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Stephen Rubini “je prends de nouveau du plaisir à faire de la moto, et c’est très important”


On avait quelque peu perdu la trace de Stephen Rubini depuis son aventure aux USA, puis au Brésil, en 2023. On a retrouvé le pilote Français à Sommières à l’occasion du 57ème International sur le circuit de la Tourille. Les plans de Stephen pour la saison 2024 ont été officialisés ce jeudi; le garçon évoluera au Brésil puis sur quelques épreuves de l’outdoor US. La page du mondial semble bel et bien tournée pour Stephen, qui nous avoue être en désaccord avec la tournure prise par le championnat du monde ces derniers temps. Quand passion ne rime plus avec plaisir, les changements s’opèrent. Micro.

Stephen, explique-nous pourquoi on te retrouve à Mantova et Sommières, alors que tu as un peu disparu des radars ces derniers mois.

Forcément, il y avait quelque chose qui se préparait de mon côté pour la saison 2024. Du coup, j’aurais bien aimé faire des courses de préparation aux USA mais en ce moment, il n’y a que les courses de qualification pour la Loretta lynn’s et je ne peux pas y participer. Les seules courses que j’aurais pu faire à cette période, c’était réellement Mantova et Sommières. Voilà, deux belles courses de préparation malgré une épreuve compliquée à Mantova compte tenu des conditions. Il y avait beaucoup de beau monde à Sommières, ça s’est plutôt bien déroulé. Top.

Tu as fait 2 belles manches, il y avait des pointures des grands prix en MX1. Quel bilan tires-tu de cet inter’ de Sommières ?

Je suis quand même assez content malgré deux départs assez compliqués en manches. Ce n’est pas une excuse, mais j’ai quand même une 450 CR-F toute stock qu’Honda France m’a prêtée donc c’était compliqué de sortir devant. Heureusement, j’ai eu l’aide de Peter de 4.42 pour les suspensions, et ça a fait une grosse différence. Au niveau moteur, il n’y a rien sur la moto, la ligne d’échappement est d’origine. Être compétitif face aux pilotes usine, c’était compliqué, mais je trouve que je me suis bien débrouillé. J’ai trouvé des solutions pour gagner du temps à certains endroits. J’ai fait deux premières manches pas trop mal, et une superfinale vraiment compliquée avec un départ complètement loupé. J’ai essayé de remonter par la suite mais Sommières, on connaît, on sait que c’est compliqué de doubler. Il y a eu du moins bien lors de la dernière manche, mais c’était tout de même un très bon entraînement pour moi.

Pour ceux qui se sont posé la question. Tu as fait une belle dernière saison de MX2 en 2022, c’était le passage en MXGP en 2023 mais il a été très vite avorté. Il s’est passé quoi ?

C’est triste à dire mais c’est vrai que l’année dernière, j’ai eu une année très compliquée. Je ne me faisais pas plaisir en championnat du monde. Le mondial prend une tournure particulière, et je n’ai pas envie que ma carrière prenne cette tournure là. J’ai essayé de trouver des solutions, je suis parti aux US et ça a été une expérience incroyable pour moi. Ensuite, je suis parti au Brésil et là, c’était pareil. J’ai eu des préjugés et finalement, c’était extraordinaire. J’ai rencontré des gens super sympa avec qui je me voyais travailler dans le futur. Les nouvelles, c’est que je vais rouler au Brésil puis aux US avec l’aide d’Honda Brésil. Je suis content de l’annoncer maintenant. Ce sont des choses que j’ai envie de faire, des choses qui me rendent heureux à l’heure d’aujourd’hui. Là, je prends de nouveau du plaisir à faire de la moto, et c’est très important.

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Qu’est-ce qu’il faudrait qu’il se passe pour que tu envisages de retenter ta chance en mondial, à l’avenir ?

Retenter ma chance ? Honnêtement, je ne pense pas. Ce ne sont plus les objectifs que j’ai dans ma vie aujourd’hui. Les grands prix, c’est très difficile. Les motos d’usine sont présentes, et c’est vraiment dur de les accrocher quand on n’a pas le même matériel. C’est possible, mais c’est très, très dur. J’ai préféré faire un pas en arrière pour me faire plaisir car – principalement – le but de ce sport est de prendre du plaisir bien que ce soit devenu un travail pour nous. Peut-être que dans le futur, s’il y a un grand prix au Brésil, j’y participerais. L’Argentine un jour, à voir. Une pige pourrait se faire, mais je pense que de mon côté, il n’y aura pas plus que ça.

On voit que les “vieux routards” en France se font des programmes costauds avec du Motocross, Supercross, et vadrouillent en Europe. Ils arrivent à s’en sortir comme ça. Te diversifier et faire du Supercross, ce n’est pas dans les plans à l’heure actuelle ?

Si, si ! Je vais faire du Supercross. On a un championnat de 3 courses au Brésil, donc je vais devoir m’y mettre. J’ai aussi de petits projets dans la tête, dont un qui serait de réfléchir à s’aligner sur le Supercross US dans les années à venir. Si tout se passe bien, que je m’en sens capable, et en gardant la tête sur les épaules, ce serait une belle expérience. J’ai un grand respect pour tous les pilotes qui font l’Elite et le Supercross. Je pense que les pilotes qui font ça et qui se démerdent le mieux gagnent bien mieux leur vie que beaucoup de pilotes de GP, alors respect à eux.

Il faut aussi remplir le frigo, payer les factures …

C’est ça, il faut faire rentrer de l’argent. En dépenser, c’est une chose mais si on n’en fait pas rentrer derrière … Le Motocross est un sport qui coûte cher à pratiquer, on devient vite fauché. Je suis parti aux US par mes propres moyens avec un peu d’aide de Bud Racing et de Dimitri Rollando, c’était mon rêve, mais ça m’a coûté beaucoup d’argent. Presque tout ce que j’ai gagné pendant toutes ces années. Voilà, voilà …. Bon, ça m’a ouvert des portes pour la suite donc c’est du positif, mais tout coûte extrêmement cher. C’est un beau sport, mais il faut aussi s’y retrouver financièrement parlant à la fin.

As-tu vu passer le post de Sébastien Pourcel concernant le faible nombre d’engagés en MX1 à Lacapelle Marival ? Qu’est-ce que ça t’inspire ?

J’ai envie de te dire que c’est très étonnant pour un championnat de France, et surtout pour une ouverture. Oui, on tire la sonnette d’alarme. Après, je ne me suis pas du tout intéressé au championnat de France cette année, ou aux nouvelles normes instaurées dernièrement. On voit tous que ça ne va pas dans le bon sens de toute façon. Il y a quelques années de ça, je crois que c’était en 2013, on avait encore les primes de fin d’année. Ça n’existe plus par exemple. Petit à petit, on ne va pas dans le bon sens. Après, je comprends que le Motocross perde de son image aux yeux du public, de l’Etat, avec les écolos et compagnie. Le truc, c’est que les teams et les privés qui font tous les efforts, et mettent des moyens pour venir remplir les grilles de l’Elite ont de moins en moins envie de faire ces efforts et de mettre ces moyens. Il n’y a rien à gagner, la vie est de plus en plus chère … S’il n’y a pas une petite contrepartie, une petite récompense derrière, c’est compliqué. À l’époque du 85cc – ça remonte – je prenais ma petite prime de 200€ pour aller au championnat de France et ça me payait plus ou moins le voyage. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas.

On va essayer de positiver un peu, hein ? Dans 10 ans, ton sport, il ressemble à quoi … [rires].

Ce n’est pas franchement positif ça [rires]. On sera à l’électrique je pense d’ici là. Honnêtement, ces motos marchent, mais putain ça enlève tout le bonheur du Motocross. Quand on est passé au 4 temps, on a perdu le son du 2 temps qui était magnifique. Là, on n’aura plus de bruit de tout. Ce n’est pas quelque chose qui m’attire. Malheureusement, c’est sûrement le futur et on devra y passer. D’ici là, j’espère que j’aurai fini ma carrière [rires].

Et l’après, c’est quoi ?

Après ma carrière, j’aimerais bien entraîner les pilotes. Pouvoir transmettre mon expérience à la future génération, aux jeunes. C’est quelque chose que j’apprécie, que j’ai déjà fait quelques fois et je me suis toujours régalé. Ça arrivera peut-être plus vite que prévu, on ne sait jamais, mais c’est là quelque part, dans un coin de la tête. J’ai encore quelques belles années dans les jambes, mais je pense que mon futur sera là-dedans, car je n’ai pas envie de quitter le milieu de la moto.

Stephen Rubini “je prends de nouveau du plaisir à faire de la moto, et c’est très important”

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