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Sans détours – Thomas Kjer Olsen

Dans une interview sans détours, le Danois Thomas Kjer Olsen se confie et revient sur une carrière brisée par une lourde chute en 2022

Andy McKinstry Par Andy McKinstry
31 juillet 2026
dans Interviews
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Thomas Kjer Olsen avait encore beaucoup à écrire dans sa carrière. Et celle du pilote danois avait tout d’un parcours destiné à briller au plus haut niveau : champion d’Europe 250, pilote officiel Husqvarna, prétendant au titre de champion du monde MX2 et outsider régulier du mondial MXGP. Mais en 2022, une lourde chute à Kegums est venue bouleverser la trajectoire du Danois, l’obligeant à mettre un terme à ses ambitions sportives.

Quelques années plus tard, Thomas Kjer Olsen a accepté de revenir sur son histoire : ses débuts tardifs au plus haut niveau, ses batailles face aux meilleurs pilotes de sa génération, les conséquences physiques et mentales de son accident, mais aussi son nouveau rôle auprès de la relève danoise.

Une interview sans détours, avec un regard lucide sur une carrière qu’il regarde désormais dans le rétroviseur. Micro.

Thomas, commençons par le commencement. Comment es-tu tombé dans la marmite du Motocross ? Tu as un grand frère, j’imagine qu’il a dû jouer un rôle important dans tes débuts ? 

Oui, c’est vrai, mais mon frère a lui aussi commencé parce que mon père faisait de la compétition, tout comme mon grand-père. Comme souvent, on commence parce qu’un membre de la famille a déjà pratiqué. C’est vraiment dans notre ADN, chez nous. Même du côté de ma mère, il y a eu des pilotes. Alors, quand mon père a eu deux fils, il était évident qu’on allait rouler nous aussi.

Mon frère (Stefan) a d’ailleurs fait une saison en championnat du monde MXGP. En 2012, il a terminé deuxième de l’Europe 250, en se battant notamment avec Mel Pocock, qui a finalement remporté le titre cette année-là. Le motocross fait vraiment partie de notre famille.

En grandissant, tu as surtout roulé au Danemark. Est-ce que tu te souviens du moment où tu t’es dit que tu pouvais envisager une carrière professionnelle ?

Oui, mais cette prise de conscience est arrivée assez tard. Comme tu l’as dit, j’ai passé le début de ma carrière à rouler presque exclusivement au Danemark. J’ai bien participé à quelques courses de l’ADAC en 85cc, mais c’était tout. À l’époque, je ne disputais pas encore les championnats d’Europe.

Je me suis rendu compte assez tard que j’avais le niveau, probablement fin 2015, juste avant de remporter mon titre de champion d’Europe 250. En réalité, c’était vraiment tard.

Tu as quasiment commencé par l’Europe 250 au niveau international. La plupart des pilotes passent par l’Europe 125. Comment se sont passés tes débuts ? Le niveau devait être bien supérieur à celui que tu retrouvais au Danemark.

C’est ça. En réalité, j’ai fait une année en 125cc mais je n’ai pas fait la moindre course de l’Europe. J’étais censé faire deux épreuves, mais je me suis cassé la jambe juste avant et c’est tombé à l’eau.

Peu après, mon frère a rejoint le Team J-Tech. Je l’ai en quelque sorte suivi, ce qui m’a amené directement sur l’Europe 250. Je devais avoir dans les 15 ans à l’époque, et je roulais sur une 250 YZ-F.

Les débuts ont été difficiles, forcément, parce que j’étais très jeune. Mais avec le recul, je trouve que je m’en suis plutôt bien sorti. À seulement 15 ans, j’ai signé quelques top 10 sur l’Europe 250, ce qui n’était pas si mal. Malheureusement, je me suis blessé par la suite.

Après, ma carrière a un peu stagné et j’avais besoin de me retrouver. Honnêtement, j’avais énormément de choses à apprendre. Pendant un certain temps, mes résultats ne progressaient plus : je terminais régulièrement dans le top 10, autour de la 7ème, de la 8ème place.

En 2015, quand j’ai commencé à travailler avec Bodo Schmidt, les choses se sont un peu améliorées, même si je n’étais toujours pas au niveau que j’espérais. Puis, en 2016, Rasmus Jørgensen est entré dans l’équation… et tout a changé pour moi.

@Husqvarna / JPA (2020)
 

Tu es devenu champion d’Europe 250 en 2016. Ça représentait quoi pour toi ? Tu dois être fier, avec le recul. Tu es le premier Danois titré champion d’Europe, non ?

Je suis quasiment certain que Mikkel Caprani a remporté un titre de champion d’Europe 125 dans les années 90.

En 2016, je voulais rouler en grand prix. Je crois que j’avais déjà 19 ans, donc je me disais que c’était le moment d’être en mondial. Mais Rasmus a su me faire garder les pieds sur terre. Il a entendu que je voulais rouler en GP, il était d’accord avec le principe, mais il m’a dit : « on va d’abord commencer par gagner ce titre Européen, puis on pourra passer à l’étape suivante ».

Ça peut paraître un peu prétentieux de dire ça, mais on a assez vite compris que j’avais la vitesse pour y arriver. Mais entre pouvoir le faire et y parvenir, il y a un monde.

Très tôt, lors de ma préparation à RedSand, on s’est rendu compte que ma vitesse était vraiment bonne. À cette période, tous les pilotes Suzuki étaient présents en Espagne. À chaque fois qu’ils entraient en piste, Rasmus m’envoyait pour rouler avec eux. On essayait de se retrouver en piste et de comparer notre vitesse, comme le font les pilotes. Assez rapidement, on a su que je pouvais jouer devant.

En 2017, tu décroches ton premier guidon d’usine chez Factory Husqvarna et réalises ta première saison en MX2. C’était comment ? On imagine que ça a dû te mettre un peu de pression sur les épaules et pourtant, tu as terminé troisième du mondial dès ta première année.

Avec le recul, non, ça ne m’a pas vraiment affecté. Je pense que j’étais tellement concentré et bien préparé que je me disais que rien ne pouvait mal tourner. J’avais confiance en mon programme, et ça m’a donné suffisamment d’assurance pour croire en moi, tout en restant calme intérieurement.

2019, c’est probablement la première année où tu as été considéré comme un client pour le titre. Il y a aussi 2018 mais cette année-là, tu as fait face à Jorge Prado. C’était comment, cette période ?

Je te rejoins, 2019 est probablement la première année où je me voyais réellement comme un prétendant au titre. En 2018, je m’étais mis en position de pouvoir jouer le championnat. Je crois que j’avais décroché une dizaine de podiums cette année-là, donc c’était une sorte de tremplin pour devenir un véritable candidat au titre en 2019.

Affronter Jorge Prado, comme beaucoup de pilotes pourront te le dire, c’était difficile. Surtout parce que je ne suis pas vraiment un excellent starter. Donc même lors de certains week-ends où j’étais aussi rapide que lui, il partait devant moi, et c’était suffisant pour lui donner l’avantage.

Réussir à revenir sur lui, ça voulait dire être vidé physiquement. Je dépensais toute mon énergie pour revenir alors que lui était encore frais. Jorge est un pilote très intelligent. On l’a bien vu car il a ajouté deux titres de champion du monde MXGP à son palmarès. Il est très fort dans son choix de trajectoire, sa façon de se défendre, etc. Rouler contre Jorge, c’était un énorme challenge.

@Husqvarna / JPA (2021)
 

En 2020, Jorge n’était plus là et tu abordais probablement cette saison comme l’un des prétendants au titre. Mais Tom Vialle et Jago Geerts sont arrivés. Tu semblais un peu en retrait cette année-là. Quel bilan fais-tu de cette saison ?

En 2020, je visais clairement le titre. Je m’étais mis ça en tête : je devais remporter ce championnat. J’avais énormément de respect pour Tom et Jago, donc je ne prenais absolument pas les choses à la légère. Je faisais tout mon possible pour être le mieux préparé possible.

Malheureusement, juste avant le premier Grand Prix, pendant ma préparation, j’ai chuté en Espagne et je me suis fracturé le scaphoïde. Ça a vraiment impacté ma préparation. Avant le premier GP en Angleterre, je pense que je n’avais roulé que deux fois en deux mois, donc c’était vraiment difficile. J’ai roulé avec de grosses douleurs à la main lors des premières épreuves.

Je me souviens que je n’arrivais tout simplement pas à rouler, tellement j’avais mal à la main. On venait de disputer les deux premiers GP de l’année, et je ne pouvais pas m’entraîner. Puis le Covid est arrivé et a stoppé la saison. De là, j’ai dit à Rasmus que je devais faire des examens, parce que j’avais vraiment très mal. Je suis donc rentré chez moi, j’ai fait retirer la vis de mon scaphoïde, ce qui a en quelque sorte réglé le problème.

J’ai ensuite recommencé à m’entraîner pendant la pause due au Covid. C’était un peu comme refaire une intersaison. Mais lors de mon tout dernier entraînement – juste avant de partir pour la Lettonie afin de reprendre la saison – je me suis fracturé l’omoplate.

Je suis quand même parti pour Kegums, mais je ne savais pas si j’allais pouvoir rouler tellement j’avais mal. Je me suis retrouvé exactement dans la même situation qu’au début de l’année.

Pour revenir à ta question, est-ce que je pense que la pression liée au fait de viser le titre a joué un rôle ? Je ne sais pas, mais c’est possible. Disputer un championnat pour le gagner peut représenter une grosse pression, même si on ne s’en rend pas forcément compte sur le moment.

En 2021, tu es monté en MXGP avec un guidon d’officiel. Comment s’est déroulée cette première année en 450 ?

Rejoindre IceOne, c’était un rêve de gamin pour moi. C’était vraiment une énorme réussite dans ma carrière, j’étais vraiment très heureux à ce moment-là. 

Ce qui était difficile au début, c’est que je me suis retrouvé dans une situation où j’étais considéré comme le pilote numéro 1, parce qu’Arminas Jasikonis venait d’avoir sa grave blessure, mais il était tout de même resté avec l’équipe. Il n’y avait que lui et moi, et ça m’a compliqué la tâche parce que j’étais un rookie mais d’un coup, je portais l’équipe sur mes épaules.

J’avais probablement besoin d’une saison pour simplement m’adapter à la catégorie. Il faut du temps pour apprendre à rouler en 450cc, mais je savais que la cylindrée allait bien me convenir. Surtout que j’étais un pilote assez grand et lourd pour une 250cc, donc j’étais capable de vraiment bien la manier. Mais lorsqu’un grand gabarit comme moi passe sur une 450cc, on ne peut pas rouler de la même façon qu’en 250cc, sinon on se fait arracher les bras. 

J’ai dû apprendre à piloter cette moto différemment. L’année 2021 a été difficile, et devoir être le pilote numéro un chez Husqvarna n’a pas été simple non plus.

Avec le recul, je dirais que je suis quand même fier de cette saison, parce que j’ai ramené pas mal de top 10, avec même quelques 6e et 7e places. Je n’étais pas satisfait de mes résultats cette année-là, mais aujourd’hui avec le recul, je ne pense pas que ce soit une si mauvaise saison que ça.

Tu as perdu ton statut d’officiel l’année suivante. Tu as signé avec Diga Procross KTM. Tu avais toujours un certain soutien des Autrichiens. Comment as-tu vécu cette période, et la perte de ce guidon d’usine ?

Au début, ça a été difficile à accepter. Mais j’avais toujours un soutien de l’usine, donc j’avais encore du bon matériel; c’est ce qui m’a permis de relativiser. L’équipe était bonne, j’avais une bonne moto, je pouvais toujours signer de bons résultats. C’est ce que je me disais. Mais perdre ce guidon d’usine a été difficile à accepter pour moi, surtout au début.

Je pense finalement que c’était une étape par laquelle il fallait que je passe, parce que j’avais besoin d’avoir un peu moins de pression sur les épaules. Après avoir été le pilote numéro un chez Husqvarna, j’avais besoin de retrouver un environnement plus relax. Et j’ai rapidement compris que c’était probablement la meilleure chose pour moi.

@Husqvarna / JPA (2020)
 

Cette année-là, c’est là que tout a mal tourné pour toi à Kegums. Tu te souviens de cette journée, de cette chute ?

On aborde la partie la plus traumatisante. J’essaie de ne pas trop penser à cette journée, parce qu’elle fait remonter beaucoup de souvenirs difficiles pour moi, mais je peux en parler.

Je ne me souviens pas de grand-chose de cette journée. Pour être honnête, je me rappelle de quelques visages par-ci par-là. J’ai seulement quelques flashes de mon passage à l’hôpital.

Les souvenirs ont commencé à revenir environ un mois plus tard, ce qui est dingue quand on y pense. Un mois plus tard, j’ai commencé à me souvenir de certaines choses. Je n’étais pas encore redevenu moi-même, mais le processus de guérison avait commencé.

Qu’est-ce qu’on t’a raconté sur la période durant laquelle tu étais dans le coma ? Ça a dû être une période très difficile pour ton entourage.

Oui, ça a forcément été très difficile pour ma famille, et c’est encore difficile pour moi de les entendre en parler.

Ça fait remonter beaucoup d’émotions quand je pense à ce que ma famille a dû ressentir à ce moment-là.

Évidemment, moi, j’étais dans le coma. Je ne ressentais rien et je ne pensais à rien.

Quand tu as vraiment pris conscience de ce qui venait de t’arriver, qu’est-ce qui a été le plus difficile à gérer, et à accepter ?

Toute la phase de guérison a été difficile. Même si ça a été un énorme soulagement quand on m’a annoncé que je pourrais récupérer complètement de mes blessures.

Mais malgré tout, le chemin s’annonçait très, très long. On m’a dit que cela prendrait beaucoup de temps. Ce n’était pas une question de semaines, ce n’était pas une question de mois, mais bien d’années.

Parce que le cerveau, ce n’est pas comme un os. On ne peut pas passer une radio et te dire « voilà, tout est rentré dans l’ordre. »

Aujourd’hui, je dirais que je vais bien, mais encore une fois, on ne sait jamais si je serai totalement guéri dans quelques jours, ou dans 20 ans.

Il y a beaucoup de choses à gérer après une telle blessure, que ce soit mentalement et physiquement. C’était difficile de jongler sur les deux tableaux ?

Je dirais que le plus difficile a été de récupérer mes capacités physiques, et de retrouver mes sensations. Je pense que c’était la partie la plus compliquée.

Mais encore une fois, je dirais que c’est un mix des deux, parce que lorsqu’on souffre d’une commotion cérébrale, on n’est pas totalement soi-même mentalement.

Déjà à l’époque, je savais plus ou moins que je n’allais probablement pas reprendre la compétition. Quand on ajoute cet aspect-là à la blessure, ça rend les choses encore plus difficiles, parce qu’on n’est pas forcément capable de gérer correctement ses émotions, ses pensées, son mental … C’est ce qui a rendu cette période vraiment compliquée.

@KTM / Ray Archer (2022)
 

C’est un sport que tu pratiques depuis ton plus jeune âge. Tu as dû te demander si tu allais parvenir à rester dans le milieu par la suite. Est-ce qu’il t’est arrivé d’avoir de la rancoeur envers le MX suite à ta blessure ?

Honnêtement, oui.  Dès que j’ai commencé à aller un peu mieux, je me suis assez vite convaincu que je n’allais pas reprendre la compétition.

Avec le recul, je n’aurais même pas dû penser à ça à ce moment-là. Mais forcément, quand tu fais de la compétition depuis l’âge de trois ans, ce genre de réflexion arrive automatiquement.

Je me disais : « J’ai accumulé trop de retard, je ne vais jamais réussir à revenir. » Je me disais que ce serait trop difficile. Je savais à quel point le niveau en MXGP était élevé.

Immédiatement, je me suis dit que si je n’étais pas à 100 %, voire à 110 % sur la moto, je n’aurais aucune chance en MXGP. Et je ne voulais pas revenir en piste pour faire 20ème chaque week-end. Je savais que ça me frustrerait trop.

C’était peut-être une réflexion qui arrivait beaucoup trop tôt sur l’instant T, mais c’est rapidement ce qui m’est venu à l’esprit alors que j’étais encore à l’hôpital…

La famille, les amis, la communauté motocross, les personnes présentes dans le paddock… Quel rôle tout cela a-t-il joué dans ta récupération ? 

Rasmus, qui m’a accompagné tout au long de ma carrière en tant qu’entraîneur, était évidemment à mes côtés et m’a aidé à avoir tout le soutien possible.

Bien sûr, il ne pouvait pas faire beaucoup de choses, mais être présent était déjà un gros soutien. Évidemment, ma famille a joué un rôle énorme, énorme.

Mon père est venu s’installer près de moi en Belgique pendant environ un mois. Il est resté avec moi et s’est occupé de moi. Avec le recul, je suis vraiment reconnaissant envers ma famille d’avoir été là pour moi.

Tu n’as jamais fait ton retour en mondial après cette chute, mais tu as participé à une épreuve du championnat Danois. C’était comment, de revenir rouler en compétition ? 

Ce n’était pas vraiment une bonne expérience [rires]. Mon manque de vitesse a forcément joué un rôle. Le plus gros problème, c’est que j’étais nerveux, j’étais même effrayé. En fait, j’avais vraiment peur.

Je me souviens que j’ai réalisé tout ça en franchissant la ligne d’arrivée en seconde manche. Je me suis dit « Putain, c’est enfin terminé, merci mon Dieu ». J’étais content de ne pas avoir chuté lourdement. J’étais simplement content que la course soit terminée. C’est là que j’ai réalisé que je ne devais plus faire ça.

Pour mon retour, j’ai dû faire 7ème ou 8ème dans les deux manches, les résultats n’étaient pas extraordinaires. Après coup, j’ai compris que j’avais juste été terrifié pendant toute la journée, et que tout ça n’en valait plus la peine pour moi.

La plupart des gens continuent la compétition parce que c’est ce qui leur procure le plus de plaisir. Mais dans mon cas, je pense que j’ai un traumatisme trop important lié à ce qui s’est passé pour être capable de repousser mes limites comme avant.

Il y a désormais une autre vie qui m’attend, et ça me va très bien.

@KTM / Ray Archer (2022)
 

Tu roules encore aujourd’hui ?

Oui, j’ai toujours une moto – une Husqvarna – et je suis très heureux de pouvoir rouler si j’en ai envie.

L’année dernière, j’ai dû rouler une dizaine d’heures. Ce n’est pas énorme. 

Et tu prends du plaisir ?

Oui et non. Je dois faire attention. J’aime bien rouler tranquillement, faire quelques tours sans pression.

Mais le problème, c’est que je suis un compétiteur. En grandissant, je me suis toujours comparé aux autres pilotes, et je le fais encore aujourd’hui.

Donc s’il y a un pilote rapide présent le jour où je roule… D’ailleurs, il y avait justement un bon pilote là où je roule habituellement l’autre jour. Dès qu’il est là, je ne peux pas m’empêcher d’essayer de le suivre un peu.

Je n’ai plus la vitesse, je n’ai pas roulé beaucoup ces quatre dernières années. Je n’ai pas la condition physique pour faire quoi que ce soit, mais je n’arrive pas à m’empêcher de replonger dans cet esprit de compétiteur, et ensuite je roule à fond.

Je ne sais pas pourquoi je fais ça, parce que je ne suis pas à l’aise du tout avec cette idée… Mais si je peux simplement rouler tranquillement, penser à moi-même et ne pas chercher à faire la course avec un autre mec, alors là oui, c’est plaisant et j’apprécie vraiment de rouler.

Aujourd’hui, tu occupes un rôle au sein de la Fédération Danoise. Comment cette opportunité s’est-elle présentée ? Quel est ton rôle ?

C’est venu d’Emil Larsen, qui était l’entraîneur national danois avant moi, et avec qui j’avais également travaillé. Il était en quelque sorte prêt à transmettre ce rôle à quelqu’un d’autre. À ce moment-là, j’avais un travail classique depuis environ deux ans, et je me suis rendu compte que ça ne me plaisait pas du tout [rires].

Tu faisais quoi ?

J’étais charpentier … et je n’étais pas un bon charpentier [rires]. Du coup, j’étais prêt à relever ce nouveau challenge.

Tu m’as demandé si j’avais développé une certaine rancœur envers le motocross, et c’est vrai que ça a été un peu le cas juste après avoir arrêté, pendant environ deux ans. Je me suis un peu éloigné du sport. Je ne regardais même plus les Grands Prix à la TV.

Puis, petit à petit, j’y suis revenu. Ça faisait environ deux ans que je m’étais blessé. J’ai recommencé à regarder les courses, à suivre le championnat, puis j’ai commencé à entraîner un ou deux pilotes.

C’est là que je me suis dit que j’avais accumulé énormément de connaissances, alors pourquoi ne pas essayer de les transmettre ?

Cette opportunité s’est présentée et je me suis dit que ce serait une excellente occasion de transmettre mon expérience aux jeunes pilotes. C’est vraiment dans ce domaine que je pense avoir le plus à apporter, afin de les aider à atteindre le plus haut niveau.

J’ai donc décidé de me lancer et, jusqu’à présent, je suis très content.  J’aime accompagner les jeunes pilotes et essayer de trouver ce qui convient à chacun. Je dois constamment réfléchir à ce dont chaque personne a besoin individuellement.

Ils savent déjà faire de la moto, puisqu’ils roulent déjà en championnat d’Europe. Ce sont déjà d’excellents pilotes, et on a d’ailleurs obtenu de très bons résultats cette année.

C’est seulement ma deuxième année dans ce rôle, donc je continue d’apprendre. Il y a encore beaucoup de choses que je découvre.

C’est un peu comme quand j’étais pilote : je me demande sans cesse si je pourrais faire telle ou telle chose différemment.

J’apprends encore énormément et je prends du plaisir à essayer de devenir le meilleur entraîneur possible.

@KTM / Ray Archer (2022)
 

On a l’impression qu’il y a plus de jeunes Danois qui arrivent qu’à ton époque. Je suis certain que tu as été un exemple pour eux.

J’espère vraiment avoir été un exemple. Personnellement, je ne me suis jamais considéré comme un immense talent. Je me vois plutôt comme quelqu’un qui a énormément travaillé pour y arriver.

C’est formidable de voir que certains de ces jeunes ont exactement la même mentalité, sont bosseurs, s’investissent. Ça porte ses fruits, c’est top à voir.

Le Danemark est un tout petit pays, alors voir autant de pilotes danois se battre aujourd’hui aux avant-postes, c’est quelque chose de vraiment positif.

Tu sélectionnes également les pilotes de l’équipe danoise pour le Motocross des Nations. Comment vis-tu cette responsabilité ?

Tout le monde veut avoir une place dans l’équipe, mais on ne peut sélectionner que trois pilotes.

Évidemment, on rend heureux ceux qui sont choisis, mais on déçoit aussi ceux qui ne le sont pas. C’est une partie difficile de ce rôle. L’épreuve en elle-même est également compliquée, parce qu’il faut que tout fonctionne parfaitement avec les trois pilotes, ce qui n’a pas été simple l’an dernier.

On a été confrontés à beaucoup de blessures. Pourtant, on avait une très bonne équipe et on espérait faire un bon week-end. Malheureusement, les choses se sont compliquées dès les qualifications. On a malgré tout réussi à se qualifier pour les courses, ce qui était déjà une bonne chose.

C’est une épreuve difficile, parce que tout doit s’aligner parfaitement, quelle que soit la nation. Mais j’ai beaucoup apprécié l’expérience et j’ai déjà hâte d’être aux Nations de cette année.

Penses-tu que suffisamment de choses sont mises en place aujourd’hui pour assurer la sécurité des pilotes ?

Je pense qu’il est toujours possible de faire mieux. Je vois qu’il y a des évolutions concernant les casques et les protections thoraciques, et je suis heureux de constater que des progrès sont réalisés dans ce domaine.

C’est une question difficile, parce que le motocross reste un sport extrêmement dangereux. On roule sur deux roues, on saute, il y a des bosses partout, et la piste évolue à chaque tour. Il est donc difficile de dire si suffisamment de mesures sont prises.

Certaines personnes diront qu’il est possible d’en faire plus, tandis que d’autres estimeront que les choses sont déjà satisfaisantes.

Les motos deviennent de plus en plus rapides, ce qui peut aussi augmenter les risques.

Qu’est-ce qui te motive aujourd’hui ?

Ce qui me motive aujourd’hui, c’est d’aider les jeunes pilotes.

Je veux transmettre les connaissances que j’ai acquises au cours de ma carrière et simplement essayer de les aider.

Moi, je n’ai pas suivi un parcours scolaire classique comme la plupart des gens, alors je veux mettre cette expérience au service des autres.

 
Image: KTM - Ray Archer (2022)
Via: Andy McKinstry

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