Impossible n’est pas Jett Lawrence. S’il est toujours diminué par sa blessure au pied, l’Australien enchaîne: après le doublé à Hangtown, l’officiel Honda HRC persiste et signe un nouveau doublé à Thunder Valley. Petit à petit, Jett retrouve son rythme, et reprend aussi possession de la plaque rouge; la routine. Micro.
Jett, félicitations pour cette victoire et cette plaque rouge. Parle-nous un peu de ta journée, et donne-nous des nouvelles de ton pied et de la façon dont il t’affecte encore aujourd’hui ?
Je suis content d’avoir la plaque rouge. C’est cool, même si ça ne veut pas dire grand-chose à ce stade de la saison. C’est surtout important de l’avoir à la dernière épreuve. Donc ça ne change pas grand-chose, c’est plus symbolique qu’autre chose.
Pour être franc, ça a été mieux au niveau de la cheville ce week-end. Je ne suis toujours pas en mesure de rouler normalement, mais j’ai un peu moins mal. De temps en temps, j’ai encore des petites gênes, mais globalement ça allait mieux ce week-end. Même en marchant, ça s’améliore bien, donc je suis content. Je n’ai plus autant de mal à marcher qu’avant. C’est du positif. Si on arrive à progresser comme ça chaque week-end, on reviendra petit à petit à la normale.
Avant, quand le doc G. tentait de faire bouger ma cheville, seul le côté gauche du pied travaillait et le côté droit restait comme bloqué. Il était encore très raide sur les mouvements latéraux. Cette semaine, on a réussi à la travailler des deux côtés, et j’ai récupéré pas mal d’amplitude de mouvement : c’est super positif.
Tu disais vouloir soulager au mieux ton pied. Mais tu t’es battu avec ton frère et Haiden en première manche, et tu as dû hausser le ton. Tu en avais encore sous la poignée à ce moment-là ?
J’étais vraiment lent dans cette première manche. Je n’ai pas du tout réussi à trouver mon rythme sur la piste. J’étais vraiment dans un faux rythme et je me suis bien plus fatigué en première manche qu’en seconde, alors que j’attaquais beaucoup plus fort partout dans la seconde. Pourtant, je ne me suis pas autant fatigué.
Concernant mon pied, il y a quelques réactions imprévisibles. Tu veux toujours avoir les deux pieds solidement ancrés sur les repose-pieds, mais parfois mon pied droit n’appuie pas assez sur le repose-pied et il sort. Ce n’est pas idéal, mais je suis plus en mode défense qu’en mode attaque. Donc dans cette première manche, je ne m’en suis pas trop mal sorti, je pense.
Est-ce que tu hésites quand tu poses le pied par terre, compte tenu de ta blessure ? Est-ce que ça impacte ton engagement et ton rythme ?
Je l’ai posé à quelques reprises et ça m’irradie de douleur dans la cheville et le mollet. J’essaie de ne pas trop avoir à le poser, parce qu’il me faut quelques virages pour que la douleur disparaisse ensuite. Jusqu’ici, je ne m’en suis pas trop mal sorti de ce côté-là, et quand j’ai eu besoin de poser le pied, j’ai fait en sorte de ne pas mettre tout mon poids dessus comme je le ferais normalement. Disons que ça m’handicape pendant quelques virages, mais que ça revient assez vite à la normale.
Un mot sur le tracé. Traditionnellement, le circuit de Thunder Valley est béton. Là, ils ont rajouté beaucoup de copeaux de bois, et il y avait des portions assez humides. Tu as pensé quoi de la préparation et de la piste en général ?
Ils ont évidemment ajouté beaucoup de copeaux cette année. Ce n’est pas une mauvaise chose selon moi, mais le problème, c’est qu’ils les ont ajoutés trop près de l’épreuve. S’ils l’avaient fait quelques mois plus tôt, les copeaux auraient pu se mélanger à la terre et bien la travailler. Ça aurait permis à l’humidité d’être mieux absorbée, car ils ajoutent évidemment ces copeaux pour capter l’humidité. Mais là, c’étaient des copeaux au-dessus et du béton en dessous, donc c’était encore pire. Ça aurait été bien mieux s’ils avaient ajouté les copeaux un ou deux mois plus tôt. Là, la moto voulait partir absolument partout. On n’avait aucun grip. Tu ne pouvais jamais faire confiance ni à ta roue avant, ni à ta roue arrière. Dans les premiers tours, avec l’ajout d’eau, on avait les deux roues qui glissaient de partout. Plus tôt, ça aurait été beaucoup mieux.
Sacha et Lucas Coenen étaient là ce week-end. Beaucoup de personnes comparent votre histoire à la leur. Vous êtes allés en Europe pour faire les GP, puis partis aux USA. C’est un peu pareil pour eux : ils sont en GP et réalisent un rêve en venant rouler aux USA. Tu as roulé contre Lucas à quelques reprises désormais. Tu penses quoi de leurs progrès ?
Ouais, c’est vraiment incroyable à voir honnêtement. Peu de personnes peuvent ressentir ce que mon frère et moi avons vécu, notamment en 2023 quand il a remporté le titre en 250 et moi celui en 450. Les seules personnes qui peuvent vraiment s’identifier à ça aujourd’hui, ce sont les frères Coenen.
Lucas fait de belles choses en MXGP et Sacha de même en MX2. C’est cool de voir deux autres frères réussir comme ça. Ils ont tous les deux un très gros niveau. On a connu ça avec les frères Martin, puis les frères Lawrence, et maintenant les frères Coenen. Voir deux frangins réussir, c’est toujours spécial ; il y a ce côté familial vraiment sympa.
C’était cool de les voir venir rouler ici. Je les avais déjà affrontés l’an dernier à Ironman, et j’ai pu voir leurs progrès depuis. C’est impressionnant, surtout qu’ils n’ont que 19 ans.
Je me rappelle qu’à 19 ans, je roulais déjà en 450, et à cet âge-là, tu ne fais qu’apprendre, encore et toujours apprendre. Tu as aussi l’énergie de la jeunesse, etc. C’est cool à voir. Sacha et Lucas sont venus ici et pour une première, ils ont roulé sur un tracé compliqué, parce qu’il était difficile à appréhender.
Est-ce que tu as appris quelque chose en première manche, sous la pression de Hunter et Haiden ?
J’ai surtout appris que je n’avais pas le bon rythme, c’est une certitude. C’est dur d’apprendre quelque chose quand tu es devant, contrairement à celui qui est derrière. Mais tu peux un peu sentir où ils vont essayer de passer. Haiden est très prévisible, on peut le lire comme un livre : on sait où il va essayer de passer. Du coup, c’est un peu plus simple de défendre. Hunter est un peu plus créatif en ce sens. Il a été en mesure de me doubler, mais j’ai pu le reprendre sur la ligne droite de départ. Je ne dirais pas que j’ai appris grand-chose, j’en apprends plus quand je me bats avec eux en étant derrière.










