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Amandine Verstappen « L’objectif pour l’année prochaine, c’est de faire dans le top 5 du mondial »

Kévin Frelaud Par Kévin Frelaud
20 août 2024
dans Interviews
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Si Amandine Verstappen avait annoncé son retrait du mondial féminin la saison passée, la pilote Belge est sur le retour. Dans le top 10 du général lors de ses deux piges effectuées à Maggiora (8e) et Arnhem (10e) cette saison, la pilote New Bike Yamaha prépare un retour sur le WMX avec de belles ambitions pour l’an prochain. Soutenue par Yamaha et New Bike, Amandine – qui vise un sixième titre de championne de France de Motocross et un titre mondial sur le sable – n’a pas encore dit son dernier mot sur le championnat du monde Féminin. On a profité du Grand Prix des Pays-Bas pour s’entretenir avec la pilote Belge, et faire le point. Micro.

Amandine, dixième en première manche, dixième en deuxième manche, dixième du week-end. Quel bilan on tire de ce Grand Prix d’Arnhem ?

On venait ici pour prendre du plaisir, et des informations pour l’année prochaine. Donc on a vu ce qu’il fallait améliorer et ce qu’il fallait bosser pour l’année prochaine. On est quand même vraiment content de finir dans le top 10 au général, et faire deux fois 10 dans les manches, parce que c’est vrai que le niveau a fortement augmenté. Et les pistes, par rapport aux années précédentes, je trouve qu’ils les refont beaucoup moins. Du coup, c’est plus intensif, plus physique et ce sont des bonnes infos pour 2025. Mais sinon, ouais, contente de finir deux fois dans les 10, mais aussi dans les 10 du général. C’était un bon GP, mais c’est sûr qu’on veut plus. Pour l’année prochaine, on voudra plus. Mais là, pour une reprise on va dire, c’est plutôt pas mal du tout !

Jusqu’à la mi-saison dernière, tu étais présente sur les GP. Désormais, tu fais des piges. Tu étais à Maggiora, et là on te retrouve à Arnhem. Est-ce que les ambitions sont différentes quand tu te pointes comme ça sur les GP ?

Oui. Quand on fait des piges comme ça – comme à Maggiora – on y va en premier lieu pour prendre du plaisir. Bon, on pensait qu’il allait y avoir du soleil à Maggiora et au final, pas du tout [rires]. On a eu de la boue. L’idée, c’est de prendre du plaisir et des infos parce qu’on compte vraiment revenir en mondial l’année prochaine. Là, effectivement, les objectifs seront différents. On aimerait vraiment bien être régulièrement dans le top 5 du mondial l’année prochaine, comme j’ai toujours fait en fait. Seulement, il faut prendre en compte que le niveau a augmenté, les terrains sont plus durs, c’est différent des dernières années; c’est beaucoup plus troué. Mais l’objectif pour l’année prochaine, c’est de faire dans le top 5 du mondial.

Un mot sur ce tracé d’Arnhem, et de ce que tu as pensé de ce premier virage ?

Alors moi, j’ai regardé des vidéos du circuit de l’an dernier. J’ai trouvé que les sauts étaient vachement plus petits – l’an dernier – que cette année. C’est vrai que quand je suis arrivée, que j’ai fait le tour de piste, ça m’a un peu impressionné de voir ces sauts dans le sable en fait. Dans la terre, les gros sauts, ça va, mais là c’est dans du sable avec des ornières avant, des ornières après … C’est vrai que c’était quand même assez technique. Pour le premier virage, je ne suis pas tombée lors des départs et pour moi, c’est bien passé en fait ! Franchement, c’est un beau tracé. Ça reste du sable, mais je dois admettre que ces gros sauts dans le sable, ça m’a un peu étonnée.

Fin 2022, tu quittes le Team Bud Racing Kawasaki avec lequel tu étais depuis quelques années. Est-ce qu’on peut revenir sur les raisons de cette séparation ?

Ça s’est bien passé en fait, en général, avec le Team Bud Racing et avec Kawasaki. Il n’y a pas eu de problèmes d’entente entre nous. Le problème, c’est qu’on n’avait pas de moteur pour performer. Quand on en a un, c’est déjà compliqué mais quand tu roules avec un moteur d’origine, tu pars d’office en étant pénalisée. Voilà pourquoi j’ai décidé de changer d’équipe.

Tu t’es donc relancée avec New Bike Yamaha et, l’an dernier, après quelques épreuves du mondial tu as annoncé arrêter là. Est-ce qu’on peut revenir plus en détail sur ce qui a motivé ce retrait des GP ?

Ça avait bien commencé en Sardaigne, je fais sixième en première manche mais je casse dans la deuxième. En fait, j’ai dû arrêter les GP car j’ai perdu mon contrat à l’ADEPS. C’est un peu comme l’équivalent du sportif de haut niveau pour vous en France. J’ai perdu ce contrat, et donc mon salaire. L’objectif de 2022, c’était d’être dans le top 3 mondial et je n’ai pas coché cet objectif: j’ai eu des soucis, des manches à zéro point, etc … C’est ce qui m’a fait perdre mon contrat. Je n’avais plus de rentrée d’argent. Je m’étais mise en ménage, il fallait bien que je paye mes factures. J’ai donc pris la décision d’arrêter les GP à ce moment-là, voilà l’histoire. Il faut savoir que c’était compliqué de gérer le travail et le sport de haut niveau. Je ne faisais pas un travail où j’étais assise toute la journée. On me disait « oui, mais si tu ne fais pas un boulot physique, ça va ». Moi, j’ai travaillé dans une boucherie, de 9h à 19h. J’étais debout toute la journée. Je ne pouvais plus m’entraîner comme je le voulais, ni comme il le fallait pour performer en GP. Venir sur les grands prix pour faire 30ème alors que j’ai le potentiel de jouer le top 10 et mieux, ça ne m’intéressait pas. Voilà pourquoi j’ai décidé de faire un break, et je pense que j’ai bien fait, car mentalement ça m’a fait du bien également. Du coup, je suis vraiment motivée pour l’année prochaine, pour bosser deux fois plus dur pour pouvoir faire les meilleurs résultats possibles.

Ton quotidien a de nouveau changé ? Tu me parles de ton travail, mais on te revoit sur quelques GP et tu me parles de revenir l’an prochain. Tu travailles toujours ?

Non, je ne bosse plus. J’ai eu un deal avec Yamaha. Ce deal pour 2024, c’est de ramener le titre mondial sur les courses sur sable. Je suis actuellement en tête du championnat donc je touche du bois. Normalement, ça va le faire. Avec ce deal, l’objectif est aussi de retourner en mondial avec le budget nécessaire en 2025. Ce contrat m’a permis d’arrêter de bosser, et de pouvoir me reconsacrer à 100% à la moto pour l’année prochaine. J’ai discuté avec l’ADEPS, si je veux récupérer mon contrat avec eux, il faut que j’intègre – au minimum – le top 4 du mondial WMX l’an prochain. Parce que c’est le meilleur résultat final que j’ai signé en mondial, donc il faut que je l’égale pour récupérer mon contrat « haut niveau », en quelque sorte.

Tu es en lice pour un sixième titre de championne de France de Motocross. Est-ce que la motivation est toujours intacte après toutes ces années ? Tu t’es bien souvent baladée, et tu n’as perdu qu’une épreuve en autant de saisons.

C’est vrai que cette année, la motivation est vraiment revenue. Je ne vais pas dire que je commençais à m’ennuyer parce que ça ne se dit pas, et parce que ça ne se fait pas par rapport aux autres pilotes. Mais c’est vrai que ça commençait à être un peu moins motivant. La progression d’April Franzoni a été une nouvelle motivation pour moi, aussi; une grosse motivation. Du coup, je prends beaucoup de plaisir à aller sur le championnat de France. J’ai un contrat avec le team New Bike et l’objectif, c’est le titre. Je vais continuer à le faire, et c’est cool car il y a ce nouveau challenge en France avec April qui a vraiment bien progressé, et qui roule très fort.

J’en parlais justement avec mon papa et mon entraîneur. Ce qui est cool c’est que désormais, avec April, on va pouvoir mettre un rythme de GP sur le championnat de France. On sera un peu moins décalée par rapport aux GP parce que ces dernières années, c’est vrai que le gap entre le France et le mondial était assez conséquent. Quand j’arrivais en GP, j’avais un peu moins de rythme parce que le niveau du France était moins relevé. Là, ça va donner lieu à de belles bagarres et je me réjouis déjà de la saison prochaine en France. Je vais faire un bon hiver, April aussi, et je pense qu’on va pouvoir faire de belles bagarres ! Ça va être top, et bénéfique pour April comme pour moi !

Avec ton expérience du championnat de France et du mondial, qu’est-ce qu’on pourrait faire pour améliorer le MXF selon toi, et faire en sorte qu’il soit un peu plus tremplin vers le niveau supérieur ? Aujourd’hui, la marche est vraiment grosse. Comment on la réduit ?

C’est vrai qu’il y a pas mal de trucs à faire. Déjà, avoir de belles pistes même si c’est vrai que cette année, on n’a pas à se plaindre. Le truc, c’est que la préparation des pistes n’est pas au top. C’est béton-poussière tout le temps. On arrive sur les grands prix, ce n’est jamais comme ça. On se retrouve toujours dans de gros rails. Je pense qu’il manque de la préparation sur les pistes. La difficulté, c’est que si on prépare trop les pistes comme en GP, les filles ont beaucoup de mal à rouler et c’est un gros dilemme. Les trois premières savent rouler dans ces conditions et après, ça tombe de partout et il faut faire une piste pour tout le monde. Tu vois, quand j’ai fait le tour de la piste le samedi et que j’ai vu les rails avant les sauts, après les sauts, je me suis dit « P*tain ! Ah ouais, quand même ! ». C’est de là que je me rends compte qu’en championnat de France, c’est beaucoup trop facile en comparaison.

Alors, c’est très bien si tu veux rester en France et prendre du plaisir attention, mais pour les filles qui aimeraient bien essayer d’aller en mondial un jour, et se préparer au mieux pour performer en championnat du monde, ce n’est pas l’idéal. Je trouve que l’Elite, pour ça, c’est déjà un peu mieux car ils préparent quand même les pistes, il y a quand même des rails et tout ça. Mais c’est vrai que sur le MXF, pour ça, il faudrait déjà avoir des bonnes pistes. Cette année, on n’a pas à se plaindre, mais il faut voir si l’année prochaine, ça va continuer dans ce sens-là. Et je trouve qu’en plus, les terrains de GP de cette année sont beaucoup plus durs que les années précédentes. Ils les refont beaucoup moins. Je me rappelle quand j’ai été en tête du mondial à Valkenswaard en 2019: pour nos manches, c’était billard. On n’a jamais roulé dans des trucs pareils à l’époque. C’est vraiment différent cette année !

Donc quand on arrive en championnat de France et qu’il n’y a pas une ornière, ça ne prépare pas du tout à affronter le mondial. Mais encore une fois, il faut trouver le bon compromis parce qu’en championnat de France, tu as vite fait de voir le top 3 mettre un tour à tout le monde alors qu’il n’y a pas forcément de grosses difficultés. Tu vois, j’ai eu l’habitude de rouler dans le top 5 en mondial et là, honnêtement, je n’ai pas fait la maligne en première manche…

Ça fait deux ans qu’on a vu un regain de médiatisation autour du niveau du Motocross Féminin. Forcément, ça coïncide avec l’arrivée de Lotte Van Drunen. Est-ce qu’on se dit « c’est cool pour le sport » ou plutôt « on aurait mérité d’être mise en lumière, nous aussi » ?

C’est vrai que ça va dans le bon sens, je trouve juste qu’il y a beaucoup de médiatisation autour de Lotte. Quand on regarde une Duncan, une Valk, une Guillen, en fait toutes les filles qui sont dans le top 10, je pense qu’elles méritent autant de lumière que Lotte. Je trouve qu’il y a beaucoup trop de lumière sur elle, et pas assez sur les autres. Attention, Lotte est un avion de chasse. Elle roule très bien pour son âge, elle est vraiment très forte et il n’y a aucune jalousie de ma part. Mon avis, c’est que d’autres méritent aussi un peu de lumière. Quand on voit la performance de Courtney Duncan ce week-end, c’est quand même impressionnant. Lotte ne termine pas avec 30 secondes d’avance dans les manches. D’un côté, c’est bien qu’elle soit là, car elle a ramené de la lumière sur le championnat, mais c’est de la lumière qui n’est braquée que sur elle, pas tant sur les dix premières mais en soi, ce n’est pas elle qui veut ça non plus. Elle est devant, elle a bossé pour, Lotte mérite. Seulement, les autres pilotes de la catégorie se valent aussi.

Tu as participé à deux épreuves de l’Elite cette année. Rouler en MX2 face aux garçons, c’est quelque chose qui t’aide à progresser positivement ? Sur le France, tu as tendance à gagner facilement sans être trop challengé. Là, c’est différent, tu n’es plus toute seule, à imposer ton rythme en tête.

C’est ça. C’est toujours bien de rouler avec les garçons, même en ligue. Il faut aussi se cracher dans les mains pour aller chercher la qualification. Rouler contre les mecs, je pense aussi que ça m’a aidé à progresser, à revenir petit à petit à mon meilleur niveau. April aussi d’ailleurs. C’est vrai qu’elle a progressé, et on ne s’y attendait pas, tout du moins pas autant. Comme tu l’as dit, sur l’Elite je ne me balade plus, ça met un rythme de malade et les manches sont plus longues; je donne ma vie pour essayer de battre quelques mecs. J’aime rouler contre les garçons, j’ai fait des ligues, de l’Elite, des courses à primes, c’est top et quand je peux le faire, je le fais. C’est super important et ça aide aussi a prendre de l’agressivité.

Donc tu vas devenir la quatrième pilote féminine à marquer des points en mondial MX2 ?

[rires]. Le mondial MX2, c’est encore une étape au-dessus. Déjà, se qualifier en Elite MX2 c’est un objectif. J’avais marqué un point l’an dernier à Bitche mais je sais qu’on n’était que 22. Je l’ai quand même marqué ce point, mais voilà … Après, c’est pareil avec Lotte. Elle a marqué un point à Lommel mais ils étaient combien en piste ? 21 ? Encore une fois ! En tout cas, c’est bien de rouler avec les mecs et si je peux continuer à le faire l’année prochaine avec mon programme – en mondial et en MXF – et que les dates tombent bien, alors je continuerais de rouler contre eux ici et là.

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