profite de l’ouverture de la saison de Supercross US 2024 pour dévoiler un nouvel épisode de la rubrique “Une course, une histoire”. C’est Fabien Izoird – AKA le Métronome – qui s’y colle cette fois-ci. L’homme aux six titres de champion de France de Supercross – et double champion d’Europe de la discipline – a déambulé aux 4 coins du monde au fil d’une carrière bien remplie. S’il a pris une retraite bien méritée en 2021, il n’en reste pas moins actif dans le milieu et notamment auprès de Lucas Imbert. On a proposé à Fabien de nous raconter une anecdote de son choix. Il nous fait replonger 13 ans en arrière: quand un petit dépassement en Allemagne change la donne et ouvre – indirectement – la porte de l’une des plus grosses équipes du monde … Micro.

Fabien Izoird: “Durant ma carrière sportive, plusieurs courses restent évidemment dans ma mémoire. Qu’il  s’agisse du résultat, de la façon, des conditions, des anecdotes … Là, c’est surtout des conditions qu’on va parler. Le 5 Février 2011, je me retrouve derrière la grille de départ du Supercross d’Anaheim pour participer à une finale 450 au guidon de la KX-F d’usine, mais il faut savoir que j’étais encore chez moi – en France – en début de semaine à me préparer pour disputer une course d’endurance.

L’histoire débute au Supercross de Dortmund un mois avant, en Janvier 2011. Tous les yeux sont rivés sur un pilote Australien nommé Matt Moss. Matt – et c’est officiel – va remplacer Jake Weimer qui s’est blessé avant l’ouverture du championnat AMA. À l’époque, Jake est le nouveau coéquipier d’un certain Ryan Villopoto. Matt Moss avait déjà un contrat avec un team Allemand pour rouler à Dortmund.; il devait donc rouler en Allemagne avant de récupérer le guidon de Jake Weimer chez Factory Kawasaki aux USA.

Fin 2010, Jake Weimer signe chez Monster Energy Kawasaki pour faire ses débuts en 450 en 2011. Il se blessera au bras à l’entraînement chez Ryan Villopoto avant le début de saison

Lors de la soirée du samedi à Dortmund, je me retrouve dans une grosse demi-finale. Il faut intégrer le top 5 pour aller en finale; les autres passent par la LCQ et faire les LCQ en Allemagne, ce n’est vraiment pas marrant. Ça ne l’est jamais de toute façon, mais tout particulièrement en Allemagne. Lors de cette demi-finale, je suis sixième et bloqué derrière Matt Moss. Impossible de trouver l’ouverture; j’attends donc le dernier virage pour tenter un coup de poker. Je fais un dépassement digne d’un Florent Richier qui roule à domicile et je double l’Australien sous le drapeau à damier pour accéder directement à la finale du samedi. Matt doit prendre la direction de la LCQ, mais il chutera et se cassera le bras lors de cette manche. Qui dit blessure, dit la perte de son guidon de remplaçant chez Monster Energy Kawasaki aux USA.

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Avec ma femme, on rentre d’Allemagne tranquillement et on commence à préparer ma participation à une course d’endurance à côté de chez moi, qui doit se disputer quelques jours plus tard. Le Supercross US bat son plein. Durant les épreuves de Los Angeles et Oakland, Ryan Villopoto se retrouve seul sous l’auvent Kawasaki car aucun pilote ne convient à l’équipe pour remplacer Jake Weimer. Monster demande – bizarrement – activement au manager de l’équipe – Mike Fisher – de trouver un remplaçant car la convalescence de Jake va durer. Florent Richier se retrouve en tête de liste des pilotes Kawasaki en Europe de par sa domination en Allemagne. Il est pilote officiel Kawasaki en Allemagne via Pfeil mais il refuse le guidon; Florent ne se sent pas prêt à endosser ce rôle. Second pilote sur la liste: Grégory Aranda. Grégory roule pour Bud Racing cette année-là. De mémoire, il était chaud patate mais le team Bud Racing roulait sous les couleurs de Rockstar Energy et ne souhaitait pas voir Greg porter du Monster Energy pour des raisons contractuelles évidentes. Le manager de Kawasaki se tourne vers Matt Lemoine, mais l’essai n’est pas concluant.

Le 32 s’est transformé en 321 pour … Fabien Izoird !

De là, il ne reste plus aucun pilote Kawasaki USA ou Europe. Mike Fisher doit donc faire avec un pilote qui est disponible, et qui roule sur une autre marque. Grâce à Xavier Audouard et à mon agent – Gerard Valat – mon nom se retrouve sur cette fameuse liste de pilotes. Mes 6 courses aux côtés de Cyrille Coulon aux USA en 2010 m’ont également bien aidé. Dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 Janvier, je reçois un SMS sur les coups de 3 heures du matin; c’est mon agent Gérard qui me dit: “Appelle moi, c’est urgent.” Je me dis que c’est une erreur, mais ma femme insiste pour que je le rappelle. Il faut savoir qu’à ce moment-là, Cyrille Coulon et sa femme sont chez moi car on doit participer à cette fameuse endurance ce même week-end; et ils sont venus de Picardie. J’appelle donc Gérard qui me dit “Tu veux essayer la Kawasaki d’usine pour – potentiellement – remplacer Jake Weimer ?”. Je lui réponds oui, mais je lui demande quand. “On part dimanche, je t’envoie tout demain par e-mail.”

Me voilà qui annonce la nouvelle à ma femme; on n’a pas dormi de la nuit. J’ai dû annoncer la “mauvaises nouvelle” à Cyrille au petit-déjeuner le lendemain, à 7 heures du matin. Il était content pour moi et lui, il s’est tapé l’endurance tout seul dans une boue de folie [rires].

Le dimanche 29 Janvier, ma femme m’accompagne à l’Aéroport de Montpellier; je prends un vol pour Paris afin de rejoindre Gerard Valat. Ensemble, on part ensuite pour Los Angeles. Après une visite des locaux de Kawasaki et après avoir fait du testing moto le mardi et le mercredi, le boss de Kawasaki m’annonce la nouvelle: je serai aux côtés de Ryan Villopoto jusqu’au retour en piste de Jake Weimer. J’ai directement écrit à ma femme pour lui annoncer la nouvelle !

Le team souhaitait me faire attaquer à Houston une semaine plus tard, mais je demande à être en piste le samedi même – 2 jours plus tard – à Anaheim. Le boss me demande si je suis sûr de moi, et je lui réponds “Yes sir, i’m here to race !” Après quelques coups de téléphone, tout est ok. J’ai un casque de peint, une tenue de préparée, mes lunettes sont prêtes, je suis engagé et j’ai ma licence. Mon mécanicien est appelé, et il me prépare la moto.

Fabien avait un deal Factory, le rêve aura duré 11 épreuves

Un gros 48h plus tard, me voilà à Anaheim. Beaucoup d’yeux sont tournés vers moi, je suis l’inconnu qui est désormais coéquipier de Ryan Villopoto. Je me qualifie directement pour la finale mais je terminerai avant-dernier, devant Ryan Dungey qui cassera ma chaîne dans un contact. La suite, c’est 10 épreuves et j’ai participé à 9 autres finales. J’ai signé un holeshot mémorable et j’ai signé une 11ème place à Jacksonville comme meilleur résultat.

Ce 5 Février 2011 à Anaheim reste l’épreuve la plus bizarre de ma carrière. Je n’ai pas eu de moto à démarrer, aucune affaire à préparer, pas de trace à faire derrière la grille de départ. Tous mes tours de piste ont été filmés, un membre du team me préparait ce dont j’avais besoin. J’avais un mécanicien, un ingénieur moteur et un ingénieur suspension rien que pour moi. C’était aussi l’une des seules courses sans la présence de ma femme.

Voilà comment j’ai été pilote d’usine – dans le vrai sens du terme – pendant 11 épreuves et au sein du meilleur team du moment. J’ai eu le meilleur coéquipier du moment et le staff qui allait avec. Ryan Villopoto réalisera d’ailleurs une année incroyable en 2011 en devenant champion de Supercross, de Motocross, en remportant le million de la Monster Cup et en remportant le Motocross des Nations avec les USA.”

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Une course, une histoire – Fabien Izoird

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