Une course, une histoire – Luigi Seguy (2/2)

Une course, une histoire – Luigi Seguy (2/2)

Une course, une histoire”; c’est une rubrique sans prétention qui a pour objectif de vous permettre de replonger dans les moments les plus marquants des carrières de vos pilotes tricolores favoris. Amateur d’anecdotes ou d’histoires insolites, on fouille dans des souvenirs, parfois lointains …

Avec Luigi Seguy, on aurait pu renommer la rubrique pour la conjuguer au pluriel. L’ancien quadruple champion de France est remonté 20 ans en arrière pour se remémorer des anecdotes bien croustillantes de sa carrière en mondial. Souvenez-vous; avec Yves Demaria et David Vuillemin, Luigi Seguy était allé chercher la première victoire Française au prestigieux Motocross des nations; c’était en 2001. Une rubrique qu’on a scindé en deux parties pour faire durer le plaisir … Pour les plus jeunes, une leçon d’histoire, et pour les plus anciens, retour sur les années Seguy … Retrouvez la première partie en cliquant ici.

Luigi Seguy

“[…] À l’époque, je n’étais pas vraiment un fin metteur au point au niveau des suspensions. Maintenant, je me régale à régler les motos des petits jeunes.

Mon père avait la mentalité suivante : tu roulais en 125, et si tu talonnais, il te mettait des ressorts de 500cc, il fermait les bouchons, tu avais interdiction de toucher aux clicks et tu devais rouler tel quel. C’est pour te dire (rires).

Je n’avais pas le temps ni les connaissances pour régler les motos, je roulais avec ce qu’on me donnait, un point c’est tout, je ne me posais pas de questions. Avec le temps, j’ai appris.

En 2001, à Gaildorf, je fais péter le chrono aux essais mais je n’étais pas content, j’avais mal aux bras, je n’étais pas à l’aise. J’étais pilote Solva, mais pas officiel, et je roulais avec des prototypes. Le samedi soir, après les essais, les gars viennent me voir « Luigi, tiens, essaye cette fourche ». Je leur réponds «ne vous emmerdez-pas, montez là, rien à foutre de la tester, je l’essayerais au warm-up le dimanche.»

J’ai donc roulé sur ce grand prix avec des suspensions que je ne connaissais pas, et j’ai gagné l’épreuve. (rires)

J’étais un pilote hargneux, j’avais une condition physique hors-norme, j’avais confiance en moi. Je n’avais pas besoin de me droguer pour être fort physiquement, à l’inverse de certains, je n’ai jamais pris de cachets et j’en suis fier.

Bon, le mieux, c’est quand même de mettre la moto au point l’hiver. Moi, je ne me posais pas trop de questions, je roulais avec ce que j’avais. Plus tu t’entraînes, plus tu deviens fort. Moi, tu sais, j’avais mal aux bras tout le temps, je me suis fait opérer du syndrome des loges, mais je devais me faire ouvrir les bras tous les trois ans, c’était le bordel. Quand je disais à mon père que je n’arrivais pas à tenir la manche, il ne comprenait pas. J’ai dû me plaindre pendant longtemps avant qu’il ne me laisse me faire opérer car il était totalement contre l’opération.

Si tu dis ça au jeune maintenant … Le syndrome des loges, c’est une mode (rires). Dès qu’ils ont mal aux bras, ils se font opérer. C’est à celui qui aura la plus belle tenue. Quand j’étais jeune, je roulais avec des pantalons troués, et si je gagnais une manche, j’avais le droit d’avoir un pantalon neuf, ce n’était pas la même époque. Le segment, je ne le changeais jamais, seulement en fin d’année pour revendre la moto. Certains changeaient piston + segment à chaque manche. Un truc de fou. […]

L’histoire du Motocross des Nations en 2001, c’est la suivante. Mickael Pichon devait faire les nations avec Sebastien Tortelli et moi.

Soi-disant, Mickael aurait demandé de l’argent à la fédération pour rouler aux nations, et la fédération aurait refusé en disant que ce n’était pas normal, qu’il fallait défendre le maillot de l’équipe de France, que c’était sans argent, et que c’était pour tout le monde pareil. « Ce n’est pas parce que tu t’appelles Pichon que tu seras payé ». Mickael, vexé, n’a pas roulé aux nations.

Sébastien Tortelli s’était blessé au genou et n’avait pas pu faire les nations. Sans Pichon et Tortelli, Yves Demaria et David Vuillemin ont été appelé pour former l’équipe « 2 ».

En arrivant le samedi des USA, David Vuillemin refuse de dire bonjour à son père. Je vais le voir, et je lui dis « Eh, l’amerloque à deux balles, quand j’étais jeune, tu me léchais le c*l tout le temps, et là, tu ne fais pas la bise à ton père alors qu’on est là grâce à lui, tu n’as pas honte ? ». Je le pique au vif, on se détend, tout le monde décomplexe un coup. Le samedi, j’étais le plus rapide des 3 sur la 125, ça les pique de nouveau au vif.

Mon père a été parler à Yves le samedi soir « Il va falloir que tu te sortes les doigts, sinon, on ne va pas y arriver ».


Le lendemain, Yves a vraiment super bien roulé, David également, c’est moi qui ai finalement fait le con en tombant comme un gland au départ, et en remontant de la dernière place sans trop savoir comment ; un truc de fou. On n’a rien lâché, et c’est passé.

Première étoile sur le maillot Français. C’est beau de voir que les Français en ont ajouté de nouvelles aux maillots, mais la première, c’est nous ! (rires). […]

En 2006, j’arrête les grands prix. Je m’étais blessé aux vertèbres à l’entraînement et j’avais eu l’opportunité de changer d’air en m’engageant sur le championnat du monde d’Enduro avec Aprilia.

Finalement, j’arrête ma carrière en 2007 en Enduro. Alors que je pensais que l’Enduro allait être plus calme, je me blesse de nouveau aux vertèbres et je me retrouve partiellement paralysé d’un côté. « Stop ». Je suis descendu en Italie et j’ai demandé à mettre un terme à mon contrat. Je me souviens que le manager pleurait, car je venais tout juste de gagner en Italie devant Mika Ahola, qui était 5 fois champion du monde, ils étaient déçus.

Gagner avec la Aprilia, c’était quelque chose … C’était comme rouler avec une moto de vitesse montée sur des pneus de motocross ; il fallait y aller avec le bicylindre. Je te faisais tous voler dans les chemins, c’était cool (rires).

L’année d’après, en 2008, la moto de Bud Racing n’avait pas marqué de points de toute l’année avec le jeune Vongsana. J’ai dit à Stephane Dassé « Tu n’as rien à perdre, je fais le grand prix de France, mais tu me donnes 500€ par point marqué ».

« Tu es fou » 

« Non, vu que tu n’as pas marqué de points, c’est un bon deal, je ne te demande rien d’autre ».

Je lui ai demandé de me laisser une semaine avec Bud Racing – le vrai, Philippe Dartiailh, qui est à l’origine de Bud Racing, devenu BiKet Racing depuis.

Stéphane accepte, je pars à Saint Jean d’Angely pour une épreuve de mondial, et je fais 15 et 14 en manches. Je pars en tête lors d’une manche, mais avec une semaine pour me préparer, c’était un peu juste, mais je leur ai montré que j’avais encore de quoi leur donner des sueurs (rires).

C’était ma dernière apparition en mondial”

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