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Anthony Bourdon « Les USA, j’irai. Si ce n’est pas cette année, ce sera la prochaine »

Champion de France Elite MX2 pour sa dernière année dans la catégorie en 2020, Anthony Bourdon vient de conclure sa seconde saison en 450, qu’il effectuait pour le compte de l’équipe GSM Yamaha. Septième de l’Elite, quatrième du SX Tour mais également 9ème du World Supercross, Anthony Bourdon vient tout juste de signer avec Bud Racing Kawasaki/DSN Motos pour la saison 2023.  Après Dortmund, en Janvier, Anthony prendra part à l’Enduropale du Touquet tout en ajoutant quelques épreuves d’Enduro à son programme l’an prochain. Pour l’heure, le garçon s’apprête à prendre part à la finale du championnat Guadeloupéen; il se prête au jeu de l’interview. Micro.

Anthony. Tu termines 7ème de l’Elite avec un podium à Loon, 4ème du SX Tour avec un podium le premier soir à Lyon, pas mal pour une seconde saison en 450. Quel bilan tires-tu de cette année 2022 ?

Un bilan mitigé avec du bien et du moins bien. Un championnat de France Elite assez compliqué, je n’ai jamais réussi à trouver la vitesse pour rouler devant hormis dans le sable de Loon. Plus de positif en Supercross avec une belle première course à Agen, et plutôt des bons résultats cet été avant une blessure à l’entraînement qui m’a empêché de préparer à bien ma saison hivernale et le World Supercross. J’ai signé de bons résultats quand même en Australie et Lyon pour bien clôturer l’année.

Tu as participé au World Supercross avec le team GSM Yamaha cette année. Tu ramènes un top 10 final. Cette saison pilote-a-t-elle répondu aux attentes selon toi ?

C’était une superbe opportunité, et bien au-delà de mes attentes. On a été traité comme des stars par l’organisation et rouler dans des énormes stades devant tant de public, c’était vraiment incroyable.

Pilote GSM Yamaha cette saison, Anthony ira chercher la quatrième place sur le championnat SX Tour

Sur le plan personnel, toujours au sujet du World Supercross, j’imagine qu’on ne roule pas sur d’aussi grosses pistes tous les jours et qu’il y avait beaucoup à apprendre. Quel bilan dresserais-tu de tes performances sur le WSX et surtout, qu’est-ce que tu as pu apprendre des tops pilotes présents ?

Au niveau des pistes, elles étaient certes plus longues mais pas aussi compliquées que ce que je pensais. Par exemple, les whoops étaient plus gros à Paris et à Magescq que sur le World Supercross.

C’était vraiment intéressant de rouler avec les top pilotes. On n’était pas à leur niveau, mais je pensais qu’on serait encore plus en dessous, donc c’était quand même une bonne surprise. Ce qui change surtout c’est que ces mecs-là ne se posent aucune question, que les whoops soient niquel, défoncés, ça passe et ça y va à bloc. Ils sont à 100% du premier tour des essais libres au dernier tour de la finale, je pense qu’on manque d’intensité et c’est ce qui fait la différence.

Tu es un véritable couteau suisse. On peut te retrouver sur les podiums du CFS, sur les podiums du SX Tour, sur les podiums de l’Elite, c’est vraiment rare de nos jours. Comment on en arrive à être performant dans ces trois disciplines ?

Depuis que je suis tout petit, je fais du sable l’hiver, du Supercross l’été depuis le 125 et du Motocross le reste du temps et c’est ce qui me permet d’être pas mauvais dans chaque discipline. Je pense que de nos jours, les jeunes se concentrent trop sur une seule discipline comme s’ils allaient tous être champion du monde et du coup, ils se ferment des portes. Combien de bons français font du Supercross en 125 ? Trop peu… J’ai d’ailleurs essayé de discuter avec certains pour les attirer vers le Supercross pendant l’été mais ils sont 100% concentré sur l’Europe. Ils ne se rendent pas compte que s’ils ne sont pas dans le top 8 mondial, vivre du motocross est compliqué. Si tu fais de tout, tu peux bien gagner ta vie au niveau national, et encore plus avec le World Supercross qui vient d’arriver, les jeunes devraient réfléchir car ce nouveau championnat peut tout changer.

Du Motocross, du Supercross, du CFS, Anthony Bourdon – ici à Loon – performe dans tous les domaines

En 2021 & 2022, vous avez disputé des épreuves de l’Elite dans le sable de Magescq et Loon. Ça a été un challenge pour les non spécialistes du sable. Le calendrier 2023 est tombé, ni Loon ni Magescq ne reviennent au programme. Sur le papier, ça permet de diversifier les courses, de donner du challenge aux pilotes, ça les forces à sortir de leur zone de confort, à manger du sable et donc à progresser. Plus de Loon, plus de Magescq. Tant mieux, où dommage ?

Très, très, très dommage. C’est bien d’avoir plusieurs types de terrains sur un championnat. Je pense que ça a fait progresser tout le monde au final, tout le monde a dû sortir de sa zone de confort. Ça faisait un entraînement différent qui nous a permis par exemple d’être plus précis, de mieux jouer avec les trous, etc.. et cela nous sert dans toutes les disciplines. Ça permet aussi aux espoirs et juniors de commencer jeune dans le sable pour espérer rouler devant à l’Europe où c’est presque 50/50, moitié dans le sable, moitié dans la terre.

PS: une course à Magescq l’été, c’était quand même sympa. 2×30 minutes le matin, session surf à la plage l’aprem et couché de soleil le soir !

On va remonter dans le temps. Tu étais avec Honda SR Motoblouz en 2019, puis dans une structure privée en 2020. Tu es passé chez 737 performance GasGas en 2021 et enfin, cette saison, tu évoluais chez GSM Yamaha. Si je te dis que j’ai le sentiment que les gens n’ont pas réellement conscience de la difficulté que représente devoir changer de structure chaque saison – nouveaux programmes, nouvelles personnes, nouvelle moto – tu me réponds vrai ou faux ?

Honnêtement, au niveau moto, moi je m’adapte à tout. Tant que j’ai une moto pour rouler, ça me va. Mais ce que tu dis est vrai, ce n’est pas facile de changer de structure chaque année et de s’adapter à toutes les personnes que cela comprend. Je suis tombé dans des structures top comme chez 737 Performance, et dans des structures où j’ai été bien moins à l’aise. Je suis assez timide et je mets du temps à faire confiance, et c’est pour ça que ce n’est pas toujours facile de changer.

Et sinon, pour 2023, je serai sur une toute nouvelle moto, sur laquelle je n’ai encore jamais roulé !

Suite à l’annonce de ton départ de GSM Yamaha, les gens se demandent où tu iras en 2023. J’ai cru comprendre que tu n’étais pas à pied mais j’imagine qu’on va devoir attendre la communication officielle pour nommer l’équipe. On peut parler d’une couleur, d’une cylindrée, d’un programme, pour la saison prochaine ?

On y vient. Pour l’année prochaine je serai donc en vert aux couleurs de Bud Racing et du concessionnaire DSN Motos. Je suis super content de rouler sur la Kawasaki en 2023 en collaboration avec des gens motivés qui se bougent pour moi. Je ferai donc l’Elite, les Supercross mais aussi quelques piges en Enduro pour DSN Motos. J’espère aussi repartir pour le World Supercross, j’en saurai plus rapidement.

C’est en vert avec le soutien de Bud Racing & DSN Motos qu’Anthony Bourdon évoluera l’an prochain. Au programme: SX, MX, mais également Enduro et pourquoi pas, WSx !

Est-ce qu’on participera au Touquet, en 2023 ?

Of course! C’est une décision prise il y a peu, mais Kawasaki France était vraiment motivé pour qu’il y ait une Kawa au Touquet cette année. Étant donné que je passe Kawasaki l’année prochaine, ils ont pensé à moi. C’est un sacré challenge puisqu’il me reste encore du Supercross en janvier [Dortmund] qui était déjà prévu, mais je vais me mettre à bloc à l’entraînement pour arriver le plus prêt possible au départ du mythique Touquet.

Il va falloir que tu me parles de cette seconde manche à Villars, en 2017. Remporter une manche du championnat d’Europe 250, c’est l’un de tes plus beaux souvenirs ? Est-ce qu’on peut revivre cette manche, à travers ton récit ?

Wow, cette manche c’était quelque chose. C’était l’une des courses les plus boueuses que j’ai faite. Pourtant ça commençait mal, je pars très, très mal mais je remontais bien. Je me rappelle encore voir Mathys Boisramé faire du ventriglisse dans la descente tellement les conditions étaient extrêmes. Il me semble que c’était Scotty Verhaeghe et Pierre Goupillon que je voyais en bas de la montée, attendre et regarder les traces des autres en pleine manche. Chaque tour, c’était un vrai challenge. Je voyais que je remontais et là mon père et Adrien Lopes me panneautent « second » c’était déjà fou. Mais Morgan Lesiardo casse dans le dernier tour et la victoire est pour moi ! C’était un moment magique puisque je monte sur le podium en ayant fait 12ème la veille.

Finalement, pourquoi ne t’a-t-on jamais vu sur une saison d’Europe 250 au complet ? C’était – encore et toujours – une question de budget ou il y avait une autre raison ?

Oui, honnêtement c’était une question de budget. J’étais en privé, et ça coûtait vraiment beaucoup trop cher. Je n’ai jamais eu l’opportunité de faire une saison complète pour un team donc je me contentais de faire les GP limitrophes.

Anthony Bourdon remportera une manche sur l’Europe 250, lors de la finale de Villars-sous-Ecôt en 2017. Il terminera troisième de l’épreuve – @MXClic

On a cette rubrique « Une course, une histoire » lors de laquelle on demande aux pilotes de nous raconter leurs plus croustillantes anecdotes en tant que pilote. C’est quoi, la plus belle anecdote d’Anthony ?

Villars en était une mais je l’ai raconté avant. Honnêtement, la carrière d’un sportif est faite de beaucoup de bons et mauvais moments mais des belles anecdotes il y en a eu plein.

On était en janvier à la période de Dortmund. Je venais de finir mon contrat avec Honda SR et je n’avais plus de motos. CBO m’ont proposé une semaine avant de m’en prêter une. Je pars donc à la dernière minute avec mes parents à Dortmund. J’avais même pris les suspensions d’un bon pote à moi car je n’en avais pas.

Je fais 3ème le vendredi, et second le samedi. Je ne me qualifie pas dimanche lors de ma demi, mais je passe au repêchage parmi les 2 pilotes retenus et enfin, je gagne la finale. Je suis donc prince of Dortmund. C’est un beau souvenir.

J’ai discuté avec un de tes collègues qui m’expliquait que tu l’avais chauffé pour partir faire du SX US la saison prochaine; tellement chauffé qu’il est en train de mettre ça en place mais visiblement, tu t’es ravisé; pourquoi ?

Quand j’étais plus jeune, je voulais aller aux US mais pas forcément pour y rouler. J’avais peur, les pistes me paraissaient énormes. Après avoir fait le World Supercross et maintenant que je comptabilise pas mal d’heures en Supercross, je me dis pourquoi les autres et pas moi ? Je voulais déjà y aller l’année dernière mais ça ne s’est pas fait. J’étais vraiment motivé pour cette année, mais j’ai eu l’opportunité de faire le Touquet avec Kawasaki qui m’aide bien pour l’année prochaine donc je ne pouvais pas tout faire. Les USA, j’irai, j’en suis sûr. Si ce n’est pas cette année, ce sera la prochaine !

Le WSX, une première étape avant une pige aux USA ? @WSX

Anthony Bourdon « Les USA, j’irai. Si ce n’est pas cette année, ce sera la prochaine »
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