Une course, une histoire – Serge Guidetty

Une course, une histoire”; c’est une rubrique sans prétention qui a pour objectif de vous permettre de replonger dans les moments les plus marquants des carrières de vos pilotes tricolores favoris. Amateur d’anecdotes ou d’histoires insolites, on fouille dans des souvenirs, parfois lointains … Pour ce 13ème opus, c’est le champion de France de Supercross de 2002, Serge Guidetty – désormais team manager du team GSM Yamaha – qui revient sur une soirée mémorable sur le Supercross de Bercy, 26 ans plus tôt.

Serge Guidetty.

« Au cours de ma carrière, j’ai traversé les époques. J’ai connu le Supercross de Bercy, celui au Stade de France, je n’ai pas roulé au Parc des Princes mais j’ai connu les supercross qui ont remplacé Bercy, comme ceux de Lille et de la U-Arena.

Il y a eu deux moments marquants dans ma carrière lors de la même soirée; c’était au Supercross de Paris-Bercy, en novembre 1995. Lors de la deuxième soirée – celle du samedi – je pars troisième de la finale. Tous les bons Français de l’époque étaient présents: David Vuillemin, Stéphane Roncada, Sébastien Tortelli et j’en passe.

En face, il y avait également les tops Américains, dont l’officiel Kawasaki Pro Circuit du team de Mitch Payton: David Pingree qui était à l’époque un top pilote aux USA.

Lors de cette finale, je passe rapidement second, je double David Pingree dans le second ou le troisième tour et me voilà parti pour une finale où je mène la majorité des tours devant l’Américain. Le public était en folie, on était sur un gros Supercross Français avec un pilote tricolore en tête qui double le meilleur Américain – qui avait tout gagné jusque-là – tout le monde était à bloc. À un ou deux tours de la fin, David Pingree me fait un bloc-pass bien dégueulasse, il me balaye la roue avant et je tombe. Grosse douleur au genou, je repars et je termine – de souvenir – 4ème de cette finale. 

Finalement, je serai touché au ménisque, et je devrais me faire opérer par arthroscopie quelques semaines après le supercross de Paris. Je suis passé par tous les états: celui de l’euphorie de mener l’un des plus gros et plus prestigieux Supercross qui se fait en Europe, à celui de la déception de m’être blessé en me faisant envoyer au sol.

Sur ces épreuves-là comme sur le championnat de France de Supercross à l’époque dans les Palexpo comme Grenoble ou Lyon, ce qui est le plus impressionnant, c’est le bruit que fait le public. On est vraiment très sensible à ça et c’est presque déstabilisant tellement la présence du public est puissante. Avec les années, on l’intègre, ça rentre dans la logique de ces événements et c’est quelque chose dont on fait presque abstraction.

Pour ce Supercross là, quand on arrive à prendre la tête d’une finale, on est en transe, on se sent pousser des ailes et on délivre la grosse attaque. Tous les sens sont développés, on est très concentré, on se sent presque comme un ‘surhomme’.

Cette finale, c’était le premier effet kiss-cool de cette soirée Parisienne.

Deuxième effet kiss-cool, c’est qu’après la soirée se déroulait le concours de Freestyle. Je gagne ce concours devant tout le plateau dont Jeremy McGrath qui était la superstar Américaine aussi bien en tant que pilote qu’en tant que Freestyler, même si ce n’était pas son domaine. Il faisait quand même le Superman, le Nac-Nac … Je gagne ce concours au sonomètre, aux applaudissements et grâce aux cris du public; je gagne devant Jeremy McGrath, Edgar Torronteras et Mike Metzger qui était la star Américaine du Freestyle, il y avait aussi Larry Ward, Jimmy Button et j’en passe.

C’était le freestyle à l’ancienne, on avait l’appel du saut d’arrivée en guise de rampe et on faisait ça sur un saut normal. C’était encore sur des machines deux temps.

J’ai gagné le concours de saut grâce à ma figure; j’ai été le premier pilote à lancer le ‘candy-bar’ en compétition. Le candy-bar, c’est passer le pied entre les bras par-dessus le guidon et le poser sur le garde-boue avant tout en restant figé quelques dixièmes de seconde en regardant le public, avant de revenir.

Pour l’histoire de cette figure, j’avais un très bon ami à moi qui faisait du BMX. On se retrouve sur mon terrain de cross quelques semaines avant le Supercross de Paris-Bercy et ce fameux concours de saut. On se disait que ce serait intéressant que j’invente une figure. Il me montre quelques figures en bicross et me parle du Candy-Bar. En trois passages, j’ai posé le candy-bar. Le premier coup, je mets le pied dans la mousse de guidon, le deuxième je passe difficilement le pied et le troisième coup, je mets le pied derrière le guidon. Pour l’anecdote, j’ai de nombreuses fois passé le pied sans ne jamais le ramener, je restais en équilibre sans savoir comment, et des fois je tombais sur le côté et ça râpait bien les côtes [rires].

Pour une autre anecdote, il y a également eu ma victoire de manche qualificative en mondial à Uddevalla, en Suède en 2002, je roulais pour un team Yamaha managé par Christian Bayle. On avait bien bossé, la saison était en dents de scie car j’étais grand et lourd et je partais souvent mal en 125. Pour le coup, tout s’est bien goupillé lors de la manche qualificative, j’ai pris un bon départ, j’ai roulé ma manche, j’étais facile, vraiment bien, et j’ai gagné. Le dimanche, je pars très mal, et je termine 17ème. Les départs pesaient très lourd dans la balance et le grand prix du dimanche n’a pas du tout été extraordinaire.

Cela dit, ma victoire en championnat de France National à Saint-Barthélémy-de-Vals en 125 d’il y a deux ans alors que j’avais 42 ans, ça reste aussi un sacré souvenir; le plus récent. »

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