Ruben Fernandez « me battre devant plus fréquemment »

Ruben Fernandez « me battre devant plus fréquemment »

Signé par l’équipe Honda 114 Motorsports à l’intersaison, Ruben Fernandez fait office de fer de lance de l’équipe dirigée par Livia Lancelot cette saison. Le pilote Espagnol au gros cœur n’a pas chômé à l’intersaison en jouant sur plusieurs tableaux, s’alignant derrière les grilles des championnats Italiens et Espagnols. Dominateur sur les courses de préparation, Ruben Fernandez engrange de la confiance à l’approche de l’ouverture de la saison de mondial tout en gardant les yeux rivés sur son objectif: rouler devant en 2021. Micro.

Ruben, tu étais l’un des pilotes libres de contrat les plus demandés à la fin de la saison 2020; Livia m’a dit que tu étais son choix numéro 1 sur sa liste. J’imagine que Honda 114 n’a pas été la seule équipe à te faire une proposition. Qu’est-ce qui t’a motivé à signer chez Honda 114 plutôt qu’ailleurs ?

Je ne savais pas que j’étais le premier choix de Livia, c’est bon à savoir, ça me fait plaisir. La saison 2020 n’a pas été si mal que ça, j’ai signé de belles courses et je pense avoir montré une belle vitesse, malheureusement je n’ai pas pu terminer sur le podium à cause de nombreux problèmes sur la moto, j’ai abandonné beaucoup de fois. Malgré tout, j’ai fait de belles courses.

Si tu me demandes ce qui m’a motivé à signer avec Honda 114, c’est que je m’attendais à ce que cette équipe soit compétitive, je m’attendais à ce qu’ils aient une bonne organisation pour pouvoir faire le job de façon professionnelle, et avoir une moto compétitive. Livia est à la tête de l’équipe, elle a été championne du monde donc j’étais partant pour travailler avec elle.

Honda, c’est une grosse marque; il y a quelques équipes Honda en MX2, et de toutes celles-ci, Honda 114 est selon moi la meilleure. C’est une chose qui m’a motivé également. De l’extérieur, ils semblaient professionnels, la moto semblait marcher, et il y a aussi un préparateur moteur Espagnol au sein du team, qui a déjà décroché des titres en tant que préparateur et je fais confiance à son travail, il faut voir ce qu’il a fait jusque-là en GP !

Maintenant que je fais partie de l’équipe, je peux désormais dire que tout ce que je voyais de l’extérieur était bel et bien vrai. C’est encore mieux que ce à quoi je m’attendais et je suis vraiment très content de faire partie de l’équipe. Je suis très content du déroulement des choses, de l’organisation, de la moto, des mécaniciens, du programme, de l’endroit où l’on est logé.

Je me dois également de dire qu’à l’époque de l’Europe, quand Honda 114 Motorsports a été créé, Livia est venue me parler pour voir si j’étais intéressé par l’idée de rejoindre l’équipe. J’avais déjà un contrat avec F&H Kawasaki à l’époque et ça n’avait pas été possible, mais on m’avait offert un contrat chez Honda à l’époque; je pense que Livia a suivi mes progrès sur la piste ces dernières années.

Tu as fait ta première saison en mondial MX2 en 2018, avant de redescendre en EMX250 en 2019. Pourquoi avoir pris cette décision ?

Les choses ne se sont pas bien passées en 2018, j’ai pris la décision de quitter l’équipe F&H Kawasaki en milieu de saison, même s’il me restait du temps sur mon contrat. Le seul contrat que j’ai pu trouver par la suite, c’était un contrat pour rouler en championnat d’Europe, et c’est ce que j’ai fait.

J’ai dû retourner en EMX250; c’était un peu un pas en arrière, mais c’était pour mieux rebondir et revenir encore plus fort. Malheureusement, je me suis blessé lors de cette saison et je n’ai pas pu la terminer de la bonne façon, mais j’ai eu la chance de pouvoir continuer à rouler pour Yamaha une saison de plus en 2019.

Tu termines la saison 2020 dans le top 10 du mondial MX2, tu signes un podium de manche en Lettonie, 3 top 5 en fin de saison, mais malheureusement, également 9 manches blanches. Quel bilan tires-tu de ta saison 2020 ?

Comme tu l’as dit, j’ai signé de belles manches la saison dernière mais j’ai également eu beaucoup de manches sans points. Une grosse partie de ces manches sans points ont été dues à des problèmes mécaniques.

Malgré tout, j’ai montré de la bonne vitesse avec une troisième place en manche à Kegums, j’aurais pu terminer sur le podium de grand prix si je n’avais pas commis une erreur alors que j’étais en position pour jouer le podium en seconde manche. Je crois que cette année, si je ne fais pas ces erreurs et que je ne subis pas ces problèmes mécaniques, je serai capable de me battre devant plus fréquemment.

Ce que je retiens de la saison dernière, c’est que j’ai montré ma vitesse, j’ai montré que je pouvais me battre devant sans ces problèmes mécaniques et mes erreurs. Avec une moto encore plus compétitive, je devrais pouvoir rouler devant même si ce ne sera pas simple.

La plupart de tes concurrents ont ralenti le rythme à l’intersaison suite au report de l’ouverture du mondial. De ton côté, tu as roulé de tous les côtés, en Italie, en Espagne. Pendant que certains font peu de volume, tu en fais beaucoup. Pourquoi cette stratégie ?

Je ne suis pas certain d’avoir fait du gros volume. Il faut trouver l’équilibre.

Si tu fais des courses, alors tu t’entraînes moins pendant la semaine. Pendant que les autres s’entraînent durs pendant la semaine, moi, je suis un peu plus relax car je fais des courses pendant le weekend. Il n’y a pas de meilleur entraînement que la course à mon avis. Le rythme est différent, le stress qu’il faut gérer n’est pas le même; le corps doit s’adapter à ça avant que la saison de grand prix ne commence. Plus tu fais de courses, mieux c’est selon moi.

C’est un peu difficile d’aller en Espagne, puis en Italie, puis de retourner en Espagne, et d’aller de nouveau en Italie … C’est pourquoi je n’ai pas fait la troisième épreuve Italienne; ces voyages sont fatigants mais j’aime rouler en championnat Espagnol, je m’amuse vraiment et c’est un bon entraînement. C’est du positif, ça m’aide à être dans le bon état d’esprit et ça ne peut qu’aider mon pilotage.

Dire que tu es un pilote intense serait presque un euphémisme. Tu donnes clairement tout sur la piste, parfois peut-être trop. Récemment, Livia me disait qu’elle travaillait avec toi sur cet aspect, pour trouver la limite sans ne jamais la dépasser. C’est difficile pour toi de trouver le juste équilibre une fois en piste ?

C’est vrai que quand je suis sur la piste, je veux toujours me donner à 100%, voire plus. Parfois, ce n’est pas la bonne chose à faire.

Moi, j’ai pour habitude de partir derrière et dans les premiers tours, il faut rouler de façon très intense, être très rapide pour doubler sinon, les gars de devant s’éloignent. Je pense qu’un de mes points forts, c’est d’être capable de doubler très rapidement dans les premiers tours mais ça ne se passe pas toujours bien, parfois, ça peut mal se passer.

Quand je pars bien et que je suis bien placé dans les premiers tours, il faut que j’aborde les choses de manière plus calme; comme quand je pars dans le top 5 par exemple, prendre les choses tours après tours. C’est quelque chose dont je dois prendre conscience en course.

Parfois, je fais l’erreur d’attaquer trop fort trop tôt alors que je suis parti dans le bon groupe, je roule de la même façon que si je devais revenir de l’arrière et ça me fait faire des erreurs, je chute…

Je pense que ce style de pilotage provient aussi de ma moto de l’an dernier. Pour dire vrai, elle n’était pas très compétitive, je ne pense pas que j’étais réellement en mesure d’être compétitif face aux motos d’usines, donc je me devais de prendre plus de risques pour sortir plus fort des virages, etc. C’est quelque chose qui fait aussi une différence sur l’agressivité.

Cette année, je serai sur une meilleure moto et on travaille sur ma patience en piste, je pense que mon pilotage est bien plus propre. Quand viendra l’heure de pousser au-delà des limites, je serai en mesure de le faire mais il faudra être conscient des risques. Parfois, il faut repousser les limites pour doubler un pilote.

On travaille également sur mes départs; si je prends de meilleurs départs, alors je n’aurai pas besoin d’attaquer autant dans les premiers tours.

Tu étais le seul pilote Espagnol en MX2 l’an dernier, malheureusement, le MXDN a été annulé à cause du Covid. Ton nom DOIT être sur la liste de l’équipe Espagnole pour l’édition de cette année, aux côtés de Prado en MXGP.

Comme tu l’as dit, l’édition de 2020 a été annulée à cause du Covid. Si l’édition de 2021 est maintenue et que je suis sélectionné, je pense qu’on pourra faire quelque chose avec Jorge et un autre pilote. Ce serait vraiment top, ma première fois aux Nations, je donnerais tout ce que j’ai, c’est certain.

Tu t’es battu contre un pilote Factory KTM – Guadagnini – en Italie, et tu lui a plutôt tourné autour. Tu as mené les deux championnats – Espagnols et Italiens – en étant dominateur; est-ce que c’est important pour toi de te mettre en confiance sur la nouvelle moto avant l’entame de la saison de mondial ?

C’était vraiment une bonne chose, malheureusement en Italie, j’ai dû abandonner en première manche contre Mattia car le ressort de collecteur s’est cassé et ce dernier s’est déboîté; c’est étrange, mais ça arrive.

Quoi qu’il en soit, je menais cette manche et je pense que j’aurai gagné cette dernière. C’était de belles courses, j’ai dû revenir en seconde manche avant de le passer et de creuser l’écart. Ça fait du bien. Je sais également qu’il faut parfois un peu de temps pour qu’un pilote se mettre dedans donc je ne me concentre pas trop là-dessus, je me concentre sur moi-même, sur mon ressenti, et je me sens vraiment bien pour l’heure.

Je sais qu’avec ces courses, je serai encore meilleur quand viendra l’heure des grands prix donc je prends ça comme du « plus » et je garde ça dans un coin de ma tête. Il reste des choses à améliorer mais tout se déroule très bien, je me sens vraiment bien et j’ai hâte de débuter la saison. Ces derniers jours, on s’est entraîné aux départs et ils se sont améliorés, si je peux mieux partir je devrais pouvoir faire de bonnes choses.

Qu’as-tu appris de ces courses d’intersaison ?

Je pense que j’ai compris qu’un des points sur lequel il fallait que je travaille, et l’une des erreurs que je devais éviter: les départs. Je n’ai pris qu’un seul bon départ durant ces épreuves d’intersaison et j’ai également fait des erreurs dans les premiers tours sur le championnat Italien, j’ai pris beaucoup de risques et je dois d’être plus patient. Il y a toujours de petites choses à corriger.

Tu portes le numéro 70 depuis de nombreuses années maintenant, c’est quoi l’histoire de ce numéro ?

Il n’y a pas réellement d’histoire. J’ai juste commencé la compétition avec ce numéro. Mon père roulait avant moi, à un bon niveau à l’époque. C’est lui qui m’a appris la grande majorité des choses que je connais aujourd’hui. J’ai également 2 frères et une sœur. Mes deux frères roulaient également, on a tous commencé la compétition en même temps. J’ai commencé la compétition avec le numéro 70, mon premier frère avec le numéro 76 et mon second frère roulait avec le numéro 75. Depuis ce temps-là, je me suis attaché à ce numéro, c’est mon numéro et je m’y identifie. Je ne le changerais pour rien au monde.

Si tu pouvais t’approprier une qualité d’un pilote, ce serait laquelle ?

Pour sûr, je prendrais les bons départs et les holeshots de mon pote Jorge Prado. Ce serait vraiment le premier choix car les départs sont très importants en grands prix. C’est toujours mon point faible pour l’heure, mais j’y travaille. J’espère pouvoir mieux sortir de la grille cette année.

Images: Thibault Photography

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