Il fut un temps où voir une Kawasaki floquée du logo Pro Circuit enchaîner les victoires sur les championnats de Supercross 250 relevait presque de la routine. Une époque où Mitch Payton empilait les titres, où le vert dominait, et où l’équipe officielle Kawasaki était « The Place to be ». Une autre époque.
Car aujourd’hui, la réalité est toute autre. Derrière les investissements conséquents, les quelques victoires et les podiums à répétition, une statistique dérange : Pro Circuit Kawasaki n’a plus remporté le moindre titre en Supercross depuis près d’une décennie. Et à mesure que les années passent, l’attente commence à peser lourd sur la structure qui a longtemps dicté sa loi.
Un — maigre — espoir subsistait encore ce samedi au départ de la finale 250 de Philadelphie avec Seth Hammaker. Il s’est envolé en quelques secondes. Non, Pro Circuit ne renouera pas avec le titre en Supercross cette année. Une occasion de faire un retour sur la plus longue disette de l’histoire du team de Mitch Payton.

Dans la théorie, la saison 2025 pourrait (presque) ressembler à un retour aux sommets pour Pro Circuit Kawasaki. On parle pourtant d’une année où les ambitions ont rapidement été douchées à l’Ouest, tandis qu’elles restaient intactes – mais fragiles – à l’Est. Au final, un exercice frustrant, qui voit une nouvelle fois le team flirter avec le titre sans parvenir à le décrocher.
À l’Est comme à l’Ouest, la structure de Mitch Payton est sur le point de terminer aux portes du sacre, avec Levi Kitchen et Seth Hammaker en passe de boucler la saison dans le rôle peu envié de vice-champions. Si rien ne bouge d’ici Salt Lake City, les verts signeraient malgré tout leur ‘meilleure’ saison de Supercross depuis le sacre de Justin Hill en 2017 avec deux secondes places finales. Mais derrière ces (contre) performances se cache une réalité plus lourde : celle d’un team légendaire qui court encore — et toujours — après un ultime titre sur le championnat de Supercross 250.
Depuis sa création en 1991 et ses débuts remarqués – le team remportait sa toute première épreuve (!) – Pro Circuit (d’abord Honda, puis ensuite Kawasaki) a incarné une forme de domination qui s’est effritée au fil du temps. Sous la direction de Mitch Payton, la structure a empilé les titres comme aucune autre, jusqu’à totaliser 31 couronnes avec les meilleurs talents de leur génération : Brian Swink, Jeremy McGrath, Jimmy Gaddis, Mickael Pichon, Ricky Carmichael, Nathan Ramsey, Shae Bentley, Mike Brown, Ivan Tedesco, Grant Langston, Ben Townley, Ryan Villopoto, Christophe Pourcel, Jake Weimer, Broc Tickle, Dean Wilson, Blake Baggett, Justin Hill et enfin Adam Cianciarulo ont touché le rêve du doigt en vert. En fait, et pendant plus de deux décennies, le team Pro Circuit était une référence quasi automatique. Était.

Car depuis le dernier sacre de Justin Hill en Supercross, la dynamique s’est inversée. Pro Circuit Kawasaki traverse aujourd’hui la plus longue période de disette de son histoire. Le dernier titre toutes disciplines confondues remonte à Adam Cianciarulo en 2019, sur l’outdoor 250. Et en Supercross, la disette est encore plus marquante : neuf saisons sans titre, une éternité pour une structure habituée à dominer la catégorie. C’est désormais acté : il faudra attendre 2027 pour voir Mitch Payton tenter, encore une fois, de briser cette série de dix années sans couronne en Supercross.
Pendant cette décennie, le paysage de la catégorie a progressivement changé — et notamment avec la montée au front de Star Racing Yamaha. Depuis le dernier titre Pro Circuit en Supercross, quatre constructeurs ont pris le pouvoir : Yamaha : 9 titres (Aaron Plessinger, Dylan Ferrandis, Justin Cooper, Christian Craig, Colt Nichols, Haiden Deegan, Cole Davies…), Honda : 5 titres (Jett Lawrence, Hunter Lawrence, Chase Sexton), KTM : 2 titres (Tom Vialle), Husqvarna : 2 titres (Osborne, Hampshire). Une nouvelle ère, où la domination historique des verts n’est plus qu’un lointain souvenir malgré leurs plus de 300 victoires, et où le flambeau a été repris par les bleus de chez Yamaha.
Depuis le dernier titre de Justin Hill, Pro Circuit Kawasaki a pourtant continué de jouer les premiers rôles. La structure a terminé à cinq reprises sur la deuxième marche du podium en Supercross, et notamment deux fois avec Adam Cianciarulo et une fois avec Jo Shimoda, Levi Kitchen et Seth Hammaker… et potentiellement encore 2 fois de plus en 2026 avec Hammaker et Kitchen, en lice pour la seconde place de leur championnat respectif à l’Est et à l’Ouest.
Pro Circuit Kawasaki reste une institution, une école de champions, une machine à former les talents du futur. Mais en Supercross, la mécanique s’est grippée et les blessures se sont enchaînées. Malgré les années d’investissement, Adam Cianciarulo (7 saisons) et Austin Forkner (9 saisons) n’ont jamais ramené un titre en Supercross. Adam a fini par quitter la catégorie fin 2019, alors qu’Austin Forkner a été lâché pour rejoindre Triumph. Dans le même temps, Jo Shimoda retournait chez Honda en 2024 après 3 années en vert. Ryder DiFrancesco et Max Vohland n’ont pas fait long feu sur la Kawasaki, alors que Levi Kitchen est venu gonfler les rangs en 2024, pour rejoindre Seth Hammaker et Cameron McAdoo, déjà sous la coupe de Mitch depuis 7 ans sans pour autant parvenir à concrétiser.
Et Mitch Payton, fidèle à son ADN de compétiteur, continue d’attendre ce moment où les planètes s’aligneront de nouveau. Mais face à l’armada Star Racing Yamaha, la mission relève presque de l’exploit. Les bleus ont annihilé la catégorie cette saison, remportant 14 des 15 épreuves disputées alors qu’un record – celui du plus grand nombre de victoires en une seule saison – leur tend désormais les bras. Une domination écrasante, à peine égratignée par Seth Hammaker, seul capable de briser — le temps d’une soirée à Daytona — l’hégémonie Yamaha en 250.
Un temps dominateur, les verts sont aujourd’hui relégués au rang de résistants. Inverseront-ils la tendance en 2027 ? Réponse dans 12 mois.











