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Tom Guyon « Faire un podium de manche en France, c’est génial »

Blessé à l’intersaison 2021/2022 puis de nouveau blessé en Italie à Maggiora, Tom Guyon a décidé de serrer les dents et de terminer la saison 2022 malgré tout. Auteur d’une poignée de top 10 de manche sur le mondial MX2 cette saison, le pilote VRT KTM a démontré toute l’étendue de son potentiel à Saint-Jean d’Angely en signant son premier podium de manche derrière Tom Vialle et Thibault Benistant. Quatrième du Grand Prix de France, Tom savoure, et s’apprête à aborder une nouvelle intersaison, en pleine confiance – cette fois-ci.

Tom, la dernière fois que je t’ai vu, c’était à Maggiora. Tu t’es blessé là-bas, vous n’avez pas parlé de cette blessure, est-ce qu’on peut expliquer aux gens que tu as roulé blessé depuis ?

Oui. J’étais vraiment bien à Maggiora, je commençais à revenir à mon niveau. Je me suis tout simplement re-pété les ligaments du genou, comme l’an dernier. Au début, la douleur était différente de celle ressentie en 2021 et j’avais espoir que ce ne soit pas la même blessure. Finalement, le verdict est tombé, c’était rompu et j’ai décidé de rouler comme ça parce que me refaire opérer, c’était encore 6 mois sans rouler. J’ai quelques douleurs au ménisque mais rien de trop grave, je vais faire quelques examens supplémentaires, mais j’ai pu rouler toute la fin de saison sans trop de douleurs, sans trop de gênes.

J’ai pu faire une belle fin de saison et montrer de quoi j’étais capable, donc c’est top. Si j’ai besoin de me faire opérer, je me ferais opérer prochainement, mais juste du ménisque. Le genou restera comme ça. J’ai fait des tests, mon genou est stable – presque comme si j’avais encore le ligament – mais par contre, il faut être rigoureux sur la musculation mais en tant qu’athlète, on se doit d’être rigoureux avec le sport en général.

Tu n’as pas roulé à Riola Sardo. Tu as bien roulé à Lommel, en Finlande, cette progression dans le sable, elle sort d’où ? Tu n’es pas un grand amateur de sable dans mes souvenirs.

Franchement, même moi je me suis surpris dans le sable.

J’étais content de voir que je pouvais rouler aux avant-postes même dans le sable. On a passé trois semaines à Lommel et ça m’a fait beaucoup de bien. On a vu que j’avais un bon feeling, que je commençais à être vraiment à l’aise et aussi rapide que certains des tops pilotes en grands prix donc c’était cool.

À Lommel, j’étais déjà bien car en manche qualif’ j’ai été longtemps sixième; c’était un peu surprenant pour moi et j’étais content. Malheureusement je me suis fait mal en première manche sur un gros par-devant. J’ai eu beaucoup de chance car je m’en sors avec des hématomes aux jambes, et des oedèmes sous les muscles donc c’était douloureux. Je n’ai pas roulé en seconde manche car sur ce terrain très compliqué, il fallait des jambes. J’ai pris une petite semaine de repos et après ça a été. En Finlande, j’ai de nouveau montré que j’étais capable de rouler devant dans le sable. Je montre que je deviens bon partout, et c’est top.

Tom Guyon clôt sa saison 2022 sur un podium de manche en GP

Le fait que Pela [Pierre-Alexandre Renet] ait rejoint la structure cette saison, ça joue aussi un peu ?

Bien sûr, c’est un tout. Le programme a été bien structuré cette année, on a fait les choses comme il faut et ça montre que le travail paye. C’est un ensemble de plein de chose qui fait que ça marche, mais ces choses-là n’arrivent pas en deux mois, il faut travailler. Durant toute la saison, j’ai pu évoluer et je suis content de finir sur cette bonne note.

Hier, tu fais 4ème de la manche qualificative. De loin ton meilleur résultat en MX2. Tu m’avais dit que ton but c’était de montrer que tu pouvais être dans le top 5; là, tu l’as montré. Samedi soir, tu te disais que ça allait enfin être ton week-end ?

Je ne me suis pas trop mis la pression. J’étais content de moi mais je ne voulais pas être en euphorie. Je me suis dit que ce n’était qu’une manche qualificative; certes j’allais retrouver les mêmes pilotes en piste le lendemain mais ça allait être dur.

J’ai montré de quoi j’étais capable le samedi et je ne me suis pas démonté le dimanche même si j’ai fait une première manche un peu compliquée. Je suis parti dans le tas et j’étais plus rapide que les pilotes devant moi mais je dois encore apprendre à doubler plus rapidement. Il y avait des opportunités que je n’ai pas su saisir et ça me coûte probablement le podium de grand prix ce week-end.

Par contre, en deuxième manche, wow. J’étais surpris, et trop content.

Tu pars devant, tu te retrouves 3, et tu tiens toute la manche devant un paquet de pilotes factory. Ils étaient à deux secondes, et ils sont resté à deux secondes.

Au départ, je suis sorti un peu trop large et j’ai été fébrile dans la montée, Thibault et Tom sont passés mais j’ai pu faire de bons tours derrière eux. Je suis content de mes premiers tours, j’étais dans le bon wagon et ça a mis du gros rythme toute la manche. Jago revenait fort sur moi mais il a fait une erreur, c’est la course. J’ai su tenir ma place comme il faut et les pilotes derrière ne sont pas revenu, ça faisait un peu le yo-yo mais j’étais solide sur cette manche.

Le pilote VRT KTM termine 4ème du grand prix (9-3)

Cette manche a dû durer une éternité pour toi. Qu’est-ce qu’il se passe dans ta tête quand tu franchis la ligne d’arrivée ?

Déjà, à 10 minutes de la fin de manche, j’ai regardé le chrono’ et j’ai vu « 10 minutes ». Je me suis dit « Je n’en peux plus, je suis au bout de ma vie ». Mais c’était pareil pour les autres, et je ne voulais pas lâcher, c’était impossible que je lâche, j’étais trop bien pour lâcher. C’était dur, très dur, mais j’avais le mental qu’il fallait. En plus, c’était un peu dur de doubler sur cette piste et sur la fin, j’en ai remis une couche.
Quand j’ai vu le panneau deux tours, je savais que ça allait être deux tours très, très longs.

« Fais pas d’erreurs, fais pas d’erreurs, fais pas d’erreurs » ?

Non même pas, j’étais plus en train de me dire « Mets du gaz, et si tu tombes, ce n’est pas grave ». Je ne voulais pas jouer la sécurité, risquer de me faire passer et regretter par la suite de ne pas avoir tout donné bêtement. Je préfère limite tomber pour avoir voulu en faire trop, plutôt que de me laisser doubler pour jouer la sécurité. C’est comme ça que ça s’est passé dans ma tête et au final, je suis resté sur mes roues. Je n’en pouvais plus mais j’ai tenu ma place et les autres ne sont pas tant remontés que ça. Quand j’ai passé le drapeau à damiers, j’étais le plus heureux, limite comme si j’avais gagné une manche.

À l’arrivée, tu serres la main de Tom Vialle. C’était un peu un « bienvenue parmi nous ».

C’est clair. En plus faire un podium de manche en france – à Saint Jean – c’est génial. Arriver avec les premiers, c’est toujours mieux que d’arriver 40 secondes derrière. Serrer la main du premier, ce n’est pas la même chose que de serrer la main du 10ème. Mon but, l’an prochain, c’est qu’on vienne me serrer la main, la main du premier.

Un triplé Français en seconde manche MX2 à Saint Jean !

Quand tu as serré la main de Tom, tu t’es dit « Tu ne seras peut être pas là l’an prochain, mais moi, si » ?

C’est ça [rires]. En tout cas c’est l’objectif. Je suis vraiment motivé pour l’année prochaine et finir sur une bonne note comme ça, c’est d’autant plus motivant.

Il y a des mécaniciens factory qui doivent un peu se gratter la tête quand même cette saison … Là, 3 départs, 2 fois devant.

Je ne sais pas si j’ai été crédité du holeshot en manche qualif’, je crois que Tom était devant. En première manche j’étais bien sorti mais je me suis fait enfermer. En deuxième manche, le premier holeshot officiel. On a un très bon préparateur moteur, la moto marche vraiment très fort, trop fort même parfois. Je pars bien, c’est une de mes qualités, je pars devant tout le temps et je le montre encore ce week-end et ça c’est vraiment du positif.

Le contraste entre ta fin de saison 2021 – blessé – et ta fin de saison 2022 – sur le podium – est énorme. J’imagine que du coup, tu abordes également ton intersaison avec une attitude bien différente.

Ma dernière manche de la saison, c’était ma meilleure manche de carrière. Là, déjà, je vais avoir un hiver, une intersaison, contrairement à l’an dernier. Cette année, j’ai repris la moto début mars, très tard, et je me suis reblessé au genou en Italie, etc … Me dire que je vais faire un hiver complet, que je vais pouvoir travailler avec la motivation à 300%, ça aide forcément.

Tom Guyon « Faire un podium de manche en France, c’est génial »
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