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Kevin Horgmo « Ma blessure à l’épaule a peut-être eu plus d’impact que prévu »

À Vesoul, Kevin Horgmo analyse sa première moitié de saison 2026, évoque son évolution chez Honda SR et revient sur ses ambitions.

Kévin Frelaud Par Kévin Frelaud
8 mai 2026
dans Interviews
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Depuis sa montée en catégorie reine avec Honda SR Motoblouz en 2024, Kevin Horgmo fait partie des rares pilotes non factory à parvenir à jouer des coudes avec les officiels dans le top 10, et même dans le top 5.

Blessé l’an dernier après une solide première moitié de saison, le pilote norvégien espérait connaître un meilleur retour aux affaires pour débuter le championnat en 2026. Actuellement 15e du mondial MXGP après cinq rounds, Kevin revient sur sa saison, ses pépins de santé, son intersaison, sa relation avec Thibault Benistant, sa vision à long terme, et bien plus encore… Micro.

Kevin, tu es actuellement 15e du mondial MXGP après cinq épreuves, tu fais également partie du groupe de tête sur le championnat de France Elite MX1 à mi-saison. Comment analyses-tu ta saison jusqu’à présent ?

Une grosse déception pour l’instant. J’ai fait quelques manches correctes, mais j’ai commencé la saison avec beaucoup de mal aux avant-bras durant les courses de préparation. Donc je n’ai pas pu commencer l’année comme je l’aurais voulu.

En débutant la saison de mondial MXGP, je suis tombé malade, avec un genre de grippe / rhume le premier mois. Donc je n’ai pas pu m’entraîner et commencer la saison de cette façon, ce n’était pas terrible. J’ai aussi galéré en championnat de France, et je pense que la Sardaigne a été la première course où je me suis senti à peu près bien physiquement, mais le manque de préparation dans le sable a rendu la course difficile.

Je n’avais pas roulé dans le sable depuis un an à cause de ma blessure de l’an dernier et… oui, ça a été compliqué. Ensuite à Trentino aussi, j’ai galéré. Un manque d’intensité, et des départs manqués… le niveau du MXGP cette année est très, très élevé. Donc si tu ne prends pas de bons départs, c’est dur de remonter.

Mais je sens que mon pilotage est de mieux en mieux. Je vais utiliser cette pause en MXGP pour essayer de retrouver plus d’intensité. Et ici, sur le championnat de France, j’espère pouvoir monter sur le podium.

Au début de saison, ton team a publié un communiqué pour le moins étonnant, mentionnant que tu étais malade mais que tu avais choisi de ne pas prendre de médicaments. Est-ce un choix culturel ? Et est-ce que tu es aujourd’hui complètement remis ?

[rires] Je n’étais même pas au courant de ça. Et je pense que ce n’est pas correct d’ailleurs. Parce que quand tu fais face à un virus, tu ne peux pas vraiment prendre de médicaments. Tu dois simplement laisser ton corps se reposer, selon ce que le médecin recommande. On ne peut pas faire grand-chose de plus. Donc je ne sais pas d’où ça vient pour être franc. Moi, j’essayais juste de me reposer afin de revenir en forme. Mais comme je continuais à participer aux épreuves, je n’avais jamais le temps de vraiment récupérer, donc le virus restait présent.

Après chaque course, je me sentais vraiment H.S. la semaine suivante. Ça a vraiment freiné toute ma guérison. Mais une fois que j’ai réussi à m’en débarrasser et que j’ai pu m’entraîner pendant une semaine complète, j’ai vraiment vu la différence. D’ailleurs, j’aurais dû signer le doublé à Saint-Jean-d’Angély sur le championnat de France ! Et je pense que dès que le virus est parti de lui-même, ça a tout débloqué. Donc oui, ce que tu me dis me surprend. Je n’ai même pas vu le communiqué. C’est… bizarre.

Que penses-tu du niveau en MXGP cette saison ? Plusieurs rookies sont arrivés cette année, dont trois anciens champions du monde.

Je trouve ça vraiment cool. J’aime beaucoup le fait que le MXGP soit devenu le ‘vrai’ centre de l’attention. J’ai l’impression que tout le monde considère maintenant le MXGP comme la catégorie principale. Tout le monde veut y rouler et y performer. Et moi aussi, j’ai envie d’y prouver ma valeur. Pour l’instant, mes résultats ne jouent pas en ma faveur. Mais c’est intéressant parce que tu peux finir 15e ou 8e, selon ton départ et ton début de manche. C’est très difficile, mais en même temps c’est un gros challenge. Je suis prêt à le relever, et j’espère progresser au fil de la saison.

Kevin Horgmo défend son titre en France cette année. Après Vesoul, il pointe 3ème du championnat à 17 points de la plaque rouge @DailyMX
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Quelle est la dynamique dans l’équipe entre toi et Thibaut ? Vous vous entraîniez déjà ensemble l’an dernier mais vous étiez dans des catégories et des équipes différentes. Maintenant vous êtes coéquipiers directs. Est-ce que ça change quelque chose ?

Non, pas vraiment, parce que j’ai toujours eu des coéquipiers compétitifs par le passé. Donc c’est plus ou moins la même chose. Je connais Thibaut depuis quelque temps, donc c’est facile de travailler avec lui. Ensemble, on pensait pouvoir faire évoluer la moto dans une bonne direction cet hiver, mais on a découvert qu’on a des styles très différents, lui et moi. J’ai peut-être été un peu dans la mauvaise direction à cause de ça cet hiver d’ailleurs. À chaque course, j’ai l’impression qu’on a essayé différentes pièces et différents réglages, et au final je suis revenu aux réglages que j’avais l’an dernier, qui fonctionnent beaucoup mieux pour moi.

Parfois tu suis les sensations de ton coéquipier parce que ça marche pour lui à l’entraînement, et ça marchait aussi pour moi à l’entraînement… Mais en course, c’était différent. On a deux styles très différents, et on aborde les courses différemment également. Moi j’aime une moto vive, facile à piloter, avec beaucoup de répondant et la possibilité de jouer avec l’embrayage et la poignée de gaz. Lui préfère une moto plus courte, agressive, mais dans le même temps il roule un rapport au-dessus à chaque fois. On a deux approches différentes, mais au moins on a compris que c’était le cas maintenant ! Et on est encore tôt dans la saison, donc maintenant, on va dans la bonne direction.

L’an dernier, ton extension de contrat chez Honda SR avait été annoncée très tôt. Certains pensaient que tu pouvais viser un guidon usine. Puis tu t’es blessé. Avec le recul, rester dans le team semble avoir été le bon choix ?

Oui, clairement. Je ne regrette absolument pas ce choix. Je connais la structure, elle est vraiment excellente. Peut-être même que je regrette de ne pas avoir signé deux ans, pour assurer de la stabilité. C’est une équipe où tout le monde travaille dans la même direction. Même avec mes résultats compliqués cette année, ils ont toujours été derrière moi. Et je vois que quand je roule bien, ils sont contents, peu importe le résultat. Bien sûr, tout le monde veut aller chercher des résultats, mais ils voient aussi les progrès. Le niveau est très élevé cette année, donc il faut continuer à travailler.

Évidemment, faire partie d’un team usine est un rêve, mais être le second ou troisième pilote de l’équipe, dont personne ne se soucie, ce n’est pas exactement ce que je veux. Ici, je connais la moto, la structure, et je peux revenir à des réglages qui fonctionnent quand je veux. Alors que changer d’équipe ou de marque serait repartir de zéro.

Ma blessure à l’épaule a peut-être eu plus d’impact que prévu, honnêtement. À l’entraînement ça va très bien, mais en course c’est différent. Mentalement aussi, je suis peut-être un peu plus crispé, un peu plus prudent désormais. Il faut encore que je retrouve du rythme en course. J’espère que ça va changer après la pause.

Pour beaucoup, devenir pilote d’usine est l’objectif ultime. Mais ce n’est pas vraiment ton cas, si je t’écoute ?

Non, mon objectif principal est d’aller chercher des résultats afin de récompenser le travail du team. Bien sûr, depuis que je suis tout gamin, mon rêve était de vivre du motocross, et j’y arrive aujourd’hui, donc je réalise déjà ce rêve.

Mais les objectifs évoluent. Maintenant, le rêve pourrait évoluer vers un contrat factory, oui, mais ce qui compte vraiment, ce sont les résultats. Si je ramenais mes résultats actuels en étant pilote d’usine, je me ferais taper sur les doigts et mes patrons ne seraient pas contents. En plus, la pression y est énorme.

Il y a aussi de la pression chez Honda SR, mais c’est différent. Pour l’instant, notre structure privée progresse énormément. Elle est presque méconnaissable par rapport à ma première année avec Josse, l’équipe a vraiment progressé. Honda nous apporte aussi un bon soutien au niveau du budget. Il nous manque surtout de l’entraînement dans le sable, honnêtement, car dans le sud de la France il n’y a pas beaucoup de terrains de sable. Mais on va s’en sortir.

Tu es désormais le seul pilote norvégien en MXGP. Fredriksen ne roule plus en GP, Tøndel est parti aux USA. Il y a bien Pelle Gundersen en MX2, mais il n’y a aucun Norvégien en EMX125 ou EMX250. Ça a l’air compliqué de sortir des rangs depuis la Norvège, non ?

Quand j’étais plus jeune, venir de Norvège, c’était un peu comme venir d’Australie aujourd’hui. Tu devais quitter ton pays, tu ne pouvais pas rester en Norvège et performer sur la scène européenne en parallèle.

Aujourd’hui c’est un peu différent, car les hivers sont plus courts chez nous, et les jeunes roulent davantage en Norvège désormais. Quand j’étais jeune, il fallait être basé en Belgique à cette période de l’année.

Il y a quelques talents, mais il faut leur laisser du temps. Il y a quelques jeunes en 85cc qui montent ; j’espère qu’ils pourront arriver au haut niveau. Pelle est là en MX2, Tøndel et Fredriksen ont encore le niveau pour être devant. On devrait avoir une bonne équipe pour le Motocross des Nations à l’avenir.

Enfin… c’est ce qu’on dit depuis des années sans vraiment parvenir à concrétiser, car il y a souvent des blessures ou un déséquilibre de niveau entre les pilotes : on arrive à aligner deux tops, mais le troisième est un peu moins rapide et vise seulement la qualification. Du coup, la motivation générale est un peu affectée. Mais si on aligne trois pilotes capables de viser le top 10, l’histoire sera bien différente.

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