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Frédéric Vialle « Avoir les pieds sur terre est important, et ce n’est pas un signe de faiblesse »

En allemagne, Frédéric Vialle revient sur le retour en MXGP de son fils après son aventure américaine et son passage chez Honda HRC

Kévin Frelaud Par Kévin Frelaud
3 juin 2026
dans Interviews
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Jamais bien loin de son fils, Frédéric Vialle est l’un des acteurs centraux de la carrière de Tom, accompagnant, en famille, chaque étape de son parcours, qui l’a jusqu’ici mené à décrocher deux titres de champion du monde MX2 et deux sacres de champion SX US 250. Après trois ans d’une aventure américaine couronnée de succès, la famille Vialle a fait un choix fort : celui de revenir en mondial pour que Tom puisse effectuer sa transition en MXGP chez Honda HRC, avec Giacomo Gariboldi.

À l’occasion du Grand Prix d’Allemagne — auquel Tom n’a pas participé le dimanche — Frédéric Vialle revient sur les débuts de son fils en MXGP, évoque l’actualité, les incidents survenus lors du GP de France, les différences entre les championnats AMA et MXGP, et plus globalement le parcours de Tom entre l’Europe et les États-Unis. Micro.

Frédéric, pour commencer, comment va Tom depuis sa chute en France ? Il ne roule pas ce dimanche en Allemagne.

Écoute, il a fait une sacrée chute en France. On a passé la semaine sans rouler. On avait décelé une fracture d’une côte. Tom a essayé, c’était vraiment difficile. On est venus ici avec un faible espoir, mais ce n’était pas faisable. Il a les muscles du dos complètement contractés. Ce n’est pas dramatique, mais il vaut mieux prendre son temps. Le championnat est encore long, on va pouvoir prendre de l’expérience et se préparer au mieux pour l’année prochaine.

Il y a eu quelques incidents en France : un en première manche avec la chute de Thibault, un second avec Tom en seconde manche, qui n’a ensuite pas été autorisé à repartir. Romain a pris la parole à ce sujet après Lacapelle. Qu’est-ce que tu as pensé de cette prise de parole et de la gestion de ces incidents ?

Je suis content que des top pilotes puissent s’exprimer librement, puissent donner leur point de vue. C’est vrai que, malheureusement, avec la chute de Thibault, il y a des points d’interrogation et des explications à fournir, je pense, de la part de la FIM. J’estime qu’on aurait pu mettre un drapeau rouge, que ce n’était pas une folie à faire dès le premier tour. De ce côté-là, ça a été un manquement.

Au départ de la seconde manche, il y a eu un drapeau rouge. A priori, ils ont considéré qu’il y avait des pilotes partout sur la piste. Mais lors du troisième départ, des pilotes sont tombés de la même façon et il n’y a pas eu de drapeau rouge. C’est étonnant parce que ça méritait peut-être d’être stoppé là aussi.

Je pense qu’ils ont peut-être des contraintes autres que de savoir si tout le monde va bien.

Tom a décroché deux titres en trois ans aux USA. Qu’est-ce que cette expérience américaine lui a apporté qu’il n’aurait pas eu s’il était resté en Europe ?

De l’expérience en plus, et une façon différente d’aborder les courses. Là-bas, c’est vraiment totalement différent. En Europe, on est beaucoup plus assistés, alors qu’aux USA, on est tout seuls. C’est une organisation bien différente.

Déjà, ça apprend à mûrir. Ensuite, il y avait l’objectif de pouvoir continuer en 250. Et aussi, ça lui a servi au niveau de l’agressivité. Aux USA, les pilotes ont une agressivité qu’on ne retrouve pas en Europe. Elle est aussi due aux circuits qu’on y retrouve. Disons que nous, on a les circuits qu’on a, et qu’ils sont bien différents aux USA, ce qui permet d’évoluer.

Là, on parle de Tom. Mais on voit un Farres qui est revenu des États-Unis. C’est un pilote qui est très agressif dans les premiers tours, qui a une bonne gestion de course. Lui aussi, il a passé un cap.

@Ray Archer

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Tu as connu les deux côtés de l’Atlantique, en tant que pilote et avec ton fils. Je suis curieux d’avoir ton avis sur la différence d’envergure des championnats. Est-ce que le Mondial MXGP est aussi professionnel, structuré et médiatisé que les championnats AMA ?

Si on parle uniquement du motocross, alors oui, le championnat du monde est bien plus médiatisé, bien plus évolué. Le MXGP en Europe, c’est le Supercross des États-Unis, c’est normal, c’est la discipline numéro un.

Bien sûr, il y a encore des manquements. Je pense qu’il y a quand même un besoin d’évoluer. Le MXGP a atteint un niveau qui est quand même très élevé en termes d’organisation. Mais ça manque encore de dialogue entre le promoteur, la FIM et les pilotes. Là, je trouve que c’est un peu léger, il n’y a rien qui a vraiment évolué. C’est un peu dommage, parce que c’est un sport complexe, et je vois qu’il y a beaucoup d’argent mis en jeu, sur la table ou sur les pilotes, et malgré tout, il y a encore des règles qui sont un peu amateur.

Il y a eu des rumeurs à l’intersaison. Quels étaient les éléments qui ont fait que Tom est finalement revenu ici pour faire sa transition en MXGP, et n’a pas fait sa transition en 450cc aux USA ?

C’est simple. On était en discussion avec KTM, et Tom voulait un contrat un peu plus long que ce qu’on lui a proposé. Pourquoi ? Parce qu’il montait en catégorie, il ne fallait pas rêver. Si c’est difficile la première saison, tu te retrouves sans rien derrière. C’était quitte ou double pour nous, et prendre ce risque-là, on ne voulait pas. Tu ne peux pas mettre ta carrière en jeu comme ça, surtout aux États-Unis.

D’autant plus qu’on avait une proposition chez Honda, de Giacomo Gariboldi, qui était top, avec un contrat sur pas mal d’années, une bonne moto, etc. Le choix était vite fait. Chez KTM, c’était très bien, mais disons qu’il y avait certaines personnes qui n’avaient pas trop envie que l’on reste, tout simplement.

Vous avez signé chez Honda sans tester la moto. Ça s’est fait dans quelles conditions ?

Non, on n’a pas testé. La Honda, tu sais qu’elle marche. À part si tu signes pour une nouvelle marque, pour rouler sur une nouvelle moto — là — tu es dans l’obligation d’essayer. Là, on parle de Honda HRC, ce n’est pas rien.

Aux USA, Tom avait des offres d’autres teams. Mais c’était quand même une difficulté supplémentaire : on parlait de rouler en Supercross 450, de changer de marque, de moto, c’était compliqué. On préférait le faire en Europe.

Est-ce que tu as le sentiment que le Mondial, aujourd’hui, offre suffisamment de perspectives pour rivaliser avec l’attractivité des États-Unis ? Quand on va dans les paddocks, on voit que beaucoup de jeunes rêvent de finir aux États-Unis. L’inverse semble quand même beaucoup moins vrai.

Je pense que oui. Selon moi, c’est un problème de médiatisation.

J’aime bien prendre l’exemple du père Deegan aux USA, qui expliquait que le MMA avait énormément progressé face au Supercross. Dix ans plus tôt, le MMA était bien plus faible en termes d’audience et de médiatisation, et aujourd’hui c’est énorme. Et Deegan a tout compris.

Il faut rendre la moto plus attractive. Les gens aiment bien quand il y a des conflits, du drama, surtout aux USA. Ça, ils savent très bien le faire. D’ailleurs, il suffit de voir les réseaux d’Haiden : son nombre de followers n’est pas anodin. En Europe, il nous manque un peu tout ça, on est un peu trop neutres.

@Ray Archer

Haiden, vous l’avez côtoyé. Il joue un rôle, arrogant, tête brûlée, ou il est vraiment comme ça ?

Il joue un rôle, c’est un jeu. Dans la vraie vie, les Deegan sont peut-être exubérants, mais sans plus. Par contre, tout ce qui touche au côté professionnel, c’est dans l’exagération. Mais il faut comprendre que c’est leur boulot aujourd’hui. Ce sont des professionnels dans ce domaine. Moi, j’ai adapté ce que je faisais en Grand Prix, et le père Deegan était toujours en avance sur moi. Il ne laisse rien au hasard. Il ne faut pas croire qu’ils ne sont que dans le bling-bling et l’arrogance. Ça, c’est une couverture.

Maintenant, Haiden a quand même eu une chance, c’est qu’il avait une moto fantastique aux USA. En 450, il aura peut-être un peu plus de mal, mais il sera là quand même.

C’est non seulement un retour en Europe, c’est une montée en 450, ce sont des débuts en MXGP, c’est une nouvelle marque. Est-ce que Tom t’étonne par cette faculté d’adaptation ? Peu importe la discipline de la moto, la cylindrée, finalement, on voit qu’il performe, et ce n’est pas donné à tout le monde.

Oui. Après, quand tu fais ton retour en Europe depuis les États-Unis, tu es quand même dans une dynamique positive. C’est vrai que lors des premiers Grands Prix, j’ai été surpris, mais sans l’être trop non plus.

Bien sûr que tu es ravi de ce genre de résultats, mais tu prends aussi ça avec un peu de recul, car tu sais très bien qu’il faut faire attention aux bons résultats en début de saison. Compte tenu du peu d’expérience avec la moto, la cylindrée, les nouveaux pilotes, tu sais que ça va être compliqué sur la durée. Donc tu ne peux pas simplement te dire que c’est normal de signer ces résultats. On est contents, mais on se remet sans cesse en question pour progresser.

Est-ce que le Mondial d’aujourd’hui est encore comparable à celui que tu as connu il y a une trentaine d’années, sur lequel tu roulais et tu gagnais des épreuves ? Est-ce qu’il est allé dans la bonne direction depuis tout ce temps ?

Honnêtement, non, ce n’est pas pareil, on ne peut pas comparer. C’était il y a 30 ans, c’est vieux. Mais même si on prend les 10 dernières années, des évolutions ont été faites.

Selon moi, ce qui ne va pas, c’est que les pilotes vont de plus en plus vite. On a atteint des niveaux très élevés. Ça explique aussi pourquoi on peut voir des irrégularités aux chronos ou pendant les manches, de gros écarts : le niveau est devenu très impressionnant.

Le souci, c’est qu’on retrouve les mêmes circuits qu’il y a des dizaines d’années. Alors ça griffe beaucoup plus, comme aux USA, mais comme les terrains sont de nature à être plus lents, on se retrouve sur des circuits où il est difficile de doubler et où les mecs prennent plus de risques.

Pour moi, c’est intéressant car je peux comparer mon vécu à celui des pilotes actuels. Il y a quand même un autre niveau global d’implication financière, de structures et de médiatisation. C’est du plus, mais il y a toujours des choses à revoir. Ça reste du motocross, dans le fond.

Quand tu vois la puissance d’un 450 aujourd’hui, tu ne peux pas garder les mêmes lignes droites de départ qu’il y a 15 ans. C’est une parenthèse, mais aujourd’hui, tu arrives deux fois plus vite dans le premier virage… Si tu vas faire un MX aux USA, tout se passe sur une seule journée : c’est très court. Tu as toujours un mec de l’AMA qui va venir te voir pour savoir si la piste est correcte, s’il y a un problème avec un saut, un virage ou quelque chose. Il prend ça en compte, il va voir les autres pilotes et, si les mêmes remarques reviennent, ils agissent. C’est un vrai plus, et ce n’est qu’un exemple.

@Ray archer

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Est-ce qu’en allant aux USA, tu penses que Tom a vraiment vécu ce ‘rêve à l’américaine’ ? C’est assez rare de voir un pilote européen réussir aux USA comme il l’a fait, pour finir par revenir en mondial par la suite ?

Le rêve américain ? Oui, parce que c’est quand même grandiose. Ça a été très impressionnant. Ce qu’a fait Tom aux États-Unis, ça m’a impressionné, je le redis. Gagner deux titres consécutifs en SX US sans avoir roulé en Supercross auparavant, c’est fou.

Maintenant, la vie n’a pas été facile. Honnêtement, je n’aurais pas pensé que ce soit aussi dur là-bas au niveau de la vie quotidienne, des teams, tout ça. C’est quand même compliqué. Tu n’es pas chez toi, et on te le fait bien comprendre. Tu évites de trop donner tes opinions, et tu ne peux pas rester dans des idées à l’européenne. Il faut vraiment s’américaniser, que tu le veuilles ou non.

Je vois Roczen, je vois Marvin. Je pense qu’ils ont super bien vécu ce genre de transition américaine. Par contre, je ne sais pas si Dylan se régale vraiment, malgré une carrière au top. Je ne peux pas parler à leur place, mais je pense que ça reste difficile. Donc pour nous, c’était un rêve, on était heureux, mais on ne peut pas dire que ça a été l’apothéose.

Quand tu roules en GP, tu évolues en Europe et tu as une fan base qui est présente au bord du circuit. Quand tu arrives là-bas, tu roules chez eux, qui plus est face à Haiden Deegan. Le soutien est quasi-inexistant. Est-ce qu’on a ressenti une certaine animosité de ce côté-là ?

C’est très simple, entre Tom et Haiden, il n’y a jamais rien eu, aucun problème. Tu veux savoir pourquoi ?

Parce que Tom est double champion du monde, et Haiden était devant lui. De là, les Américains se régalent de voir que le double champion du monde est derrière, que les Américains gagnent. On le voit avec Prado. Quand il perd, ils répètent qu’il est quadruple champion du monde. Mais quand il va commencer à gagner, là, il va déranger. Pour l’instant, ils sont ravis d’avoir Jorge aux USA, de la même façon qu’ils étaient ravis d’avoir Tom quand il ne gagnait pas.

Ce qui m’a frappé, c’est qu’en arrivant sur l’outdoor après son second titre de champion de Supercross, ils présentaient Tom comme double champion du monde, et jamais comme double champion des États-Unis.

De ton expérience, quel pilote du plateau mondial aurait le meilleur bagage pour réussir aux États-Unis ?

Pour moi, Lucas Coenen.

Sacha Coenen aussi, mais j’ai un peu peur pour lui quand même. Il manque encore un peu de taille si on parle de Supercross. Dans les whoops, ça ne va pas être facile. Alors oui, on va parler de Ricky Carmichael, mais c’était il y a 20 ans. C’est fini, ce temps-là. Même pour un Deegan, c’est parfois difficile dans les whoops, mais avec la moto qu’il a — encore une fois — ça lui facilite beaucoup la vie.

Pour l’instant, je ne vois que les Coenen avoir une possibilité de réussir là-bas. Je crois qu’ils ont un terrain de Supercross, mais ça risque quand même d’être très dur. Tout dépend de l’approche qu’ils auront, du recul, du fait qu’ils seront posés, qu’ils prendront le temps d’apprendre, ou s’ils iront en conquérants en espérant casser la baraque. Ça dépend vraiment de leur façon d’appréhender le challenge.

Est-ce qu’aujourd’hui, un pilote doit être autant un produit marketing qu’un sportif performant sur la piste pour réussir une carrière ?

C’est l’outil numéro un, dans tous les sports. Il vaut mieux être un bon produit marketing, c’est clair. C’est ce qu’a compris Haiden Deegan aux USA. Il faut savoir que les gens des teams regardent tous les réseaux sociaux des pilotes, ce qui est quand même dramatique. Donc, il faut presque en faire des caisses. Si on met Haiden Deegan en Europe, je pense que les autres pilotes ne vont rien comprendre. La médiatisation sera tournée à 200 % sur lui, et on n’entendra plus parler des autres. Ils n’existeront plus sur le plan médiatique.

@MXGP

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Est-ce que revenir en Mondial, ce n’est pas accepter de perdre cette médiatisation et cette valeur marketing, dans un sens ? On a quand même tendance à se dire que l’économie autour du sport est bien plus importante aux USA.

Alors ça, j’aime bien, parce que je trouve qu’en MXGP, c’est quand même assez correct.

Seulement, on n’entend que les sommes gagnées par Jett Lawrence, Chase Sexton… et on a fait le tour. Moi, ce que j’aimerais, c’est qu’on parle de ce que gagne Justin Cooper, qui termine quatrième du championnat de Supercross. Si on prend le top 4 US et le top 4 MXGP pour comparer, je ne pense pas qu’il y ait tant de différence que ça entre les États-Unis et l’Europe. Surtout que ce sont des dollars, et que la vie coûte très, très cher aux USA.

Est-ce qu’à un certain moment, la carrière de Tom a pris le dessus sur la vie familiale ? Est-ce que, pour toi, ça a été difficile de dissocier la carrière sportive et le côté familial ?

Moi, le jour des courses, je fais en sorte de lui apporter quelque chose. On a toujours fait ce sport dans la simplicité, en essayant de le faire au mieux, sans regrets. Que Tom y arrive ou qu’il n’y arrive pas… Ça ne change rien. Il y a une vie en dehors de la moto, et c’est ce que beaucoup de gens ne comprennent pas.

Aux USA, le sport est vraiment très présent dans l’éducation américaine, c’est un signe de réussite. Ils ont une pression énorme là-bas, bien plus qu’en Europe. Même si on voit qu’en Europe, ça commence à changer, à se professionnaliser très vite et très tôt, et qu’il y a également des parents problématiques qui mettent une pression monstre sans se rendre compte de ce qu’ils font. La moto n’est pas une finalité en soi. Il y a bien plus que ça dans la vie.

Il faut aussi construire pour l’après, pour la vie future.

Il me semble que toute la famille est partie aux USA. Est-ce que ça n’a pas mis une pression sur les épaules de Tom ? Dans le sens « Si je n’y arrive pas, qu’est-ce qu’on va faire ? Qu’est-ce qu’il va se passer ? »

Non, pas du tout, parce que justement, on est partis en étant organisés, et bien organisés avec KTM. De ce côté-là, il n’y avait aucun problème. Tom se débrouille et nous – le reste de la famille – on se débrouille aussi. La vie, c’est ça aussi. La vie suit son cours quoi qu’il arrive.

Pour nous, c’était quand même pas mal calculé. On ne s’est pas jetté dans un trou comme ça.

Passer du Mondial MX2 au SX US 250, c’est une chose, mais passer du MXGP au SX US 450, c’en est une autre. Corrige-moi si je me trompe, mais tu avais l’air de dire tu n’étais pas surpris de la première saison de Jorge Prado aux USA. Pourquoi ?

Jorge connaissait la cylindrée. C’est un super pilote, très technique. Mais il est allé aux USA en changeant de marque. Une marque qu’il ne connaissait pas et qui avait, à priori, déjà des difficultés. Ce n’était donc pas gagné.

Le tout sans avoir jamais roulé en Supercross. C’était quand même minimiser la marche à franchir et partir avec un sacré handicap. Et justement, on s’est aussi servis de cet exemple quand on a eu des propositions d’autres teams pour Tom aux USA pour 2026. On s’est dit que la contrainte allait être énorme.

C’est quand même une difficulté à prendre au sérieux. Et puis, c’est quand même plus dur de faire le MXGP et d’aller aux USA que de faire les USA et de rentrer en MXGP. Il y a vraiment un monde…

Qu’est-ce qui te rend le plus fier dans le parcours de Tom aujourd’hui ?

Déjà, le premier titre de champion du monde MX2. Ensuite, les deux titres en Supercross. On peut tourner et retourner le scénario dans tous les sens. Il faut que les gens comprennent. Faire mieux ? Ce n’est même pas la question. La question, c’est comment il a fait ça.

Les gens ne se rendent pas compte des premiers entraînements qu’on a faits en Supercross, de la première année que Tom a vécue aux USA. Une période marquée par beaucoup de chutes et un apprentissage de la discipline.

Il faut savoir que la première année, il a fait toutes les finales du Supercross US. Les gens vont te dire que c’est normal, mais non. Tom avait un coéquipier Américain qui n’est pas allé à toutes les finales ! Donc pour nous, c’était déjà pas mal. Dès son premier Supercross, il aurait dû faire un podium, mais le frein arrière est tombé en panne sur la fin de course. Chapeau à lui.

Tom est organisé, concentré et motivé comme tous les pilotes. Il n’est pas plus ou moins motivé qu’un autre. Mais je pense que sa force, c’est qu’il est toujours resté un garçon très simple. C’est la différence que je vois. Certains croient qu’ils ont déjà tout gagné. Tom n’est pas arrivé aux USA en pensant qu’il allait tout exploser. Avoir les pieds sur terre est important, et ce n’est pas un signe de faiblesse.

Pour finir, sous êtes restés longtemps au sein du groupe autrichien. Aujourd’hui, vous êtes au sein d’un groupe japonais. Ce sont des cultures différentes, des mentalités différentes. Est-ce que ça change la façon de travailler ?

Oui et non.

Chez Honda, ils ont une méthode japonaise bien à eux, qui est vraiment très axée sur la performance.

Ils travaillent énormément sur les motos en parallèle, et ça sert aussi aux clients ; ce que KTM fait aussi. Mais dans le fond, c’est complètement différent. Le groupe KTM est un peu plus restreint que le groupe Honda sur la compétition, je pense.

Honda est vraiment axé sur la performance, et ils travaillent dans le même temps sur les motos du futur. C’est toute une alchimie. C’est aussi pour ça que je pense que HRC en MXGP a des motos plus en avance qu’aux USA. Ils s’en servent ensuite pour développer les motos des futurs clients. Ils peuvent développer des prototypes en MXGP, ce qu’ils ne peuvent pas faire aux USA.

Je pense que c’est d’ailleurs ce qui limite un peu le championnat de motocross US, dans lequel ils ont du mal à développer les motos. On ne peut pas faire ce qu’on veut aux USA et c’est ce à quoi on a été confrontés chez KTM.

Les marques sont intéressées par les USA pour faire des ventes, car elles sont énormes là-bas. Mais dans le même temps, ce n’est pas vraiment un marché qui leur permet de faire avancer le développement pour le futur, pour les pilotes amateurs qui achètent les motos.

Image: Ray Archer
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