Après des années de persévérance, Ken Roczen a répondu à la question qu’il se posait depuis déjà 10 ans : serait-il un jour en mesure de décrocher un nouveau un titre en championnat AMA ? La réponse est oui. Il est sacré champion de Supercross 450, un titre acquis au terme d’une saison 2026 disputée.
Le pilote HEP Suzuki a répondu présent à Salt Lake City malgré la pression qui pesait sur ses épaules. Le titre décroché, le pilote allemand revient sur une soirée qu’il avait visualisée à maintes et maintes reprises.
« J’ai imaginé ce moment toute l’année, au point que même à la maison, ça me faisait monter les larmes. Des fois, je me cachais de mes propres enfants, juste parce que j’avais besoin de me mettre dans ma bulle et de visualiser ce moment dans ma tête. Je l’avais tellement vécu à fond avant même qu’il ne devienne réalité que ça me faisait déjà monter les larmes en pleine semaine. Quand tu ressens un truc aussi fort, tu y crois à fond. Ça ne veut pas dire que ça va forcément se passer comme prévu, mais moi j’y croyais vraiment. Et c’était incroyable. Même durant la journée, avec Courtney, on a eu quelques moments forts. C’était juste dingue d’être dans cette situation, avec toute cette pression. La simple opportunité de jouer ce titre, ça représentait énormément pour moi, pour elle, et je pense pour toute l’équipe aussi. On a lâché quelques larmes à droite à gauche pendant la journée… et franchement, ça faisait du bien. »
Une fois passé en tête en débordant Hunter Lawrence dans le second virage de la finale, le pilote HEP Suzuki s’est concentré sur sa propre course sur le tracé difficile de Salt Lake City, avant de relâcher son effort en toute fin de finale pour terminer cinquième et assurer le titre.
« Après mon bon départ, je savais que ça allait être chaud parce que j’étais conscient qu’Hunter allait attaquer, soit d’entrée de jeu, soit plus tard dans la finale. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve des solutions sur la piste. Tout le monde l’a bien vu : j’ai été solide dans les whoops toute l’année, mais ce n’était pas mon point fort ce soir. Il y avait aussi une portion de sable étrange, c’était comme du sable posé sur du béton, c’était vraiment glissant, bizarre même. Le plus important, c’était de ne pas trop forcer et d’éviter de me cramer trop vite, parce que je ne pensais pas avoir ce qu’il fallait pour vraiment pouvoir creuser l’écart. Du coup, j’ai essayé d’être intelligent, de rester détendu. Ça a payé. Je sais que Hunter est tombé, mais ça fait partie de la course. Même si ça ne change rien maintenant, je suis persuadé que j’avais la victoire en poche. Sur la fin, j’ai commencé à avoir un énorme point de côté. Je me suis tellement contrôlé que j’en ai oublié de respirer correctement. J’ai eu un énorme point de côté, j’avais du mal à respirer. Il me restait quatre tours et c’était compliqué. C’est pour ça que j’ai laissé tout le monde me doubler, car je savais que Hunter était loin derrière. J’avais largement ce qu’il fallait pour finir sans m’affoler. »
Ce titre marque le retour au sommet de Ken Roczen, qui s’est reconstruit petit à petit depuis son arrivée chez Suzuki. Un processus de longue haleine qui a finalement porté ses fruits. Suzuki renoue avec le titre en Supercross dans la catégorie reine en 2026, dix ans après le dernier sacre de Ryan Dungey dans la discipline.
« Le premier jour avec l’équipe HEP, j’étais à des années-lumière de qui je suis aujourd’hui, en tant qu’homme et en tant que pilote, car à l’époque je n’étais pas à mon meilleur niveau. C’était un vrai bordel, honnêtement. Pendant deux ans, j’ai essayé de m’accrocher à quelque chose. Je me disais que j’allais essayer d’être au moins à moitié aussi compétitif qu’avant. Je me demandais même ce qu’il allait falloir faire pour ne serait-ce que monter sur le podium. En plus, j’avais repris la moto sur le tard, donc avant la saison 2023 je n’avais quasiment pas roulé, ni fait de tests. Je me suis donné à fond, au point de m’arracher les cloques aux mains à force de rouler, mais tout le travail effectué a payé. On a avancé petit à petit, et quand je vois tout ce qu’on a accompli aujourd’hui, c’est dingue. En 2023, je suis revenu en forme, j’ai signé quelques podiums, mais je n’étais pas encore capable de jouer le titre. Le travail a continué et j’ai disputé des courses à l’étranger. C’est là que j’ai commencé à franchir un cap, même si personne ne s’en rendait vraiment compte. On parlait toujours du fait que je finissais par craquer. Les médias disaient un coup que j’étais de retour, un autre coup que je n’allais pas pouvoir aller jusqu’au bout. Pour en arriver là, le travail mental a été encore plus important que le travail physique. »
Après plus d’une décennie d’attente, Ken Roczen a enfin décroché la couronne suprême en Supercross. Mais derrière l’image du champion triomphant à Salt Lake City, l’Allemand révèle surtout l’immense combat mental qu’il a dû mener ces dernières semaines pour résister à la pression.
« Ça a été une journée difficile, je ne vais pas mentir. Avec l’âge, j’ai l’impression que je lutte davantage mentalement, ou plutôt que je dois faire beaucoup plus de travail sur moi-même. Même hier, et même toute cette semaine en fait, ça a été compliqué. Je me réveillais tôt, avec cette montée d’adrénaline. Et de là, tu as beaucoup de temps pour réfléchir… Je crois que j’étais plus calme pendant les courses que durant le reste de la journée. Je n’ai fait que cogiter et rien n’était joué d’avance parce que j’ai galéré toute la journée à Salt Lake City. J’ai dû faire un énorme travail sur moi-même pour me convaincre que ce n’était que du sport, que la vie continuerait quoi qu’il arrive. Mais c’était difficile. Ça faisait une éternité que je ne m’étais pas retrouvé en position de jouer un titre et là, c’était vraiment très serré. Le dernier championnat que j’ai remporté, c’était en 2016 et j’avais bouclé l’affaire une épreuve avant la fin, donc je n’avais absolument aucun stress. Là, c’était très différent. Je suis content que ce soit terminé, car je suis épuisé. »
Au moment de comparer ce sacre à son premier titre mondial décroché en MX2 en 2011, Ken Roczen explique que cette couronne américaine possède une symbolique bien différente. Plus qu’un simple championnat, elle représente pour lui l’aboutissement d’un rêve de longue date.
« En 2011, j’ai remporté mon premier titre mondial en MX2. Honnêtement, je ne sais pas vraiment si je peux comparer les deux titres. À l’époque, j’étais une personne totalement différente, presque encore un enfant. Et ce titre remonte à vraiment longtemps. C’est difficile pour moi de me souvenir exactement de ce que je ressentais à ce moment-là, comme je peux le faire aujourd’hui. Bien sûr, il y a des vidéos et tout ça, mais j’ai l’impression d’être quelqu’un de complètement différent aujourd’hui. Ceci dit, chaque titre est incroyablement spécial au moment où tu le décroches. Le championnat du monde, je l’ai remporté en Allemagne, avec les fans allemands derrière moi. Tous les titres sont exceptionnels. Mais celui-ci est de loin mon préféré, simplement parce que le chemin a été très long, et j’ai connu beaucoup de hauts et de bas. »
À 31 ans, Roczen reconnaît également que son approche de la compétition a énormément évolué avec l’expérience. Là où il pouvait autrefois compter sur sa fougue de jeunesse, il doit désormais apprendre à composer avec les réalités physiques et mentales pour continuer à performer au plus haut niveau.
« Ce que j’ai surtout compris, c’est que je ne suis plus exactement un jeune de 20 ans, plein d’énergie et invincible. Aujourd’hui, il faut surtout savoir gérer ce que ton corps et ton esprit te donnent le jour J, et être conscient que ça peut aussi varier émotionnellement. Au final, ça a probablement été la partie la plus difficile à gérer de toute la saison. Même quand je gagnais, je ne me sentais pas invincible. »
Pour Ken Roczen, ce titre de champion de Supercross 2026 représente bien plus qu’une ligne de plus sur un palmarès déjà bien fourni. Il récompense des années de persévérance, de combats mentaux et une capacité rare à refuser d’abandonner malgré les épreuves les plus difficiles de sa carrière. Après l’un des retours au sommet les plus longs de l’histoire du sport, l’Allemand est enfin détenteur de cette couronne que beaucoup pensaient ne jamais le voir décrocher un jour.












