Jed Beaton “j’ai dû travailler comme un dingue et sacrifier beaucoup de choses”

Jed Beaton “j’ai dû travailler comme un dingue et sacrifier beaucoup de choses”

L’histoire de Jed Beaton mérite d’être connue et en inspirera plus d’un.  Un jeune Australien parti de rien, quittant sa Tasmanie natale dans le but de pouvoir toucher son rêve, celui de rouler parmi l’élite sur le plus prestigieux championnat du globe.

Arrivé en Europe en 2017, Jed a fait ses armes en EMX250 avant de rejoindre F&H Kawasaki l’année suivante pour faire des débuts – remarqués – en mondial MX2. L’Australien aura connu quelques années difficiles en Europe marquées par des blessures à répétition; mais baisser les bras n’a jamais fait partie du vocabulaire du garçon et sa détermination sans failles lui permettait de signer – fin 2018 – son premier contrat d’usine en rejoignant l’équipe Rockstar Energy Husqvarna.

En ce début de saison, Jed Beaton occupe la 3ème place provisoire du championnat du monde MX2 derrière Tom Vialle et Jago Geerts. Pendant le confinement, on en a profité pour aller tailler le bout de gras avec l’Australien; respect, Jed.

Jed, on sait que tu as signé un contrat Rockstar Energy Husqvarna dès 2019, mais ça, c’est seulement la face émergée de l’iceberg. Un gamin de Tasmanie qui a dû travailler dur pour suivre ses rêves. C’est quoi, l’histoire de Jed ?

Le chemin a été long mais vraiment, c’est irréel et je ne changerais rien.

J’ai grandi en Tasmanie, un endroit que peu de personnes connaissent, et je suis très reconnaissant de ça. J’ai grandi sans électricité dans la maison. On avait un générateur à fioul que mon père démarrait vers 18h30 – 19h00 tous les soirs. On n’avait pas d’eau courante dans les toilettes et pour réchauffer l’eau, il fallait que celle-ci passe dans un tuyau derrière le four. Pour qu’elle soit chaude, il fallait que le four soit allumé et rempli de bois. Autant dire que c’était beaucoup de boulot juste pour prendre une douche chaude mais mon père faisait toujours le nécessaire pour nous.

Une façon de grandir bien différente de celle des autres mais je ne changerais ça pour rien au monde et je suis reconnaissant d’avoir grandi de cette façon, ça m’a beaucoup appris et si je n’avais pas connu tout ça, j’aurais probablement plié bagage pour rentrer après les moments difficiles en Europe les premières années. Au lieu de ça, j’ai continué à suivre mes objectifs, à suivre mes rêves.

Ça a plutôt bien fonctionné pour moi puisque désormais, je fais partie d’une des meilleures équipes dans le paddock MX2 et je sais qu’on ne m’a rien donné, j’ai dû travailler comme un dingue et sacrifier beaucoup de choses pour être dans cette situation aujourd’hui et je continuerais de donner tout ce qui est en mon pouvoir, et ce, jusqu’à ce que j’obtienne ce dont j’ai toujours rêvé.

Tu es venu faire la dernière épreuve EMX250 en 2016, et ça a débouché sur un guidon chez Carglass Honda pour 2017. Comment c’était cette première année avec eux ? Tu finiras par avoir une opportunité avec HRC et tu signeras un podium en mondial .

En 2016, je menais le championnat Australien et ce dernier observait une pause de 6 semaines, donc je suis venu en Europe pour voir ce que c’était de mes propres yeux. Josh Coppins et Bjorn Sockmans m’ont prêté une moto, il fallait juste que je ramène mes pièces à monter dessus.

J’ai donc payé le voyage pour moi et mon frère, qui était mon mécanicien à l’époque, juste pour faire cette course en Europe. Un de mes amis est également venu avec nous pour nous filer un coup de main. C’était vraiment un trip délirant, et pour l’anecdote, alors qu’on était dans l’avion pour venir en Europe, je ne savais même pas si j’allais pouvoir rouler (rires), ce n’est qu’une heure après avoir atterri que j’ai reçu un email avec ma confirmation d’engagement, ça a aidé à diminuer un peu le Jetlag !  J’étais trop content de savoir que tout cet argent dépensé et ces efforts faits avaient payé.

Après ça, j’ai fini par décrocher un guidon dans une nouvelle équipe pour 2017, Carglass Honda. Ce n’était pas la meilleure des équipes et je le savais, mais je voulais avoir une opportunité de faire connaître mon nom donc j’ai fait du mieux que j’ai pu avec ce que j’avais.

Au final, j’ai eu l’occasion d’être remplaçant chez Honda HRC pour 3 épreuves, et j’en ai finalement roulé 4 car Cervellin s’est blessé à Assen, lors de l’avant-dernière épreuve de la saison. Honda venait de sortir sa nouvelle 250 et ils voulaient quelqu’un sur cette moto lors de la dernière épreuve donc j’ai vraiment poussé comme un dingue pour pouvoir faire cette épreuve sur la Honda en MX2, même si le championnat d’Europe se déroulait également ce weekend là. Je voulais me concentrer sur le championnat MX2, ce qui a un peu énervé l’équipe Carglass Honda, mais mon choix de rouler en MX2 sur la nouvelle moto était fait, et heureusement, ça a fini par se faire donc je suis content d’avoir fait ce choix.

C’était que de la boue ce weekend-là mais j’ai réussi à rester sur mes roues dans les deux manches et je suis monté sur le podium, c’est fou car quand je suis monté sur le podium, tout le monde s’est demandé qui j’étais (rires). C’était une formidable façon de terminer cette année de dingue. [Jed signe un podium derrière Thomas Covington et Hunter Lawrence en MX2 ce weekend-là]

En 2018, tu fais ta première année complète en MX2 avec F&H Kawasaki. La transition de l’EMX au mondial ne semblait pas poser trop de problèmes puisque tu signais de bons résultats d’entrée de jeu.

Je ne dirais pas que franchir la marche du mondial a été simple, mais je savais que peu de personnes me connaissaient et que beaucoup se disaient que le podium de 2017 n’était qu’un coup de chance, et je voulais prouver que ce n’était pas le cas.

Le team Kawasaki F&H m’a fourni une moto qui était assez compétitive pour rouler avec les pilotes de devant, j’ai aussi réalisé un bon hiver avec Marc de Reuver à l’intersaison et au début de la saison, je n’avais aucun doute, je savais que j’avais fait le travail sur, et en dehors de la moto, donc je ne doutais pas de moi. J’étais vraiment excité à l’idée de commencer la saison et de voir ou je me situais parmi les autres.

Je pense que le fait de savoir que j’avais réalisé une bonne intersaison et que je pouvais être confiant a été d’une aide précieuse.


Malheureusement, ta saison 2018 s’arrête sur un énorme crash à Matterley. Te reconstruire physiquement, mais aussi mentalement, après cette chute effroyable, c’était difficile ?

Ouai, malheureusement, mes bonnes prestations s’arrêtent à Matterley avec cette chute, j’étais 8ème ou 9ème de la manche mais 5ème du championnat, assez proche du 3ème aux points pour qu’on joue des coudes mais je me suis cassé les deux jambes et j’étais out pour le reste de la saison. [Jed s’éjecte de sa moto à l’appel d’un triple]

C’était assez difficile à surmonter mentalement. Je traversais déjà une époque très difficile en Europe à ce moment-là et j’essayais de faire de mon mieux alors que quelque chose comme ça se produise à Matterley, ça m’a vraiment mis au plus bas mentalement.  Mais pour être honnête, ça m’a aussi beaucoup appris et je me considère comme une personne beaucoup plus forte après cette blessure et tous ces moments difficiles.

Fin de saison 2018 à Matterley pour Jed – @ianbarrowphotography

En 2019, tu te blesses avant le début de la saison et loupes le premier GP. Tu reviens rapidement, c’est compliqué, mais tu commences à retrouver ton rythme. Tu te blesses de nouveau au sternum avant la Belgique. Ça devait être frustrant. Le talent et la vitesse sont pourtant là.

2019, c’était une année difficile pour moi, genre vraiment difficile. Je suis revenu après mes fractures aux jambes, après 5 ou 6 mois sans rouler, et je suis remonté directement sur la Husqvarna. Une nouvelle moto, un nouveau ressenti, une nouvelle courbe de puissance ….

Peu de personnes le savent, mais je me suis blessé pendant l’hiver en roulant à Lommel, j’ai simplement planté l’avant dans un virage et je me suis pris le guidon dans la jambe, ce qui m’a ouvert le muscle de la jambe sur 11CM. J’ai dû observer un mois de repos en décembre avant d’entamer un mois de bootcamp en janvier à Redsand, ce mois s’est plutôt bien déroulé et j’étais content.

J’ai fait une course d’intersaison à Lacapelle-Marival et je me suis fissuré la vertèbre T4 en 4 endroits lors d’une chute pendant les essais qualificatifs et je me suis de nouveau fait mal à la jambe. J’ai pris deux semaines de repos et je suis revenu à Matterley. Au final, c’était une erreur de ma part mais je voulais tellement rouler …

Il a fallu que je retrouve la forme physique et que j’essaye de réduire les douleurs au maximum lors des 4 premiers grands prix. Après quoi, j’ai enchaîné les petites blessures qui m’ont fait galérer, j’ai pourtant signé quelques bons résultats alors que j’étais blessé, c’était frustrant de savoir que je pouvais faire encore mieux si j’étais en forme … Finalement, je me suis fracturé le sternum et j’ai pris 6 semaines de repos pour tout reprendre à zéro.

2020, ça commence bien. 2 podiums de manche, 4ème à Matterley et Valkenswaard. Tu es actuellement 3ème du provisoire MX2. Tu es content de ton début de saison ?

2020, ça a bien commencé pour moi avec 4 manches régulières. Lors de deux de ces manches, j’ai fait des erreurs bêtes qui m’ont un peu coûté mais je suis quand même content du début de saison. L’objectif pour la suite, c’était d’éliminer ces erreurs et viser des meilleurs résultats en grands prix, mais tout ça a été mis de côté assez rapidement à cause de ce virus.

Le plus drôle, c’est que je n’ai absolument rien changé pour cette saison. J’ai de nouveau fait une préparation solide cet hiver, je me suis préparé à Redsand et dans le sable profond. La seule chose qui a changé, c’est que je n’ai pas eu à prendre du repos, je n’ai pas été blessé.

À l’approche de 2020, c’était pareil que 2018, je savais que j’étais prêt et je n’avais pas de doute. J’allais prendre le premier résultat pour bosser à partir de là et je me sentais vraiment à l’aise sur la Husqvarna d’usine.

Maintenant, on attend. Une situation particulière, la ligne entre “en faire trop” et “ne pas en faire assez” est plutôt fine. Ça pourrait venir tout changer quand la saison reprendra. Comment approches-tu cette période de quarantaine ? Comment adaptes-tu ton programme ? Je sais que Mitch et Wilson son rentré en Australie, toi aussi ?

Avec cette histoire de quarantaine, on est tous dans le même bateau. Personne ne sait réellement ce qu’il se passe, les règles changent, tout change chaque jour. Les dates sont repoussées, c’est pareil pour tout le monde.

Moi, je me détends, évidemment je ne roule pas mais j’ai mis en place une routine d’entraînement avec laquelle je me sens à l’aise et que je suis content d’effectuer. C’est un moment difficile pour tout le monde, mais je suis certain qu’on aura tous une approche différente.

Mitch et Wilson sont rentrés mais je suis resté ici [en Hollande], j’ai un appartement et toutes mes affaires ici. On ne savait pas trop comment ça allait se passer, donc je me suis dit qu’il était mieux pour moi de rester ici car voyager à cette période, c’est plutôt risqué et je ne veux pas prendre ce risque si ce n’est pas une nécessité.

@Bavo

Tu vis en Europe depuis quelque temps maintenant. Mais quand tu es arrivé au début, qu’est-ce qui était le plus difficile au niveau de l’adaptation ?

Je vis désormais en Europe depuis 4 ans. M’adapter a été plutôt simple, j’ai trouvé que c’était plutôt similaire au niveau de la nourriture et tout, mais si je devais être pointilleux, je dirais que le plus dur, c’était la différence de langue. Je n’y étais pas habitué au début mais j’ai appris pas mal depuis donc ça ne me dérange plus maintenant. Comprendre les étiquettes sur les produits au supermarché, ça m’aura pris du temps aussi. Je n’ai pas mis trop de temps à m’habituer au climat, c’est juste que les jours où il gèle, qu’il fait vraiment froid, je n’aime pas trop ça mais j’y suis habitué désormais.


Ton meilleur souvenir en compétition ?

Ça, c’est forcément les podiums que j’ai enregistrés sur les épreuves du mondial.

Le conseil le plus important qu’on t’ai donné ?

“Reste humble et n’oublie jamais d’où tu viens”

 

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