Ryan Villopoto “J’ai eu de gros problèmes liés au stress”

Ryan Villopoto “J’ai eu de gros problèmes liés au stress”

10 titres AMA, une pige rapidement avortée en mondial, et une retraite anticipée à 26 ans. Décomplexé depuis son arrêt des compétitions fin 2014, Ryan Villopoto nous dévoile une nouvelle fois l’envers du décor au plus haut niveau; où quand la passion laisse – doucement mais surement – place à l’exécration.

Ryan Villopoto – Unleashed #102

“Tu sais, Ricky Carmichael a pris sa retraite vers 26 ou 27 ans, Ryan Dungey a pris sa retraite vers 26 ou 27 ans, moi, j’ai arrêté à 26 ans.

L’AMA enregistre tous ces chiffres, elle voit tous ces athlètes de très haut niveau prendre leur retraite et arrêter leur carrière très tôt. À l’AMA, ils devraient se demander pourquoi. Ils devraient se poser une question du style “Comment on fait pour que ces gars continuent de rouler ? Ils ne sont pas trop vieux pour ça”.

Arrêter nos carrières, ça n’avait rien à voir avec nos aptitudes, Ricky Carmichael gagnait encore quand il est parti, Ryan Dungey gagnait encore quand il est parti, et je gagnais encore quand je suis parti.

En 2014, je ne voulais plus rouler, je ne voulais plus voir une moto, je ne pouvais plus supporter la pression. Cette année-là, j’ai eu de gros problèmes liés au stress. Je faisais des ulcères à l’estomac, c’était tellement sérieux que ça m’a envoyé à l’hôpital à une poignée de reprise pour que je puisse prendre des traitements et des médicaments. J’ai eu 5 plaques dans la jambe droite, je me suis fait 4 fois les ligaments croisés; la douleur, j’y étais habitué, mais ça, c’était trop, ça me clouait au sol.

J’étais constamment sous pression, la pression de devoir performer. Une pression que je me mettais moi-même sur les épaules.

Un jour, on est allé au Canada pour l’épreuve de Toronto et je me suis réveillé avec des douleurs à l’estomac. Je suis allé voir Dr Bodner, le chef de l’équipe médicale sur place, un gars qu’on voit chaque weekend et qui nous connaît bien. Il ne pouvait rien faire pour moi et m’a conseillé de passer un scanner donc je suis allé à l’hôpital en me tordant de douleur.

Là-bas, ils m’ont placé sous morphine, une dose assez forte pour que ça me couche et que je m’endorme. J’y suis resté jusqu’à 17h, j’ai loupé les essais libres, les essais chronométrés. C’était la troisième épreuve de la saison, j’avais dormi pendant 2 heures à l’hôpital et en me réveillant, je me sentais bien. J’étais dans le top 10 du championnat donc même sans passer par les essais, j’étais qualifié pour la soirée.

Je suis retourné dans l’enceinte du stadium, je me suis équipé, je n’avais même pas vu à quoi ressemblait la piste. J’ai découvert la piste lors de la manche qualificative – que j’ai utilisé comme ma séance d’essais – et je suis passé en LCQ pour me qualifier pour la finale.

 

Je devais rouler, j’aurais perdu 25 points et je n’aurais probablement pas gagné le championnat si j’avais manqué cette épreuve. […]

C’est arrivé de nouveau la veille de mon titre en 2014. Je me suis réveillé, boum, ulcère à l’estomac. Je suis allé à l’hôpital et j’avais dit à l’interne qui s’occupait de moi “Je sais ce qu’il faut faire, il faut que tu me donnes ce traitement, c’est déjà arrivé par le passé, et ça a très bien fonctionné”. Il était là “Ouai, mec … Sérieusement ? T’es un drogué ?”

J’ai passé la nuit à l’hôpital, je me suis réveillé en forme le lendemain matin, je me suis pointé sur l’épreuve et j’ai gagné ce soir-là. […]

Pour l’exemple, une rupture des ligaments croisés, ça me prenait 3 mois et demi pour récupérer, peut être 4 mois. Aldon Baker était mon entraîneur à l’époque, Casey était mon mécano d’entraînement. En revenant de mes croisés, j’étais plus rapide à l’entraînement après 4 mois sans moto, simplement car cette déconnexion, cette pause, ça m’avait fait du bien mentalement, et aussi physiquement.”

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