Vice-champion de France Élite MX2 en 2023, Bogdan Krajewski avait confirmé tout son potentiel lors de ses débuts en MX1 la saison suivante au sein de sa structure familiale. Suffisant pour convaincre Serge Guidetty et le team GSM Yamaha de lui offrir un guidon pour 2025. Mais alors qu’il s’installait progressivement parmi les hommes forts de la catégorie, l’ascension du pilote français a été stoppée par une mauvaise blessure à l’épaule.
Neuf mois d’arrêt plus tard et la confiance de GSM Yamaha renouvelée, Bogdan fait son retour sur le championnat de France Élite MX1, et le pilote de 23 ans tente désormais de retrouver son meilleur niveau dans un contexte bien plus complexe qu’il n’y paraît. Car derrière sa sixième place provisoire au championnat se cache une réalité physique : Bogdan continue de composer avec un nerf sérieusement touché dans l’épaule droite, qui le limite encore à ce jour sur la moto.
« Comme tu dis, ce résultat c’est un peu l’arbre qui cache la forêt », explique Bogdan à la mention de sa place provisoire au championnat. « Je me suis blessé en mai l’an dernier, et je suis passé par neuf mois d’arrêt. Le souci, c’est que même après tout ce temps, le nerf blessé dans mon épaule a vraiment du mal à récupérer, et tout prend beaucoup de temps. Ce qui fait que je n’ai plus de muscle sur le côté et le devant de l’épaule, et j’ai donc un manque de force sur la moto. C’est compliqué, et sur certains circuits c’est plus difficile que sur d’autres. C’est un retour en piste, mais qui n’est pas à 100 %. Je pense que ça s’améliore un petit peu à chaque fois, mais ce n’est pas facile pour moi. »
Habitué à faire de sa condition physique l’une de ses principales armes, Bogdan Krajewski doit aujourd’hui apprendre à piloter autrement. Privé d’une grande partie de sa force dans l’épaule à cause d’un nerf toujours endommagé, le pilote GSM Yamaha adapte désormais sa technique sur la moto pour compenser les limites imposées par sa blessure.
« Oui, il y a une grosse différence entre mes deux épaules car la droite ne reprend pas encore de muscle. Donc effectivement, j’essaie de beaucoup compenser avec mes jambes pour guider la moto, parce que si je ne guide qu’avec le haut du corps, forcément c’est compliqué. Quand le corps part vers la droite, j’ai du mal à ramener et inversement. Donc je guide beaucoup avec mes jambes, et ce n’est pas facile, mais c’est la meilleure solution que j’ai pour l’heure en prenant en compte mes appuis. On essaie de compenser comme ça. »
Sur le plan médical, le constat reste inchangé malgré les nombreux avis spécialisés : la récupération d’un nerf touché ne répond à aucun calendrier, et c’est précisément ce manque de visibilité qui complique encore un peu plus la situation de Bogdan Krajewski dans une saison déjà charnière. En 2026, le pilote GSM Yamaha avance sans véritable horizon précis concernant sa guérison, contraint d’accepter des améliorations lentes et incertaines, au jour le jour.
« Le souci, c’est que les médecins ne savent pas trop combien de temps il va falloir », poursuit-il. « Un nerf, ça peut reprendre un millimètre par jour normalement. Mon opération était en octobre dernier de mémoire, donc c’est long. Ça peut mettre plus d’un an, donc il faut être patient. Après, je sens que ça s’améliore un petit peu, je vois que ça reprend un petit peu de volume au niveau de l’épaule, etc., mais je pense qu’il faut surtout être patient, car il n’y a pas grand-chose à faire. J’ai été voir plusieurs médecins, et tous m’ont dit la même chose : un nerf, ça prend du temps. Il n’y a pas d’autres solutions, il faut prendre son mal en patience. »
Dans un contexte où la priorité n’est plus uniquement donnée aux résultats, mais aussi à la récupération physique, l’objectif de la saison a logiquement évolué pour Bogdan Krajewski. Habitué à jouer devant – avec notamment une victoire de manche à Bitche en 2024 et des podiums en 2025 – le pilote français aborde 2026 de manière plus pragmatique.
« L’état d’esprit, c’est de limiter la casse. Je roule et je fais du mieux que je peux. J’essaie de ne pas trop me trouver d’excuses, et de limiter la casse. Les résultats ne sont pas top, mais ça s’est un peu amélioré depuis le début de l’année. Disons que ça a été de mieux en mieux. Donc j’espère continuer comme ça et remonter sur les premières places sur la fin du championnat. On verra bien. »
Et, au-delà des limites physiques, c’est surtout sur le plan mental que cette saison 2026 pèse pour Bogdan Krajewski. Car cette année, le pilote GSM Yamaha doit accepter d’exprimer une fraction de son potentiel. Une situation frustrante, parfois difficile à accepter, où les efforts ne suffisent pas toujours à inverser la tendance.
« C’est très frustrant mentalement, parce que ce n’est pas facile à accepter. Tu sais que tu n’es pas à ton niveau, et tu as beau faire ce que tu veux, rien n’y fait… Il y a des jours où ça se passe mieux que d’autres et d’autres où tu essaies, où tu te donnes et ça ne marche pas. Au début, ça m’énervait, je n’avais plus envie de faire de courses, mais je me suis accroché. Et il y a eu des jours meilleurs, comme à Romagné où j’ai fait une 4e place en manche. Ce n’est pas trop mal, et ça remonte un petit peu le moral. Mais c’est dur mentalement de tenir le coup, de se dire que ça va aller mieux et qu’il faut passer par là : une étape où on n’est pas très rapide, avant que l’épaulle récupère et que la vitesse revienne aussi, de plus en plus, au fil du temps. »
Mais les signaux sont positifs et de plus en plus encourageants pour Bogdan Krajewski. Sans pour autant pouvoir afficher son plein niveau, le pilote GSM Yamaha observe une dynamique positive au fil des épreuves du 24MX Tour, avec des résultats qui s’inscrivent peu à peu dans une spirale ascendante, jusqu’à cette nouvelle 4e place de manche à Vesoul, contré de peu pour le podium suite au retour de Thibault Benistant.
« Il y a quand même du positif, parce qu’en premier lieu, je vois que c’est de mieux en mieux. J’ai fait 11e [Castelnau], après j’ai dû faire 8e [Saint Jean], et ensuite je crois que j’ai dû faire 6e sur la journée [Romagné]. Donc déjà, ça va de mieux en mieux. Et puis il y a des entraînements où ça se passe bien, des courses où ça se passe un peu mieux aussi. Donc oui, il y a du positif. Mais bon, quand tu fais ce sport pour gagner et que tu te retrouves dans cette situation-là, la pilule est difficile à avaler, et c’est dur mentalement. »
Si la saison 2026 reste difficile selon ses propres termes, Bogdan peut compter sur un message positif porté par son environnement : celui de la confiance maintenue par le team GSM Yamaha. Une décision qui dépasse le simple cadre sportif et qui témoigne aussi du potentiel perçu chez le pilote français, toujours considéré comme un projet d’avenir dans l’Hexagone et ce, malgré ses récents pépins physiques.
« Serge [Guidetty], je pense qu’il était content qu’on travaille ensemble, donc il a décidé de me garder malgré ma blessure, et je le remercie vraiment. Après, c’est vrai que je pense que ça doit les décevoir un petit peu ces résultats, parce que ce ne sont pas les résultats attendus des sponsors, du team, du coach, de Serge, de tout le monde. Mais ils sont au courant de mon souci, et du coup ils m’accompagnent et me soutiennent. Serge, Didier, mon mécanicien, les partenaires croient en moi et je fais mon maximum pour ne pas les décevoir. Ils sont présents et essayent de me rassurer en me disant qu’il faut juste laisser le temps au temps, et que ça ira de mieux en mieux. Donc ça me fait tenir, je m’accroche à ça, et j’espère qu’effectivement, ça ira mieux. Alors là, tout le monde sera content. »
Initialement, Bogdan Krajewski avait signé chez GSM Yamaha pour disputer l’Élite en 450 et le SX Tour / WSX en 250. Mais une fois encore, sa blessure à l’épaule pourrait venir rebattre les cartes et redéfinir ses plans à court terme, dans un contexte où l’incertitude reste encore dominante.
« Il reste deux rounds de l’Élite et après, on ne sait pas encore ce qu’on va faire. À la base, on était partis pour faire du Supercross et du World Supercross. C’est un peu comme ça que le programme est établi chez GSM Yamaha. Mais le Supercross risque d’être un peu compliqué avec mon épaule. On n’a pas encore fait de choix définitif. Je vais réfléchir, et on va voir de quoi sera fait la suite. »












