Axel Bruhaux “on ne fait pas 600 bornes pour cueillir des fleurs”

Axel Bruhaux “on ne fait pas 600 bornes pour cueillir des fleurs”

Le National 125 bat son plein, et alors qu’il ne reste plus qu’une seule épreuve pour se départager, 3 hommes se disputent le titre pour seulement 2 petits points; avantage à Axel Bruhaux. Discret, bosseur, et pas franchement connu du grand public, Axel n’en oublie pas pour autant de tordre la poignée dans le bon sens sur les épreuves du National 125 cette saison. Engagé sur un coup de tête – presque “pour le fun” – sur le championnat, le garçon originaire de l’Oise qui s’apprête à souffler sa 31ème bougie ne s’attendait pas à jouer les premiers rôles et faire figure de favori pour la couronne nationale. Rencontre avec le leader du championnat de France National 125.

Axel, remets-nous à jour dans ton parcours, et explique-nous pourquoi tu fais le national 125 cette année ? Ce n’est pas vraiment ta catégorie.

J’ai fait beaucoup de 125 en ligue de 2010 à 2012. J’ai été titré en Picardie en 2011 – avant le regroupement en Haut de France. J’ai été vice-champion en 2012 avant de passer en catégorie MX1. Rodolphe Brouat est un très bon ami d’enfance, on se suit depuis toujours et vu qu’il passait en MX1, j’ai suivi. En 2014, j’ai subi une lourde blessure en m’arrachant tous les tendons de la coiffe des rotateurs de l’épaule droite; un an sans rouler. J’ai repris en 2015 en faisant un peu de national MX1 avec Rodolphe, sans grande conviction. J’ai fait 2 top 10, j’étais transparent; c’était compliqué.

En 2019 je n’ai fait que de la ligue et j’ai été vice-champion des Hauts de France en catégorie MX1. En 2020, j’étais parti pour le titre avant l’arrivée du coronavirus, puis j’ai rencontré des problèmes personnels. Du coup, pas de préparation – ni rien – pour la saison 2020, je me suis pointé sur la première épreuve de la ligue et j’ai terminé 13ème; pas de surprises …

J’ai dit à mon père que faire 13ème de la ligue, ça ne me branchait pas. Mon pote Rodolphe était redescendu en 125 depuis l’hiver. Soit je redescendais avec lui pour m’amuser, soit j’arrêtais. On a acheté une 125 SX d’occasion pour l’hiver, je me suis fendu la gueule et on s’est rendu compte que ça mettait du gaz; on s’est dit pourquoi pas, et nous voilà sur le national 125 cette année.

De quoi est composé ton programme ? Qui t’aide ?

Je fais partie d’un team régional. Le team a été créé pour Brian Boulard, quand il évoluait sur le national et l’Elite MX2. Le team s’appelle JB Racing; ils sont dans la moto depuis très longtemps, ce sont des passionnés avant tout. Je les connais depuis longtemps et ils m’aident depuis 2019; ils ont été d’un gros soutien pour moi quand j’ai fait la ligue et que j’ai décroché le titre car mon père est tombé très malade. Ils m’ont vraiment aidé, sans eux, je n’aurais probablement pas continué la moto car c’était compliqué. C’est devenu plus que des amis maintenant; ils sont super contents et ils étaient là ce weekend à Basly.

Trois mois pour préparer la finale, et viser le titre … @Jean-Claude Pellant . tekniphotos Photographie

Ça ressemble à quoi le quotidien du gars qui détient la plaque rouge de leader du championnat de France National 125 ?

C’est réveil à 4h45, boulot sur Paris, je suis imprimeur dans le luxe. Je vis dans l’Oise et tous les matins, je vais à Paris en moto; 50 minutes aller, 50 minutes retour. Je quitte le boulot à 15h, je rentre à 16h; je me pose un peu car je suis claqué. Ensuite, je fais une heure, une heure et demie de sport suivant la fatigue. Un weekend sur deux, je récupère ma fille et j’essaye d’éviter de m’entraîner pour profiter au maximum avec elle. L’autre weekend, j’essaye de rouler à moto. J’ai aussi la moitié des vacances scolaires de libre; voilà.

Le mot d’ordre, c’est “quand je peux” ?

C’est ça, quand je peux. Par exemple, j’ai voulu aller m’entraîner à Crisolles un weekend ou j’avais ma fille, il faisait super beau, j’avais pris son vélo. Au bout d’une heure, elle voulait rentrer, donc on est rentré [rires]. On essaye d’être assidu, mais c’est plus compliqué que quand on avait 16 ans. Désormais, je suis avec quelqu’un qui m’aide et me soutient beaucoup, qui m’a aidé à me sortir d’une période compliquée et les résultats de cette année se reflètent aussi dans ce nouvel équilibre retrouvé.

Être en mesure de jouer le titre, tu t’y attendais ?

Pas du tout. Je vais être honnête avec toi. Le samedi soir avant Crisolles, dans la caravane, j’ai dit à mon père “Si je fais 10ème, je suis content”. Aux gens qui me demandaient, je disais que je m’étais fixé un top 10. Je ne voulais pas me mettre trop de pression, j’arrivais la fleur au fusil, je ne connaissais personne. Je suis ami avec Nicolas Cottenet qui m’avait conseillé de faire le national, en me disant que c’était cool, que ça roulait bien et que les pilotes étaient top, que l’ambiance était bonne. Personnellement, je m’étais quand même fixé un top 6 avec de bons départs; clairement, je ne m’attendais pas du tout à jouer le titre cette année. Je fais 5-2 à Crisolles, c’était énorme. À l’arrivée, je ne savais pas quoi dire; c’était le top. Ce n’est que du National, mais c’est ouf quand même.

Ça soude aussi en National 125 … Si, si – @Jean-Claude Pellant . tekniphotos Photographie

Qu’est-ce qu’il te manque pour jouer la victoire de manche ?

Les départs. Même si depuis le début de la saison, j’arrive à virer 3 ou 4, c’est déjà trop. Victor Quiniou est redoutable au départ. En poids de corps nu, je fais 75kg contre des jeunes qui font 60kg, les sorties de grille sont compliquées. Victor à le feeling et il fait de bons départs, Gino, quand il arrive à sortir de la grille, il est très fort aussi. Quand tu pars 4, avec Victor devant, tu te dis que c’est déjà compliqué.

Il se passe quoi à Nozay ? C’est ta plus mauvaise journée sur le papier.

C’est mon pire résultat de la saison. J’arrive troisième du championnat sans trop savoir si j’étais à ma place ou si j’avais eu un coup de chance parce que je connaissais le terrain. Ils avaient arrosé comme des porcs, les mecs d’avant nous ne montaient même pas les montées. Au départ, je patine derrière la grille et je me retrouve 20ème au premier tour pour remonter 8ème. En deuxième manche, je sors 3ème et je m’écarte trop; je me retrouve 6ème derrière Aurélien Declercq, un pilote très dur à doubler, sur un tracé mono trajectoire. Je termine 6ème en seconde manche.

Et ce weekend, une bougie qui te reste dans les mains en première manche ?

J’étais fou. La moto, c’était une catastrophe. Heureusement que c’était sec et plat, si c’était Gaillac, je ne montais pas les montées, c’est clair.

Une bougie cassée à Basly, et le championnat d’Axel n’est pas passé loin de prendre une tournure dramatique … – @Jean-Claude Pellant . tekniphotos Photographie

Le championnat aurait pu s’arrêter là pour toi.

Je me suis demandé s’il fallait que j’arrête. Que j’arrête maintenant ou que je marque zéro point parce que la moto s’arrête d’elle-même, le résultat allait être le même, alors autant essayer. C’est arrivé à 15 minutes de course, donc j’ai roulé la fin de manche avec la moto qui broutait. Je ne pouvais plus couper, j’ai roulé la poignée à fond en butée sur tout le terrain, mais je n’avançais pas pour autant.

Vous avez eu Nicolas Dercourt sur le National 125 en début de saison, il y a eu beaucoup de réactions/critiques à ce sujet. Ton avis ? Sa présence, c’est plutôt une bonne chose, non ?

C’est une très bonne chose. Nico, c’est Nico. Il roule et ça amène de la notoriété sur le championnat. Les gens s’intéressent, les médias aussi. Après, je vais te dire clairement qu’il n’est pas à sa place, il ne faut pas se voiler la face, il est vice-champion d’Europe. Après, il fait partie des mecs qui n’ont pas réussi à percer plus que ça en Elite, et qui n’ont rien de plus. Ils font quoi ? Ils vont à l’Elite sans rien, et se font chier à galérer dans les 10 ? Quand ils vont en ligue, tout le monde gueule, quand ils vont sur les nationaux, tout le monde gueule. C’est compliqué. Il n’est à sa place nulle part. Rien ne lui interdit d’être sur le National mais c’est sur qu’en niveau pur, il est largement au-dessus.

C’est bien malheureux, mais c’est aussi la vérité: est-ce qu’on aurait autant parlé du National 125 sans Nicolas Dercourt derrière les grilles en début de saison ?

Je suivais le National 125 avant, mais c’est vrai que cette année ça a été beaucoup mis en avant. Bon, après, ça a été mis en avant avec Nicolas, Nicola, Nicolas … et les autres. Mais au moins, ça a été mis en avant.

Avoir à patienter 3 mois avant de disputer la finale du championnat, ça veut dire se mettre de la pression pendant 3 mois ?

Pour les autres, je ne sais pas, mais pas pour moi. Je connais Victor un peu plus que Gino mais je pense qu’on est un peu tous pareil. Quand on est sur la piste, c’est sport, on ne fait pas 600 bornes pour cueillir des fleurs. Mais dans mon cas perso’, vu que je ne m’attends pas à être devant depuis le début de saison, je ne me mets pas de pression.

Là, je vais récupérer ma fille, je vais avoir le mois d’août avec elle pour profiter. J’ai la coupe des régions fin août, j’aurais deux courses de ligue en septembre et voilà. Je ne vais pas faire de nuits blanches avec ça.

“Je ne me mets pas de pression.” – @Jean-Claude Pellant . tekniphotos Photographie

Finalement, faire premier ou troisième, ça ne va pas t’empêcher de dormir la nuit.

J’ai envie de te dire que je veux récompenser mon père qui fait un travail de fou sur les motos depuis que je suis gamin. C’est vrai que j’ai envie de récompenser l’équipe, qui n’a pas eu de titre national. J’ai envie, mais quoi qu’il arrive, et je l’ai répété 1000 fois, je n’aurais pas de regrets. Avec mon rythme de vie, je fais du mieux que je peux. Je ne peux pas faire plus, ou beaucoup plus, que ce que je fais actuellement.

Premier, je serais très content, troisième aussi. Je serais forcément un peu déçu d’avoir mené le championnat et de ne pas avoir été au bout, mais l’objectif aura été rempli. De la déception en terminant troisième, oui, mais je n’aurais pas à rougir. Victor fais le France depuis 2017, Gino a fait le Junior et du France. A part le Cadet ou j’ai fait quelques épreuves, je n’ai jamais vraiment fait de France.

De quel adversaire te méfies-tu le plus pour Quinssaines, Gino ou Victor ?

Je pense qu’il faudra faire attention à Victor. Avec 3RG, ils sont du coin, c’est leur ligue et je pense qu’il y aura un gros regroupement autour d’eux. Ça peut le porter, comme jouer en sa défaveur. Victor sera là, on le sait déjà.

Avec Gino, c’est quitte ou double. Quand il part devant, il roule super fort, quand il part derrière, ça dépend. À Plounérin, il est parti loin il est remonté comme une balle. À Gaillac, il est parti 6 ou 7 et il a eu plus de mal. Je pense que – sur le papier – entre Victor et Gino, Victor a un point de plus en terme de régularité, par rapport à ses départs. Il est présent tout le temps. Gino, quand il fait mal, il fait …. très mal.

Comment on va la préparer, cette dernière épreuve, du coup ?

Je vais faire comme d’habitude. Un petit break d’une semaine pour commencer, pour souffler. Après, je vais reprendre le sport et j’espère qu’il va faire meilleur pour qu’on fasse quelques activités en extérieur. Se faire des bornes de vélo sous la flotte, non merci. Je vais reprendre le sport tranquillement mi-aout et on va être sur la continuité. Je ne vais pas changer toute ma saison grâce à deux semaines d’entraînement. Je n’ai pas de raisons de changer quoi que ce soit.

Tu connais le tracé de Quinssaines ?

À part Crisolles, je ne connaissais aucun terrain. Avant les courses, je me bouffais des vidéos Youtube à faire des dessins des tracés sur papiers pour préparer un minimum mes courses pour ne pas arriver les mains dans les poches non plus. J’ai saigné Youtube [rires]

L’an dernier, Quinssaines, en octobre, c’était ça … @dailymotocross

Opinion: Si on remplace le championnat EMX2T par un championnat d’Europe 125 +18 ans 1: est-ce que ça cartonnerait et 2: est-ce que tu y participerais ?

Je pense qu’il y aurait vraiment du monde, ce serait cool. Il y aurait des personnes comme nous, qui n’ont jamais réussi à faire plus que du junior par faute de moyens ou juste parce que ça ne l’a pas fait. Est-ce que je le ferais ? Je ne pense pas car avec mon mode de vie, ce n’est pas jouable. Mais s’il y avait une épreuve en France, j’irais. Même s’il y en avait une en Belgique, j’irais bouffer un peu de sable pour la faire, mais je ne ferais pas des bornes et des bornes pour un championnat complet.

Des remerciements à faire passer ?

Je souhaite remercier mes parents, mon équipe JB Racing, Tomasina, OBR motos, Kenny racing (Philippe Depart), Champion Accessoires, RiderUnik, le Motoclub de Plomion et les personnes qui ont contribué à la mise au point de ma moto. Je souhaite aussi remercier ma copine, toutes les personnes qui me suivent et laissent des mots sur les résumés de courses, et plus globalement ceux qui suivent tout ça de près ou de loin.

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