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Austin Forkner “ma technique n’était pas cohérente avec ma vitesse”

Images: Align Media

Blessé dès la première manche qualificative de la saison 2023, Austin Forkner a fait une grosse remis en question la saison passée. L’officiel Pro Circuit Kawasaki a fait du tri dans son programme comme dans son entourage la nouvelle saison; une saison qu’il débute par une belle victoire à Detroit. Comme un goût de revanche. Micro.

Austin. Félicitations pour cette victoire. Sur le podium tu as parlé des changements que tu avais faits pour cette saison, notamment sur le plan mental. Tu peux nous en dire plus ?

Je n’ai pas seulement changé mentalement, j’ai aussi fait des changements dans mon programme cette année. J’ai commencé à travailler avec Ryan Hughes et Charles Dao en dehors de la moto. J’ai vraiment mis un point d’honneur à m’entourer de personnes qui étaient là pour m’aider à me relever. C’est important dans ce sport. Tu peux gagner et te retrouver sur le toit du monde mais tu peux aussi perdre et être au fond du trou, du coup t’entourer de personnes qui t’aident à rester sur les rails, qui t’aident à rester concentré sur ce qui est important, c’est essentiel. C’est ce que j’ai fait cette année. Côté mental, j’ai surtout fait en sorte de prendre du plaisir sur la moto. Tout le monde sait que dans le sport, quand il y a des blessures, on prend moins de plaisir à pratiquer. On peut même finir par avoir peur du sport dont on est tombé amoureux; la moto dans mon cas. Rouler en ayant peur à ce niveau, ce n’est pas possible. J’ai fait en sorte que l’intersaison soit fun tout en fournissant le travail nécessaire, et je pense que ça se voit ce soir. On a fait de la qualité au lieu de viser la quantité, on a gardé les choses fun, et on a fait en sorte que j’attaque la saison dans un bon état d’esprit.

Tu as pris un bon départ. Tu as su qu’il s’était passé quelque chose derrière toi ?

J’ai entendu qu’il se passait un truc au bout de la ligne droite de départ, alors qu’on commençait à freiner avant le premier virage. J’ai entendu des motos se percuter, des pneus glisser, j’ai compris qu’il y avait eu comme un accrochage derrière moi. Après le premier tour, je suis revenu dans la ligne droite et il y avait encore des gars par terre, mes deux coéquipiers étaient encore là et j’ai vu une KTM; j’ai d’ailleurs contourné tout le monde par l’extérieur alors que j’aurais dû passer à l’intérieur. C’est pour ça que cette victoire est aussi spéciale pour moi, car c’était moi qui étais dans cette situation l’an dernier. Je me suis explosé le genou, ça m’a ruiné ma saison l’an dernier de la même façon, sauf que j’étais le seul à avoir chuté. Après coup, je me dis que cette chute l’an dernier ne serait pas arrivée si j’avais pris un meilleur départ. Du coup, je suis content d’avoir pris un bon départ cette fois-ci, et que ça ne soit pas arrivé une nouvelle fois. Mon objectif, c’est de partir devant pour éviter ce genre d’ennuis cette année. Ça n’a pas franchement marché l’an dernier, mais ça m’a été bénéfique ce soir.

Tu dirais que tu étais plutôt en contrôle lors de cette finale, ou que tu as attaqué sans trop te soucier ce qui était derrière ?

Je savais que Max était second et qu’il allait être fort. Il avait signé de très bons tours lors des essais chronométrés. Je savais qu’il serait rapide. Pendant un temps, c’était Chance Hymas qui était derrière moi, c’est un rookie et je me suis dit qu’il allait être rapide au début et qu’il baisserait de rythme par la suite. C’est souvent ce qui arrive lors de la première saison. Je me suis concentré sur mes tours au début sans me soucier de ce qu’il se passait derrière, le tracé était encore en bon état et c’était encore assez simple de faire de bons tours dans les premières minutes. Lors de ma heat, le tracé était déjà bien défoncé et ce n’était pas aussi simple, il fallait trouver les bonnes lignes, alors que lors de la finale le tracé avait été refait et j’ai voulu faire quelques gros tours d’entrée de jeu sans trop me précipiter. Je voulais garder le contrôle, j’ai pu creuser l’écart et j’ai vu que Max Anstie avait fini par passer second. De là, je me suis dit que c’était le moment de refaire quelques bons tours pour essayer de gérer l’écart que j’avais. C’est ce que j’ai fait et dans les derniers tours, j’ai ralenti un peu. J’avais un écart de 5 secondes à un moment, mais les autres m’ont obligé à rester sur mes gardes malgré tout. Dommage qu’une poignée de pilotes soient tombés dans le premier virage. Cette côte regorge de talents, alors s’il y en a quelques uns qui chutent, d’autres seront présents à leur place.

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Sur quoi as-tu travaillé avec Ryan Hughes à l’intersaison ?

Il fallait s’occuper de mon plus gros point faible, les blessures. Pas besoin d’être un génie pour savoir que c’est le plus gros problème. L’idée, ce n’était pas de gagner en vitesse car la vitesse n’a jamais été un problème. Le problème, c’était plus ma longévité à chaque saison, et donc il fallait travailler sur des aspects techniques ici et là. Il fallait faire en sorte que ma technique puisse être au point pour ma vitesse. J’ai toujours eu de la vitesse, mais on s’est dit que ma technique n’était pas cohérente avec ma vitesse, que j’avais plus de vitesse que de technique et qu’il fallait rééquilibrer tout ça pour espérer être l’un des meilleurs pilotes. Mon envie et ma détermination ont parfois pris le dessus sur de plus petites choses importantes, et il fallait travailler sur ces petites choses pour rééquilibrer le tout. On n’a pas fait des ajustements de dingue, mais on a fait des ajustements. Tout le monde peut aller sur l’Instagram de Ryan et voir les conseils qu’il prodigue. On a combiné le travail sur la moto avec Ryan au travail fait avec Charles à la salle de sports et on travaille tous dans la même direction, on essaye d’accomplir la même chose cette année. L’objectif, c’est d’être présent à chaque épreuve.

Évidemment, tu vises la gagne mais après toutes ces années et ces blessures, tu savais où te situer avant d’attaquer la nouvelle saison ?

J’essaye de seulement me concentrer sur moi-même, que ce soit en heat ou en finale, même lors des essais ou de la journée de presse. J’essaye de répliquer ce qu’on a fait à l’entraînement pendant toute l’intersaison sur la piste le jour J. C’est d’ailleurs ce que mon mécanicien Tony m’a rappelé toute la soirée. Il faut que j’évite de m’emballer, comme à l’entraînement. Parfois, des mecs sont plus rapides à l’entraînement mais ça ne doit pas être un problème. Je n’ai pas besoin d’être le plus rapide à l’entraînement, je dois simplement être le plus rapide lors de la finale. Parfois, je n’ai même pas besoin d’être le plus rapide lors de la finale, mais le plus propre, le meilleur techniquement. Voilà l’approche pour cette saison et je pense que c’est ce qui m’a aidé à démarrer la saison de cette façon.

Tu parlais de la peur plus tôt. Comment tu gères ça ? Quand tu vois un de tes coéquipiers comme Hammaker chuter lors des essais où même à l’entraînement, est-ce que ça t’affecte ?

Oui, et les autres pourront en parler. On a déjà tous connu une journée lors de laquelle un pilote s’est blessé, et ça nous a complètement coupé l’envie, ça a ruiné la journée. On se retrouve dans un mauvais état d’esprit et ce n’est jamais une bonne chose quand on roule à ce niveau et c’est vrai à l’entraînement comme lors des courses. On en revient au fait que j’ai décidé de m’entourer de certaines personnes pour cette année, car tu peux facilement te dire “X s’est blessé, on arrête là” ou tu peux rester concentré sur toi-même et continuer de travailler pour que ce genre de scénario ne t’arrive pas.

Sur le podium, tu as dit que ça allait faire taire certaines personnes, tu faisais référence à quoi ?

Les gens parlent toujours. C’était surtout en rapport avec les réflexions comme quoi je suis un vétéran, que j’ai 25 ans. En dehors du monde de la moto, les gens te disent que 25 ans, c’est super jeune mais dans notre sport, ce n’est pas le cas. En fin de journée, je suis celui qui est payé pour faire de la moto et ceux qui critiquent ne le sont pas.

Est-ce que tu as appris quelque chose lors de cette épreuve, tu vas faire des changements pour la prochaine ?

Je pense qu’il faudrait peut-être trouver un peu de vitesse en finale. J’ai signé de bons temps aux chronos mais en finale, j’aurais pu aller un peu plus vite. Je pense que c’était aussi la nervosité de la première épreuve de la saison qui a joué. Je me suis retrouvé devant, j’avais signé le holeshot, c’était d’ailleurs une grosse surprise pour moi. Ces trois dernières années, j’ai dû partir une fois devant, à Budds Creek; c’est tout. Je me suis retrouvé devant et je n’y étais plus franchement habitué alors avec le recul, je vais dire que j’aurais aimé rouler un peu mieux que ça, avoir un peu plus de vitesse au début de la finale mais sinon, ma moto marchait très bien, on avait un bon setup pour les suspensions et pour le moteur.

Tes temps chronos étaient bons, mais tu n’avais pas l’air autant à l’attaque ou aussi vite que par le passé; finalement, et avec ce que tu nous a dit plus tôt. C’est l’objectif cette année ?

C’est l’objectif. C’est d’ailleurs ce que fait Jett et c’est pourquoi il est aussi fort. Réussir à aller vite en donnant l’impression que tu ne vas pas vite, c’est dur à faire mais ça te fait économiser énormément d’énergie, tu es en contrôle, c’est plus sécurisant pour toi … Si je peux rouler relativement vite en étant fluide, et donner l’impression que je me traîne, ça me va. On était à l’entraînement il y a quelques jours et quand mon mécanicien a donné mes temps au tour à mes coéquipiers, ils n’y croyaient pas car selon eux, je ne donnais pas l’impression d’être très rapide. Finalement, c’est une bonne chose, ça veut dire qu’on va dans la bonne direction.

Austin Forkner “ma technique n’était pas cohérente avec ma vitesse”

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