Parmi les nombreux points d’interrogation du Grand Prix de Grande-Bretagne, le retour de Jeremy Seewer était sans aucun doute l’un des plus intrigants. Après sa séparation avec Ducati, le Suisse avait tout simplement quitté le championnat du monde, laissant planer le doute sur la suite de sa carrière. Quelques semaines plus tard, le voilà de retour en piste avec Van Venrooy KTM.
Un retour qui a fonctionné d’entrée de jeu: Jeremy Seewer décroche la sixième place à Foxhill, au guidon d’une 450 SX-F qu’il découvre encore. Le pilote Suisse décroche ainsi – et de loin – son meilleur résultat de l’année. Un joli pied de nez à Ducati. Présent en Grande Bretagne, notre confrère Andy McKinstry s’est entretenu avec Jeremy pour évoquer son retour en piste, son choix de revenir avec KTM, les rumeurs autour d’un éventuel projet Suzuki, et bien plus encore. Micro.
Jeremy, te voilà de retour en mondial, et tu signes ton meilleur GP de l’année jusqu’ici. Sur une nouvelle moto qui plus est, tu dois être satisfait. Tu ne pouvais pas vraiment espérer beaucoup plus, pas vrai ?
Non, je ne pouvais pas rêver mieux, surtout après deux mois éloigné des compétitions. J’ai manqué plusieurs épreuves, pendant que les autres roulaient, moi, j’étais sur mon canapé à les regarder. Tu peux t’entraîner et faire autant de séances de testing que tu veux, ce n’est pas la même chose quand tu t’alignes derrière une grille de départ, surtout sur des pistes aussi exigeantes que celle de ce week-end : avec des ornières, des montées, des descentes, un tracé complètement fou, mais vraiment magnifique.
Je suis motivé. Je termine sixième du week-end avec une bonne vitesse. Bien sûr, il m’a manqué quelques petites choses pour être encore meilleur. Je sais qu’il me faut un peu de temps. C’est une nouvelle moto, je n’avais jamais roulé sur une KTM de toute ma vie, et je n’ai finalement eu qu’un ou deux jours de testing dessus. Tout est très nouveau, mais je pense que c’est un bon début.
Quand tu t’es séparé avec Ducati, je pensais que tu allais rentrer en Suisse, mais il semble que tu aies passé beaucoup de temps aux Pays-Bas et en Belgique, à tester des motos. Est-ce que tu es quand même rentré chez toi ?
Oui, je suis rentré chez moi pendant environ dix jours. J’avais simplement besoin de couper. Pendant ces dix jours, j’étais même très loin du monde de la compétition. Je ne savais pas vraiment ce qui se passait. Je me disais : « Je m’en fiche complètement. » (rires)
Après ça, je suis immédiatement reparti à bloc. La motivation est revenue d’un coup: je voulais repousser mes limites, m’entraîner dur, travailler physiquement, puis tester des motos pour voir quelles opportunités étaient là, pour trouver la meilleure option afin de revenir : avoir la meilleure moto, et celle qui me correspondait le mieux. Je pense avoir fait le bon choix, et je l’ai prouvé ce week-end. Maintenant, je me reconcentre sur moi-même.
Corrige-moi si je me trompe, mais je pensais que ton père avait contacté Sylvain Geboers et lui avait racheté une Suzuki ?
Non, ce n’est pas ça. La vraie histoire, c’est que Sylvain a vendu sa collection. Il possédait une énorme collection de Suzuki, et il y avait encore une de mes motos là-bas : la dernière RM-Z que j’ai utilisée au Motocross des Nations en 2017. J’ai appelé Sylvain et je lui ai dit : « Salut, j’ai entendu dire que tu vendais ta collection, et je voulais savoir s’il était possible de récupérer ma moto pour la mettre à la maison, car elle représente beaucoup pour moi. » J’ai une sorte de petit musée avec plusieurs Suzuki. Alors j’ai récupéré cette moto, et elle est maintenant dans mon musée, chez moi. Je n’ai pas roulé avec, elle est bien trop belle pour être utilisée ! J’ai par contre roulé sur une Suzuki d’origine. Voilà l’histoire.
Si tu avais estimé que la Suzuki était la meilleure moto, tu penses que tu aurais pu revenir en mondial avec ?
J’ai roulé dessus pendant deux jours, simplement parce que c’était la première moto qu’un ami à moi avait sous la main. C’était une Suzuki d’origine. Je l’ai appelé et je lui ai demandé : « Est-ce qu’on peut prendre ta moto juste pour aller rouler, et se faire plaisir ? »
C’était la première fois que je remontais sur une moto après la fin de mon aventure avec Ducati. Je voulais simplement profiter, rouler, et c’était la première moto disponible sans avoir besoin d’appeler plein de personnes, ou de mettre en place quelque chose de trop compliqué. J’ai roulé deux jours dessus, comme je l’ai dit, elle était d’origine. Il y a seulement eu quelques modifications au niveau des suspensions, et c’était vraiment sympa.
La Suzuki reste une bonne moto, même si elle a dix ans. Ken Roczen a remporté le titre en Supercross avec la Suzuki, donc elle fonctionne très bien. Mais de manière réaliste, pour revenir en Grands Prix, il faut commencer par développer un moteur performant, faire des essais, réunir énormément d’éléments pour rendre le projet possible.
Le temps de mettre tout ça en place, avec toutes les personnes impliquées, les efforts, le travail et le testing nécessaire, je pense que ça nous aurait amené à l’année prochaine, et je n’avais pas le temps d’attendre jusque-là.
Mais en y réfléchissant, ça aurait été incroyable. J’aurais adoré le faire et tout le monde serait devenu fou de ce projet. Mais dans la réalité, je ne pense pas que ça aurait été possible.
Quelle a été ta première impression lorsque tu es monté sur la KTM, et comment l’opportunité de devenir pilote d’essai pour la marque, tout en roulant chez Van Venrooy KTM s’est-elle présentée ?
La première impression a été incroyable. J’étais dans le sable pour le premier jour de testing, alors que j’ai grandi sur des terrains en terre. J’avais une piste de sable bien défoncée, et je me suis dit : « Waouh, elle marche, cette moto. »
J’ai immédiatement compris leur slogan « Ready to Race ». Ce n’est pas un mensonge, cette moto est vraiment prête à rouler en compétition. J’ai l’impression qu’avec les japonaises, il faut faire énormément de réglages, beaucoup de travail très spécifique. Les motos d’usine sont poussées à l’extrême pour être compétitives à ce niveau.
Avec la KTM, quelques ajustements de base suffisent pour être prêt. Je l’ai vu et ressenti immédiatement, et cette moto me correspondait parfaitement. Je me suis dit que c’était celle qu’il me fallait.
Pour l’opportunité avec KTM, on connaît les personnes là-bas. Mon manager a discuté avec Diego chez KTM, et ils ont réussi à mettre en place cette collaboration avec Van Venrooy KTM. Ils se sont dit : « Ok, on va essayer de faire avancer ce projet. On serait ouverts à l’idée de créer une nouvelle place pour Jeremy. » Évidemment, Mattia a été remplacé par Rick, donc ils ont vu une nouvelle opportunité et ils ont probablement vu le potentiel, et on fait le nécessaire pour que ça se fasse.
Je suis vraiment content et reconnaissant envers toutes les personnes impliquées dans cette opportunité. Je pense que ça peut avoir un bel avenir. Je suis heureux là où je suis actuellement.
Ton rythme était bon ce week-end. Ce qui semblait te manquer, c’était surtout l’intensité. Tu semblais un peu rouillé. Tu n’avais plus disputé de GP depuis Lacapelle.
Je suis d’accord. Même le samedi, pendant les essais chronométrés notamment, j’avais la vitesse sur un tour, c’était déjà positif. Je pensais peut-être avoir besoin de faire un GP de plus pour retrouver ça, mais la vitesse était déjà là d’entrée de jeu, et c’est une bonne chose.
Le rythme est là, il faut simplement que je retrouve la gestion de course. Ça doit redevenir plus naturel. Pour l’instant, c’est plutôt : « Allez, on y va, on va essayer de suivre », et c’est difficile. Je me crispe un peu, surtout sur une piste comme Foxhill. Mais ça va revenir naturellement, et ça arrivera après une, deux ou trois courses de plus, lorsque j’aurai retrouvé mon rythme.
Je pense qu’on est tous humains, on ne peut pas appuyer sur un bouton et passer de 0 à 100. À moins de s’appeller Jett Lawrence …
Est-ce que ton contrat avec KTM va plus loin que la saison 2026 ? Est-ce que tu vas disputer tous les GP restant avec Van Venrooy, même les oversea ?
Honnêtement, le plan est de disputer le reste des Grands Prix, mais on n’a pas encore beaucoup discuté de ça. L’objectif est actuellement de me concentrer sur les prochaines courses pour retrouver mon niveau. Si tout fonctionne bien, je pense qu’on pourra construire quelque chose ensemble dans le futur, et qu’on fera aussi les épreuves oversea; mais je ne peux pas encore l’affirmer à 100 %.















