Interviews

Valentin Teillet « Pour 2023, je ne voulais pas de pilote qui ramenait du budget »

Image: Manu Fortineau

L’équipe 737 Performance GasGas OxMoto a dévoilé l’identité de ses pilotes pour la saison 2023. Tim Lopes, Mathis Valin & Brice Maylin représenteront la structure Française sur les épreuves nationales & internationales la saison prochaine. Manager de l’équipe – et même pilote cette saison sur l’Elite MX2 – Valentin Teillet nous explique ses choix pour l’avenir, et nous dresse le bilan d’une saison 2022 qui s’est disputée aux 4 coins de France et d’Europe. Micro

Valentin, tu viens d’annoncer 3 pilotes au sein de l’équipe 737 Performance GasGas OxMoto pour la saison 2023. Les effectifs sont réduits par rapport aux dernières années; pourquoi ?

Il faut gérer des pilotes, gérer les entourages, et ce n’est pas simple quand il y a beaucoup de monde. J’ai concentré le team sur l’avenir, le potentiel. Comme au sein de tous les teams, on retrouve différents types de pilotes; il y a ceux qui vont ramener un budget pour rouler et ceux qui sont pilotes officiels, qui sont relativement bien aidés par les équipes. Pour 2023, je ne voulais pas de pilote qui ramenait du budget; je voulais que le team investisse sur ses pilotes officiels pour les faire évoluer dans les meilleures conditions possibles. On passe vraiment un cap.

Le team n’a plus vocation à tenter d’aller chercher un titre sur l’Elite MX2 ?

Non. La catégorie reine reste la catégorie 450. Moi, je ne veux pas trop m’éparpiller non plus et le team sera bien représenté dans la plupart des catégories. Aujourd’hui, GasGas France me fait confiance et ils veulent se positionner avec un pilote 450 sur le championnat de France Elite.

Brice Maylin sera sur l’Elite MX1 avant de redescendre en 250 sur le Supercross. Pourquoi le choix s’est-il porté sur Brice pour la saison prochaine ?

Brice roule très bien en Motocross en 450, il a d’ailleurs fait une manche 3ème à Romagné en début d’année sur l’Elite. C’est un pilote que je suis depuis pas mal de temps; il évolue à chaque sortie. De l’extérieur, c’est quelqu’un de très respectueux, de motivé, et avec très peu de moyens. Aujourd’hui, je donne sa chance à un pilote qui n’a que peu de moyens. C’est son opportunité, il en a conscience, et l’approche que j’ai avec lui me plaît, ça me motive à l’accompagner pour le faire progresser. C’est l’un des pilotes les plus jeunes en 450, il a seulement 24 ans. Il est discret, certes, mais le potentiel à exploiter en tant qu’entraîneur est là. Il ne fait pas de bruit, c’est important pour nous, pour le team. On n’a jamais entendu Brice critiquer ou faire des vagues et si l’an prochain, on va chercher le devant de la scène en France, ce sera tout bénef’ pour nous car ce sera un pilote que le team 737 Performance GasGas OxMoto aura réussi à faire évoluer; c’est un peu l’état d’esprit de notre structure aujourd’hui.

Brice Maylin évoluera pour une structure éprouvée la saison prochaine

Jusque-là, tu t’étais arrêté aux pilotes en 85 avec l’Espoir et l’Europe 85. Tu viens de signer le jeune Tim Lopes, qu’est-ce qui t’a plu dans le fait d’aider un pilote qui évolue encore en 65cc ?

J’ai signé Tim pour deux ans, avec une option pour 2025. Intégrer le team, c’était une volonté de la famille Lopes. Je voulais un jeune pilote, on a regardé ceux qui étaient disponibles. Adrien [Lopes] s’est manifesté rapidement en me disant « je veux que mon fils rentre au sein de ta structure, parce que je sais que c’est la meilleure chose pour lui ». Rien que ça, ça m’a touché. Ce n’est pas la même chose quand un pilote vient nous démarcher, et quand nous on va démarcher un pilote, surtout quand ils sont jeunes. Quand tu vas chercher de jeunes pilotes, je trouve qu’ils se sentent un peu trop pousser des ailes du genre « On est venu me chercher, c’est tout bon, ma carrière est toute faite ».

Ce qu’on veut, c’est accompagner un pilote dans sa carrière. En 85cc, on n’a pas vraiment trouvé de pilote sur lequel on se disait qu’on aurait pu investir et lui fournir du matériel, un pilote qui aurait cette envie qu’on a ressentie avec Tim Lopes. On a tout de suite compris que Tim allait saisir cette opportunité; c’était ce que je voulais pour l’année prochaine. On voulait donner sa chance à un jeune pilote qui en avait vraiment envie. Ça faisait plusieurs mois qu’on réfléchissait à ça.

L’idée, c’est d’amener Tim vers le 85 progressivement ?

C’est ça. On va regarder comment Tim va grandir cet hiver pour savoir si on le fera rouler en Minivert 65 ou 85. Dans tous les cas, il participera à l’Europe et au Mondial en 65. Tim va rouler sous nos couleurs d’ici la fin du mois de Septembre.

Tim Lopes participera à une épreuve aux USA – les Mini O’s – sous les couleurs de l’équipe 737 Performance GasGas en fin d’année @Mx July

Mathis Valin sera toujours présent chez 737 Performance GasGas l’an prochain, il avait prolongé son contrat pour deux ans en 2021. Il a réalisé sa première saison en 125 avec un programme chargé: Junior, Europe, Mondial Junior, etc, etc. Quel bilan tires-tu de la saison 2022 de Mathis ?

L’année 2022 était une année riche en apprentissage pour Mathis. On était réaliste, on savait qu’on n’allait pas tout casser. On a été très critiqué quand on a annoncé que Mathis allait faire une année de plus en 85cc en 2021 mais c’était justement pour prendre un peu de la confiance en lui, de la technique, et ça a payé. Il faut savoir que Mathis a été blessé pendant tout l’hiver donc en début d’année, il était moins présent et on a pris notre temps avec lui. Il a passé 3 mois sans rouler tout de même. La technique acquise sur la 85 l’an dernier, on a réussi à la traduire sur la 125 cette année; c’était l’objectif. Côté résultats, ils sont bons pour moi, même si on peut voir des résultats en dents de scie, c’est ce qu’il faut qu’on améliore aujourd’hui.

Parfois, Mathis était très bon et parfois, vraiment moins bon. C’est un point sur lequel on doit travailler mais on sait qu’il est capable d’être régulier car en 2021, il avait gagné 11 des 12 manches du championnat de France Espoirs.

Mathis Valin est actuellement leader du championnat de France de Supercross chez les Juniors @Manu Fortineau

On ne sera plus sur une année d’apprentissage en 2023 avec Mathis, mais sur une année de performance et l’état d’esprit sera différent. On va travailler dur, on va attaquer un hiver en bonne santé, c’est une bonne chose et ce sera important. L’avantage, c’est qu’on sait ce sur quoi on doit travailler, et c’est également un point important en tant qu’entraîneur. J’ai préparé son entraînement hivernal, ce ne sera pas facile pour lui car ce sera son premier hiver où il travaillera pour un objectif très concret. Je pars du principe qu’en 85cc, les pilotes restent des enfants, on ne peut pas trop leur « rentrer dedans ». Maintenant, je fais prendre conscience à Mathis que ce n’est plus un amusement, mais un travail – tout en gardant le côté plaisir – mais un travail quand même. La rigueur sera importante à tenir.

Avec Mathis, on va viser le titre en Junior et les avant-postes sur l’Europe.

Sur un plan personnel, tu étais parti sur l’Elite MX2 cette année. Tu étais dans le coup avant de te blesser. Quel serait ton propre bilan sur le plan personnel ?

Il était bon en début d’année. Il faut savoir que j’avais beaucoup de choses à penser même si aujourd’hui on est quand même bien structuré. J’ai ma compagne Fanny qui nous a rejoints dans le team pour nous aider. Moi, je n’avais pas vraiment la tête à 100% à rouler mais malgré tout, j’ai été chercher des podiums de manche; c’était flatteur mais je ne me suis pas vraiment épanoui à rouler et je me suis blessé au dos. Je me suis laissé tenter car il y avait une demande de certains partenaires – je n’étais pas contre – mais avec le recul, est-ce que c’était une bonne idée ? Pas forcément. J’ai quand même pris du plaisir, ça a tiré mes pilotes vers le haut à l’entraînement cet hiver donc c’était un plus mais c’est sur et certain, je ne le referai pas.

Valentin Teillet a repris du service sur l’Elite MX2 cette saison @MxJuly

Un mot sur le niveau de l’Elite, avec la règle qui obligeait à certains pilotes du National 250 à monter sur l’Elite. Est-ce que ç’a na pas tiré le niveau vers le bas, finalement ?

Non. Je trouve que c’est bien. Le championnat de France National a été créé pour des pilotes avec peu de moyens, tout en leur permettant de rouler devant. Ce qui leur permet par la suite d’aller chercher plus de partenaires. Voir des pilotes gagner sur le National et faire 3ème de l’Elite pour moi, ça ne rime strictement à rien. Pour moi, cette règle est une bonne chose et à mon avis, il faut la garder.

Tant qu’on est dans les règles. La limite d’âge sur l’Europe est passée à 21 ans en 250, c’est une bonne chose ?

Quand on voit le nombre de pilotes derrière la grille de départ du mondial MX2, oui. Mettre une limite d’âge sur l’Europe, ce n’est pas plus mal car on avait vu des pilotes de 30 ans venir sur l’EMX250 par le passé; est-ce que c’est vraiment leur place ? Je ne pense pas.

S’ils veulent remplir les grilles du mondial MX2, il pourrait être intéressant d’enlever la limite d’âge de cette catégorie. On en voit aux USA des pilotes qui avaient un certain âge et qui roulaient en 250. Ces limites d’âge font toujours peur, ça brusque parfois les jeunes et les parents surtout, ils ont peur de s’éterniser et de perdre du temps alors que c’est faux. Ils veulent trop brûler les étapes dans les 3/4 du temps. Ils ont peur de perdre une année, ils brûlent les étapes sans se rendre compte qu’une année supplémentaire dans la cylindrée aurait pu être bénéfique.

Certains voudraient mettre leur gamin en grand prix à 16 ans, mais des Roczen et des Herlings il y en a eu 2 pour 1000 pilotes, il ne faut pas rêver. S’ils en sont là aujourd’hui, c’est aussi grâce au travail fait en amont. Pourquoi les pilotes ont-ils des entraîneurs de bonne heure aujourd’hui ? Car l’entraîneur est là pour leur faire gagner du temps et professionnaliser le pilote, ce qui permet d’être mature à 16 ans. Bruler les étapes quand un pilote n’est pas mature, ça fait l’effet inverse.

Valentin Teillet propose aussi ses services d’entraîneur via le biais des stages 737 School & du bootcamp 737 Boost @Manu Fortineau

Il y a le team 737 Performance, mais aussi la 737 School et le programme 737 Boost. Quel bilan tires-tu de ces programmes ?

Un super bilan. Le 737 Boost est plus axé sur le haut niveau et on a eu de très bons résultats avec. On a eu des pilotes qui se qualifiaient tout juste au Junior qui sont allé chercher de très bonnes places en un hiver avec une grosse progression.

Le 737 School est plus axé régional mais là aussi, on a eu de bons résultats avec plusieurs titres régionaux.

Je m’épanouis vraiment aujourd’hui avec cette école de pilotage et dans le team. Il y a une structuration et des échelons: La 737 school, le 737 Boost et le team 737 Performance. Un pilote qui me fait confiance peut avancer avec nous et avoir – pourquoi pas – une opportunité d’intégrer le team. Après, l’opportunité n’est pas acquise car quand on roule pour le team, on roule pour des partenaires, il y a des comptes à rendre. Les partenaires doivent valider les résultats des pilotes. Sur le 737 Boost et la 737 School, ce sont des parents qui payent une prestation pour faire progresser leurs jeunes, c’est encore différent.

Aujourd’hui, je m’occupe de 737 Performance dans sa globalité, qusiment. J’ai ma compagne Fanny qui s’occupe de beaucoup de choses comme le côté comptabilité ou la marque de vêtements de l’équipe – 737 Style – mais j’ai aussi de l’aide de mon papa et de Jean-Rémi Leroy.

Aujourd’hui, j’arrive à faire l’ensemble des activités de 737 – que ce soit le team, la school et le boost – car on est bien structuré. Il faut également savoir que les pilotes du team participent aux schools et aux boosts en plus; ce sont des points de repère importants pour les pilotes qui viennent profiter de ces prestations.

En quoi ça consiste, finalement, ce Boost et cette School ?

Le 737 Boost, c’est une préparation hivernale de 4 mois. Une préparation poussée, physique, mentale, technique et tactique.

Le 737 school, c’est plus adapté au niveau régional, c’est entre 10 et 12 stages – effectués en Vendée – étalés sur toute l’année pour un niveau plus axé ligue et non National.

Valentin Teillet « Pour 2023, je ne voulais pas de pilote qui ramenait du budget »
Retour
error: Uh, Oh !?!