Jeffrey Herlings continue de rouler sur le championnat MXGP. À Arnhem, devant son public, le Néerlandais a signé un nouveau triplé et porté à quatre sa série de Grands Prix consécutifs remportés sans concéder la moindre manche, malgré la résistance de Kay de Wolf aux Pays-Bas. Invaincu depuis Foxhill, Herlings ne se contente désormais plus d’empiler les victoires : avec plus de 140 points d’avance à trois rounds de la fin du championnat, le quintuple champion du monde voit son sixième titre mondial se rapprocher à grands pas.
« Un très bon Grand Prix ce week-end. J’aurais aimé que Lucas soit là en pleine forme, qu’on puisse se mesurer à lui. Je pense qu’on aurait eu les armes pour lui tenir tête. Sans vouloir manquer de respect au troisième, l’écart était énorme dans les deux manches. C’était cool de se battre avec Kay. On se connaît depuis longtemps mais sur les courses, on se donne à fond. Mais il y a beaucoup de respect entre nous. C’était parfois chaud, sans être non plus hors limite. Il voulait gagner, je voulais gagner, et je sais que Kay est très bon dans le sable. De tête, c’est mon quatrième triplé consécutif. Je suis invaincu depuis Foxhill. Je suis très content. Là, vient le moment de penser au championnat. Il reste 3 GP avec 140 points d’avance. Le titre se rapproche sérieusement. »
Et cette fois, Jeffrey Herlings ne peut plus vraiment faire semblant de ne pas y penser, car le Néerlandais compte une avance si importante sur Romain Febvre que cette dernière lui assure déjà quasiment le titre. À ce stade de la saison, l’officiel Honda HRC le sait : l’objectif n’est plus seulement de gagner, mais de gérer cette avance sans prendre de risques inutiles pour soulever cette sixième couronne mondiale, qu’il peut décrocher dès la première manche à Afyonkarahisar.
« J’ai remporté 10 Grands Prix sur 16, si je ne me trompe pas. Et en dehors de mes abandons, je n’ai jamais terminé en dehors du top 3 le dimanche. J’ai fait quasiment toutes les manches 1 ou 2, j’ai été très régulier. En Turquie, il y aura forcément une certaine pression même si dans l’équipe, personne n’a encore parlé du titre. Mais ils ont aussi beaucoup d’expérience; ils se concentrent simplement sur chaque course, une par une. Mais là, la situation devient très claire et il va falloir penser au championnat. Normalement, seule une blessure peut nous empêcher d’être titré. Il va falloir être intelligent et limiter les risques. Mais le simple fait d’être en vie, c’est risqué ! On va gérer les choses le plus intelligemment possible, tous ensemble. »
Et si Jeffrey Herlings retrouvait, à l’aube de ses 32 ans, un peu du pilote qui avait marché sur le championnat en 2018 ? À l’époque, le Néerlandais avait pris le dessus sur Antonio Cairoli et signé l’une des saisons les plus dominantes de sa carrière en signant 33 victoires en 40 manches. Huit ans plus tard, Herlings estime entrevoir des similitudes, même si le contexte et la concurrence ont profondément changé. Et forcément, l’absence de Lucas Coenen lui laisse un petit goût d’inachevé : le Néerlandais aurait aimé se mesurer face à celui qu’il considère comme l’un des hommes forts de cette saison.
« Je suis toujours déçu que Lucas se soit blessé, parce que j’ai l’impression d’avoir maintenant les armes pour lui tenir tête. Je ne dis pas que je le battrai à chaque fois, mais je pense au moins pouvoir y parvenir. Honnêtement, je pense que je peux désormais me battre avec lui, peu importe le terrain. Mais je ne sais pas s’il participera aux trois prochains Grands Prix. Vu qu’il y a la rumeur de son départ pour les USA, ce serait dommage de ne plus pouvoir l’affronter à nouveau dans un avenir proche, parce qu’en début d’année, c’était clairement l’homme à battre. Je pouvais le battre à certaines occasions, mais il prenait toujours un peu de meilleurs départs que moi. »
« En 2018, j’avais davantage confiance en moi aussi » poursuit l’officiel Honda HRC. « Mais je pense que la concurrence n’était pas aussi relevée qu’aujourd’hui. À l’époque, je me battais essentiellement contre un Antonio Cairoli qui avait déjà plus de 30 ans. Aujourd’hui, je suis confronté à toute une génération de jeunes : Lucas Coenen, Kay de Wolf, Tom Vialle … mais aussi des champions du monde comme Romain Febvre et Tim Gajser. Et à l’heure actuelle, il n’y a pratiquement que Lucas et moi qui avons remporté des manches. Je crois que Tom en a gagné une et Tim une ou deux, mais toutes les autres ont été remportées par Lucas ou moi. Donc, si on enlève Lucas de l’équation, j’aurais gagné presque toutes les courses. Aujourd’hui, je retrouve donc un peu le feeling de 2018. En début d’année, je n’étais pas encore à ce niveau, mais j’ai maintenant le sentiment de m’en rapprocher, même si j’ai presque dix ans de plus. »
À bientôt 32 ans, Jeffrey Herlings n’a plus grand-chose à prouver. Et pourtant, le quintuple champion du monde ne semble toujours pas rassasié. L’argent n’est plus un moteur, le palmarès parle pour lui, mais l’envie de gagner, elle, est toujours bien présente. Une motivation qui pourrait même le pousser à prolonger l’aventure avec Honda – jusqu’en 2030, entend-on !
« Je conduisais l’autre jour et je disais à ma copine que c’était étrange, parce que je suis toujours aussi passionné par ce que je fais. Bien sûr, j’aime l’argent, je ne vais pas mentir. Mais aujourd’hui, je ne roule plus pour l’argent. Je pourrais arrêter demain et vivre une très belle vie. Et malgré ça, je fais encore tous les sacrifices nécessaires parce que j’ai toujours envie d’être au sommet. Je n’ai plus rien à prouver. J’ai gagné le plus de manches, le plus de Grands Prix. Sans les blessures, j’aurais probablement remporté le plus de titres également. Ce n’est pas le cas, mais tout le monde sait que j’ai souvent mené le championnat avec une avance importante et le titre m’a échappé. Je n’ai plus rien à prouver, mais je continue de me réveiller chaque matin avec cette même envie : être le meilleur possible. Là, on envisage déjà de prolonger mon contrat avec Honda, d’ouvrir les négociations. Je suis comme un vieux bulldog qui ne veut pas abandonner. »
Et quand il s’agit de défendre les couleurs des Pays-Bas au Motocross des Nations, Jeffrey Herlings a visiblement déjà une petite idée de la composition idéale. S’il avait les clés de la sélection, le quintuple champion du monde ferait notamment équipe avec Kay de Wolf et Glenn Coldenhoff, quitte à jouer avec les catégories pour aligner, selon lui, la meilleure combinaison possible. Une sélection qui, sur le papier, aurait évidemment de quoi viser un excellent résultat à Ernée, mais le nom de Roan Van de Moosdijk traîne aussi dans les petits papiers ces derniers jours …
« Si j’étais team manager, je sélectionnerais Kay et moi en MXGP ou Open, peu importe la répartition. Puis je mettrais Glenn Coldenhoff sur une Yamaha 250 officielle. Mais je ne suis pas team manager. En termes de résultats ? C’est difficile à dire. C’est toujours un pari. Est-ce qu’il va pleuvoir ? Que va-t-il se passer ? Mais je pense sincèrement que si Kay et moi on reste à ce niveau et que le pilote MX2 ramène un bon résultat, on peut se battre pour une éventuelle victoire. Est-ce que ce serait facile ? Non. Mais ce serait possible. Je pense qu’on peut gagner. »
Jeffrey Herlings sait toutefois que la concurrence sera particulièrement relevée à Ernée, notamment face à la France, la Belgique, l’Espagne ou encore si les États-Unis alignent leurs meilleurs éléments.
« Après, l’Espagne sera très forte si Prado vient. La France sera également très forte, et tout dépendra de l’équipe que les Américains enverront. Mais je pense sincèrement qu’on peut viser le podium. J’espère qu’ils m’écouteront [rires]. Mais d’un côté, je suis content de ne pas avoir à choisir. Parce que si je prends la décision et que Glenn fait une mauvaise course, c’est moi le méchant dans l’histoire. Donc heureusement, ce n’est pas moi qui dois prendre cette décision. Mais si je devais choisir l’équipe, je prendrais Kay, Glenn et moi-même. »















