Comment rendre le MXGP plus attractif, à la fois sur le plan commercial et en termes d’audience ? Une question simple en apparence, mais qui renvoie en réalité à des enjeux majeurs pour le championnat.
Dans un contexte où les acteurs principaux cherchent à franchir un cap sur le plan économique et médiatique, la question de l’attractivité auprès du grand public et des investisseurs revient inévitablement au centre des discussions. La passion est toujours là, mais elle ne suffit plus à elle seule à faire évoluer le sport. Alors, comment transformer un sport de niche en un produit capable de séduire au-delà de son audience actuelle ?
Dans ce second volet de mon enquête auprès des membres de l’industrie, Josse Sallefranque me donne sa vision des choses. Selon le patron du team Honda SR Motoblouz — qui accompagne notamment Thibault Benistant et Kévin Horgmo en MXGP — une première piste serait de miser sur l’accessibilité du sport et sa capacité à lui faire raconter des histoires. Josse souligne que le championnat devrait davantage ouvrir ses portes afin de multiplier les contenus toujours plus immersifs. Objectif : créer de l’engagement, mais aussi de l’attachement. Une logique qui pourrait permettre de mieux équilibrer la manière dont le motocross est perçu, face à une exposition médiatique parfois limitée, sinon peu fidèle à la réalité du sport, dans les médias grand public. Une façon de reprendre la main sur le récit du sport et de mieux le valoriser.
« Selon moi, il faut garder en tête que le MXGP doit rester accessible », explique Josse. « Il faut continuer à faire des sujets dessus sur les différentes plateformes, sur les réseaux, que ce soit via ton média, via MX Actu. En fait, il faut donner envie aux gens de rentrer un peu plus au cœur du sujet. C’est, personnellement, ce qui me plaît. Par exemple, je ne suivais pas trop la Formule 1 ; c’est très commercial. Mais au final, je me suis fait prendre au jeu et ça m’a plu. Ce qui a marché pour moi, c’est le fait d’avoir des sujets sur la Formule 1 sur Netflix qui nous permettent — facilement — de plonger en interne, derrière les portes fermées. Ça donne envie, il y a des émotions qui passent via les pilotes, les équipes. Tu te dis que, finalement, untel est sympa, qu’un autre fait des choses intéressantes. Et au bout du compte, on voit bien plus de choses qu’à la télévision, en ayant des sujets sur les teams, les pilotes, etc. »
Au-delà du contenu autour du championnat du monde MXGP, Josse Sallefranque insiste également sur un autre levier clé : l’accès des médias aux équipes et aux pilotes. Pour lui, les acteurs du paddock ont aussi un rôle central à jouer dans la transmission des émotions et de la réalité du sport, à condition d’être placés au plus près de l’action.
« Il faudrait aussi que les médias comme toi aient des facilités d’accès aux teams, que vous puissiez être encore plus facilement au cœur du sport et de l’action, car vous êtes en position de transmettre ces émotions et montrer aux gens que ce n’est pas simple, qu’on se bat, qu’on est des passionnés. C’est bête, mais automatiquement, les gens aiment bien les warriors, ceux qui ne lâchent pas. Je pense qu’il faudrait vous donner encore plus d’accès aux teams. Pourquoi ne pas vous permettre d’assister à certains meetings des équipes, faire encore plus d’interviews avec des pilotes, à chaud, pour pouvoir rentrer vraiment dans le cœur du sujet ? »

Face à la question centrale de l’ouverture du MXGP à une nouvelle audience, Josse Sallefranque met en avant une autre piste qu’il juge indispensable : l’investissement. Car c’est avant tout en renforçant la production et la diffusion de contenus autour du sport, grâce à l’implication de tous les acteurs du championnat, que le MXGP pourra franchir un cap et toucher un public nouveau et plus large.
« La première étape pour aller chercher une nouvelle audience, c’est l’investissement », concède, sans surprise, le boss du team Honda SR Motoblouz. « Et un investissement, ça peut marcher, comme ça peut ne pas marcher. Mais si demain on arrive à trouver un levier pour attirer le grand public, si on a une grosse enveloppe qui est déposée pour des sujets — comme sur Netflix ou sur d’autres supports destinés au public plus large — automatiquement, les gens vont s’y intéresser. AutoMoto La Chaîne, c’est déjà très bien, mais il faudrait que ça passe tout le temps sur L’Équipe, sur des chaînes plus larges. Selon moi, les gens s’intéressent à un sujet pour la simple et bonne raison qu’on leur amène l’information. On est quand même un sport de niche. Demain, s’il y a un gros investissement fait auprès du MXGP, ça passera encore un cap, et c’est vrai que ça nous aidera tous, de manière automatique. Maintenant, reste à savoir qui va pouvoir investir pour nous. »
Dans un débat où le MXGP doit chercher à accélérer son développement sans fragiliser ses bases, la position du promoteur reste un équilibre délicat à trouver. Entre volonté de stabilité et nécessité de faire évoluer le championnat, la marge de manœuvre est étroite pour un acteur dont la stratégie s’inscrit avant tout dans le long terme. Pour Infront Moto Racing, cette équation impose donc des choix mesurés, comme le souligne Josse.
« La position d’Infront est toujours délicate », admet-il. « Dans tous les cas, ils ont une certaine stabilité. Dans ce contexte-là, je comprends qu’il doit être difficile — en termes de stratégie — de se dire : “Bon, voilà, on passe un cap, on prend le risque, on investit encore plus.” Parce que le promoteur du championnat est quand même dans une logique de longévité. Maintenant, ce dont on peut être très contents du promoteur, c’est que le MXGP passe à la télévision. Ça n’a pas toujours été le cas. Et là-dessus, je suis clair : nous, ça nous aide beaucoup que le MXGP passe à la télévision tous les dimanches en direct sur AutoMoto La Chaîne. Ça nous aide énormément à continuer, parce que les gens arrivent à suivre les résultats à travers la télévision, alors même qu’on est aux quatre coins du monde. »
Dans une quête de nouveaux relais de développement, l’arrivée d’un nouveau géant économique tel que Petronas est scrutée de près par les équipes du paddock. Un signal que certains considèrent comme essentiel pour renforcer l’attractivité du championnat et ouvrir la porte à d’autres investissements à plus grande échelle. Déjà évoquée en amont avec Hans Corvers, la question de l’impact des nouveaux sponsors trouve un écho similaire auprès de Josse Sallefranque, pour qui ce type de collaboration pourrait jouer un rôle dans l’évolution économique du championnat.
« L’arrivée de Petronas est une bonne chose, complètement. Déjà, il y avait Monster, il y avait Red Bull. Quand tu arrives à avoir un sponsor comme Petronas en plus, c’est top. Parce que ça peut sûrement attirer d’autres multinationales. C’est pour ça qu’en fait, j’espère que ça va fonctionner pour Honda et Petronas. Parce que si ça fonctionne pour eux, demain, ça ouvrira peut-être des portes pour Yamaha, pour KTM, et ainsi de suite. Et même pour nous, pour les teams privés. Si demain, ces investisseurs et sponsors arrivent, veulent se greffer au championnat parce qu’il y a de la télévision, de beaux sujets, que c’est bien mis en avant, ça va automatiquement en attirer d’autres vers notre sport. »

Si les structures ne peuvent pas influencer les grandes orientations du championnat du monde MXGP, elles disposent en revanche de leviers directs pour renforcer leur propre attractivité auprès des sponsors. Pour Josse Sallefranque, la performance sportive, la régularité et la gestion sur le long terme constituent les fondations essentielles de cette valorisation, dans un équilibre permanent entre résultats, image et stabilité financière.
« Augmenter la valeur d’un team en MXGP, déjà, ça passe par les résultats. Automatiquement, plus tu signes de bons résultats, plus tu seras mis en avant, et plus les gens te suivront ; et donc les gens auront envie d’investir dans ton team car tu les feras vibrer. Ensuite, il y a la longévité. Là, ce n’est pas évident. Pour durer, il faut avoir un certain sérieux, et ne pas se cramer les ailes : donc respecter son budget, ne pas s’enflammer sur une année et ne plus rien pouvoir faire la seconde parce que tu auras tout bouffé ou utilisé plus que ce que tu avais. C’est une gestion très importante, qui est liée aux résultats sportifs. Et c’est pour ça que, parfois, il y a des pilotes qui ont du mal à comprendre. Ils se disent que les teams sont tendus avec les résultats, que dès qu’ils roulent mal, les teams ne sont pas contents, qu’il y a du monde quand ils gagnent, et plus personne quand ils perdent. Alors déjà, dans notre cas, je dirais que c’est faux. Quand notre pilote passe par des moments compliqués, on est là pour lui. Après, et en toute transparence, on est obligé de lui dire qu’on ne peut pas enchaîner trop de mauvais résultats. Pourquoi ? Parce qu’à un moment donné, les sponsors vont perdre confiance, perdre en motivation, et ils vont nous retirer du budget. C’est ce budget-là qui sert à faire tourner l’équipe et à payer ledit pilote. Donc ce n’est pas simple. »
Dans un environnement où l’image et les performances s’entremêlent de plus en plus, Josse Sallefranque rappelle que le digital occupe aujourd’hui une place croissante. Réseaux sociaux, contenus et visibilité jouent un rôle réel dans l’attractivité des structures auprès des sponsors.
Mais pour le patron de Honda SR Motoblouz, le véritable point d’ancrage reste ailleurs : la performance sportive demeure le facteur décisif pour les investisseurs, confirmant que, malgré l’évolution des usages médiatiques, le résultat sportif reste le cœur de la valeur d’un team en championnat du monde.
« Est-ce que la partie influence et image a pris le dessus sur le résultat sportif aujourd’hui ? Alors non. Pour le coup, ce sont deux publics différents. Si on parle de la partie financière pure et dure du team, c’est vraiment le côté sportif qui compte. Bien sûr, il faut avoir une belle image, il faut être bien représenté. Mais pour l’investisseur, le résultat sportif est important. De là vient la seconde partie, qui est plus axée grand public. C’est vraiment scindé en deux. Pour cette deuxième partie, il ne faut pas lésiner sur la communication et les réseaux sociaux. Il faut trouver des idées, investir dans un bon community manager, investir dans les vidéos, les photos, pour bien mettre en avant le team. Parce qu’au final, les sponsors sont quand même contents de voir un certain nombre de vues sur les vidéos, un certain nombre de followers sur les plateformes. Mais la plupart des partenaires restent quand même très attachés au résultat sportif, qui est le point le plus important. »
Plusieurs autres acteurs du paddock, dont Hans Corvers, Jacky Martens, Steve Dixon et Bruno Verhaeghe, ont également partagé leur vision sur le sujet, apportant chacun un éclairage complémentaire à ce débat de fond. Des points de vue qui viendront étoffer ces deux premiers opus. Restez connectés.










