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Yannis Lopez « Il faut vraiment oublier tout ce qu’on a appris sur une thermique »

Pilote Stark Future via OxMoto en 2026, Yannis Lopez revient sur sa montée en MX2, et sur sa transition à l'électrique

Kévin Frelaud Par Kévin Frelaud
6 mai 2026
dans Interviews
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Stark Future est arrivé sur le championnat de France Élite MX2 cette année et a — notamment — jeté son dévolu sur Yannis Lopez. Champion de France Junior en Supercross l’an passé et vice-champion en motocross, Yannis n’a pas fait les choses à moitié à l’intersaison en changeant de catégorie et en abandonnant le thermique. Un pari audacieux, loin d’être évident à appréhender, tant sur le plan technique que physique.

À mi-saison, Yannis dresse un premier bilan lucide de cette transition XXL et revient sans détour sur les défis qu’il rencontre encore aujourd’hui, mais aussi sur les progrès déjà réalisés. Un projet aussi atypique que prometteur. Micro.

Yannis, je pense qu’on peut dire que tu as réalisé la plus grosse transition de la saison. Non seulement tu montes en MX2, mais tu passes aussi du thermique à l’électrique. On est dans les objectifs à la mi-saison ?

Je n’ai pas vraiment beaucoup d’entraînement sur la Stark. Je crois que ça fait depuis décembre, il me semble, que je suis sur la moto électrique. Donc passer du 125cc au 250cc, et en plus sur une Stark, c’est vrai que ce n’était pas facile. Après, je me suis vachement vite adapté à la moto. C’est une moto très facile et très agréable à rouler. La prise en main a été simple pour ma part.

Après, c’est sûr que je manque encore un petit peu de roulage et je dois encore m’adapter à quelques petits détails comme le mal de bras, parce que la moto est vachement lourde. Je pense qu’à mi-saison, on est à peu près dans les objectifs que je m’étais fixés : faire le plus de top 10 possible, voire mieux si on y arrive ce week-end et lors des épreuves à venir.

Franchement, je suis plutôt content de moi en ce début de saison.

Qu’est-ce qui te manque pour l’instant pour aller chercher, par exemple, un premier top 5, ou sinon rouler à chaque fois dans les 10 ?

Déjà, pour rouler plus régulièrement dans les 10, je pense qu’il me manque un peu de physique. Parce que c’est vrai que je fais de bons débuts de manche, avec de bons départs. Forcément, j’ai la moto qui aide. Du coup, j’arrive à rester régulièrement entre 5 et 7 pendant une quinzaine de minutes, et après je commence à flancher et je termine 10 ou 12.

Donc, je pense qu’il manque un peu de physique en fin de manche. Et après, pour rouler dans les 5, forcément, il manque quand même pas mal de vitesse. C’est vrai que les 6-7 premiers sont vraiment très rapides.

Donc il va falloir bosser dur pour les rattraper.

Des ~97KG de sa 125cc, Yannis est passé à la Stark de 118KG cette année. 

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Est-ce que tu penses que la Stark a facilité ta montée en MX2 ? Sur le papier, c’est censé être une moto plus simple. Tout son marketing repose d’ailleurs là-dessus. Après, il y a toujours ce poids : je crois qu’on est 10 kg de plus qu’une 450. Plus facile, cette transition, avec la Stark ?

Facilité ? Je dirais que non. Parce qu’il faut tout réapprendre. Même si c’est une moto facile, il y a quand même des automatismes du thermique qu’il faut oublier, comme l’embrayage ou les vitesses. Pour ma part, ça a été assez rapide. Franchement, au bout d’un mois, je m’y suis fait. J’ai arrêté de chercher l’embrayage ou les vitesses.

Après, comme tu l’as dit, c’est beaucoup plus lourd. Je sens physiquement que c’est plus compliqué dans les virages courts ou les pistes serrées. Donc ça me handicape au niveau du physique. Mais ça, c’est propre à moi. Forcément, quelqu’un qui a plus de physique que moi va s’adapter plus vite et mieux tenir les manches.

Est-ce que le fait qu’on roule sur une Stark nous oblige à aborder les courses différemment ? Dans le sens où, d’une part, il n’y a pas de bruit pour tes concurrents, et d’autre part, comme on vient d’en parler, certains gestes techniques sont différents. On n’a plus d’embrayage, plus de rapports à passer, plus de ralenti moteur — ou alors il est géré électroniquement. Est-ce que c’est à prendre en compte ?

Oui, tout est à prendre en compte. Il faut vraiment oublier tout ce qu’on a appris sur une thermique et passer sur un pilotage nouveau.

C’est vrai que c’est une moto plus adaptée à un pilotage technique et fin. Parce qu’on ne peut pas vraiment être bourrin : ça marche vraiment trop pour ça. Et les gestes techniques sont différents.

En fait, il faut aborder la course et les entraînements différemment. C’est quelque chose que j’ai réussi à bien faire et je me sens vraiment à l’aise sur la moto.

Il y a des choses que j’arrive à faire mieux qu’avec mon 125, parce que forcément, il y a plus de puissance. Mais il faut vraiment aborder les choses différemment.

Un mot sur la batterie de cette Stark. Forcément, les sceptiques, c’est le premier argument qu’ils mettent en avant: le problème de la batterie. Ça se passe comment pour toi lors d’un week-end comme ça à l’Élite ? Combien de pourcentage te reste-t-il après une manche ? On recharge combien de fois dans le week-end ou dans la journée ?

Déjà, on a deux motos : une moto de course et une moto d’entraînement. C’est quand même important si on veut faire des courses avec une Stark.

Là, on a de la chance : on a de l’électricité sur les courses du 24MX Tour. C’est quelque d’important également. Sinon, il faut un groupe électrogène, et il faut un bon groupe pour charger la Stark.

Nous, on ne roule qu’avec une seule moto sur les courses. La deuxième est là en cas de problème sur la piste. Sinon, on recharge après chaque roulage.

Lors des essais libres et chronos, on finit vers 50 % d’autonomie, puisque je ne suis pas tout le temps dans un tour rapide. Au niveau des manches, on termine entre 10, 15 voire 20 % quand ça tient vraiment bien.

Entre la première et la deuxième manche, si on a le temps, on recharge entièrement la moto. Mais généralement, on a à peine une heure. Donc on change complètement de batterie. Ça se fait en 15 minutes, c’est assez rapide, et comme ça on repart avec une batterie à 100 %, qui est froide. Car forcément, la batterie marche mieux et tient plus longtemps quand elle est froide.

Voilà comment on fait sur les courses.

Il quitte Vesoul à la 11ème place provisoire du championnat de France Elite MX2

Tu me dis que tu termines une manche vers 10 ou 15 %. On le ressent en piste, la diminution de l’autonomie de la batterie ?

Honnêtement, ça dépend des pilotes. Pour en avoir parlé avec d’autres pilotes Stark, certains ressentent une baisse de puissance dès 60 %.

Moi, je pense que je n’y prête pas encore trop attention. C’est vrai que quand je roule, j’ai l’impression d’avoir une thermique. Pour moi, il n’y a pas vraiment de perte. Après, c’est plus au niveau du bruit que ça change. Les gens ne m’entendent pas arriver, donc je dois faire plus attention.

Ce passage chez Stark, ça veut dire que tu n’es plus éligible à l’Europe, un cursus que tu avais suivi en 125cc. C’est définitivement mis de côté ou tu envisages d’y revenir ?

Pour l’instant, c’est mis de côté parce que je reste sur Stark. J’ai un contrat de deux ans. Donc c’est de côté, à moins que Stark réussisse à rouler en Europe ou en MXGP d’ici là. Mais ce n’est pas quelque chose qui m’intéresserait beaucoup.

Il y a vraiment beaucoup de concurrence, beaucoup de monde, de bons pilotes. Franchement, il y a 20 gars qui roulent dans la même seconde, c’est vraiment très dur de sortir du lot. Et puis, il n’y a pas de primes. Ça coûte aussi très cher d’y aller, et au bout du compte il n’y a aucune reconnaissance. On n’a pas forcément de sponsors pour nous soutenir, à moins de gagner toutes les manches, comme certains le font.

Mais si on roule entre 15 et 20, il n’y a rien pour nous. Donc ce n’est pas plus mal comme ça. Je préfère me concentrer sur le SX et le Championnat de France, et on verra par la suite.

Ce passage chez Stark, j’imagine que ça bénéficie aussi à ton père. Ça doit le soulager un petit peu. Ça fait des années que je le vois dans les paddocks à travailler sur tes motos. J’ai le sentiment que la vie est devenue un peu plus douce pour lui !

Oui, c’est sûr qu’à la maison, il a plus de temps pour lui. Avec les 125, franchement, il y avait beaucoup de mécanique à faire : pistons, vidanges, etc. Là, franchement, il n’y a quasiment plus rien à faire à part les pneus.

On change les pneus, on fait une vidange moteur parce qu’il y a quand même de l’huile pour graisser les roulements, il faut s’occuper des pignons de boîte., car il faut bien que ça tourne ! Mais c’est toutes les 20 heures, et on parle de 95 millilitres. Et au final, c’est moi qui m’en occupe. Donc papa est soulagé, ça va !

En tant que premier pilote Stark sur l’Élite MX2, est-ce que tu participes officiellement au développement de la moto ?

Oui. Ils ont pris des jeunes et on participe au développement de la marque. Il y a Loris Bret également. On fait le développement des motos, on a des journées de testing avec Stark. On est des pilotes semi-factory, on va dire.

On donne nos ressentis sur la moto, sur ce qu’il faudrait améliorer. Si on a des problèmes, on leur fait des retours pour qu’ils puissent les régler directement. Franchement, avoir le soutien d’une usine, c’est vraiment très bénéfique.

Ils nous répondent directement, ils sont réactifs. On a beaucoup de testing à faire. On développe de nouvelles maps pour la Stark, on travaille avec Yannis Irsuti là-dessus en ce moment, que ce soit pour le motocross ou le supercross.

Je pense qu’on participe quand même bien au développement de la marque.

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