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Benoît Paturel « Je n’ai jamais lâché malgré tout, j’y ai toujours cru »

Images: Niek Kamper

Ces dernières saisons n’ont pas été simples pour Benoît Paturel, et l’intéressé ne s’en cache pas. Depuis sa transition sur le mondial MXGP en 2018, le pilote Français a enchaîné les galères physiques. Epstein Barr, syndrome des loges, Covid-19 et autres blessures n’ont pas facilité la tâche à l’ancien vainqueur de grand prix en catégorie MX2. Chaque saison, Benoît a dû faire face aux difficultés tout en tentant de rattraper le retard accumulé par ses absences en piste. Il parviendra malgré tout à flirter avec le top 10 en catégorie reine à une poignée de reprise ces dernières saisons. L’année 2023 marque un nouveau départ pour notre Français qui retrouve une marque sur laquelle il a rencontré du succès: Yamaha. Remis de ses divers maux, Benoît Paturel est actuellement en pleine préparation pour la saison 2023 aux côtés des pilotes Factory Yamaha. Objectif: montrer le « vrai » Benoît Paturel. Micro.

Benoît. Pour commencer, comment ça va sur le plan physique ? Tu manquais les derniers GP après une blessure au pied contractée en Finlande. On se souvient de tes pépins de santé par le passé avec Epstein Barr, le syndrome des loges, une blessure au dos à Kegums ou encore des complications dues au Covid-19; tu n’as pas été épargné mais tout ça, c’est derrière toi désormais ?

Ça va. J’ai pu attaquer la préparation début Novembre, comme un pilote en pleine forme et ça fait vraiment du bien d’entamer un hiver complet. Physiquement, je ne suis pas mal à ce stade de l’intersaison et je me sens bien donc c’est positif.

Ces dernières années, c’est vrai que ça a été vraiment compliqué. Depuis ma période en mondial MX2 je n’ai jamais pu faire un hiver complet, il y avait toujours quelque chose qui enrayait la machine et à ce niveau là, il faut vraiment que tous les feux soient au vert pour performer sinon, ça ne fonctionne pas. L’objectif est de faire un bon hiver pour pouvoir m’exprimer au mieux l’année prochaine.

Finalement, tu suis le programme d’intersaison avec les pilotes Factory Yamaha. Comment ça se passe ?

Je peux bénéficier de l’entraînement avec les pilotes Factory donc c’est un gros avantage pour moi. Avoir des pilotes comme ça, qui y vont pleine bourre, ça permet de se tirer vers le haut physiquement ou sur la moto. On est allé en Espagne, on était à bloc à l’entraînement physique. On a fait deux semaines de préparation sur le vélo et tous les a cotés, musculation, footing, beaucoup de physique. Depuis début décembre, c’est comme ça. Au mois de Janvier, on va partir en Sardaigne pendant un mois avant de faire les premières courses de la saison sur l’international d’Italie.

Face à l’adversité, aux blessures et autres pépins physiques, Benoît Paturel n’a jamais baissé les bras @Niek Kamper

J’imagine que tout le monde ne peut pas intégrer le programme d’entraînement des pilotes Factory Yamaha; comment se fait-il que tu puisses en bénéficier ?

Depuis mes années chez Kemea Yamaha, j’ai gardé de très bonnes relations avec la marque et avec le patron – Hans Corvers – qui ne m’a jamais lâché depuis ce temps-là. C’est un ami à moi et c’est pour cela que j’ai cet avantage là. Pareil avec Yamaha Europe, avec qui j’ai gardé d’excellent contact, c’est grâce à tout ça que je peux m’entraîner avec eux et j’en suis très content.

Tu viens d’annoncer tes plans pour 2023 avec l’aide de Danny De Baets, Yamaha, Hans Corvers… Est-ce qu’on peut en savoir plus sur la création de ce programme; comment ça s’est fait finalement, cette histoire et ce retour en bleu ?

Danny, c’est un sponsor de l’équipe Kemea depuis une vingtaine d’années, c’est un ami très proche du patron. Pendant toutes ces années de galères comme je t’ai dit, j’ai gardé de très bons contacts et je suis très proche d’eux. Danny a ouvert une grosse concession Yamaha en Belgique en début d’année 2022 et du coup, il voulait m’aider à me relancer en créant une structure pour moi afin que je me sente au mieux, et que je bénéficie de bon matériel. Voilà comment ça s’est fait; ça a pris du temps mais je suis très content de revenir chez les bleus et de retrouver des personnes avec qui je me sens bien, et avec qui j’ai performé par le passé.

Soutenu par Danny de Baets, Benoît Paturel fait son retour sur Yamaha en 2023.

Danny De Baets laissait savoir que tu allais pouvoir bénéficier du soutien de l’usine en 2023, est-ce qu’on sait, à ce stade, l’étendue exacte de ce soutien et ce dont tu pourras réellement bénéficier ?

Je pense que c’est un malentendu, je n’aurais pas le soutien de l’usine mais celui de Yamaha Europe, en plus de Yamaha Benelux. J’aurai du bon matériel mais pas de package Factory. Ce sera une moto sur une base standard, modifiée et préparée mais pas de matériel Factory.

À chaque saison, le nombre de guidons disponibles tend à diminuer et une poignée de pilotes partent sur des programmes axés sur les championnats Nationaux. Tu avais eu d’autres touches de team à l’intersaison pour évoluer en MXGP ou ailleurs ?

J’ai toujours voulu rester en championnat du monde, c’était mon objectif. Je n’ai jamais réussi à performer à ma juste valeur pendant ces dernières années donc mon but premier, c’était d’arriver à concrétiser en MXGP donc je n’ai pas regardé pour évoluer sur d’autres championnats car ce n’était pas mon but. C’est vrai que la conjoncture est de plus en plus compliquée au niveau économique, il y a de moins en moins de place avec les règles de l’âge, les coûts sont de plus en plus élevés pour les teams et ça devient compliqué mais j’ai eu de la chance de trouver une bonne place pour évoluer sur le mondial en 2023.

Comme mentionné plus tôt, ces dernières saisons n’ont pas été de tout repos pour toi sur le plan physique mais malgré tout, tu as fait preuve d’une belle persévérance. Arrêter, à un moment, ça t’a traversé l’esprit ?

Bien sûr. C’est humain. En tant que sportif de haut niveau il y a beaucoup de remise en question chaque jour, chaque semaine, à chaque épreuve. C’est une remise en question perpétuelle mais on cherche à toujours progresser. Pour moi, rien ne se goupillait correctement mais ma qualité et mon point fort, c’est que je n’ai jamais lâché malgré tout, j’y ai toujours cru. Je pense qu’à un moment donné, quand tu travailles dur et que tu côches toutes les cases, ça peut fonctionner. C’est ce que j’essaye de mettre en place même si ça n’a pas été facile; il faut aller de l’avant. J’ai le regard tourné vers le futur, pas vers le passé. Ce qui m’est arrivé, ce sont des revers qui renforcent. Je pense que j’ai l’âge de la maturité, ces mauvaises choses vont m’apporter pour le futur. Si je voyais tout ça comme du négatif, j’aurais arrêté depuis longtemps car c’est vrai que j’ai enchaîné grave. Je suis du genre à essayer de toujours aller de l’avant et je suis content de moi car je n’ai pas lâché malgré tout ça.

Benoît évoluait pour l’équipe Française Honda SR Motoblouz en 2021 & 2022 @Niek Kamper

Est-ce qu’on s’est fixé des objectifs ? J’imagine que c’est un peu vague d’en parler avant même le début de saison mais pour que tu te dises – fin 2023 – « j’ai fait une belle saison », il faudrait quoi ?

Honnêtement, je n’ai pas envie de me fixer d’objectif car je reviens de très loin. Le tout, c’est de faire étape par étape et c’est donc commencer par faire un bon hiver, solide. Ensuite, c’est mettre la moto au point et monter en puissance au fil des GP, je vais prendre les épreuves course par course et mon objectif premier, ce sera de donner le meilleur de moi-même et de faire du « vrai » Benoît Paturel. C’est ça mon objectif personnel. Je suis déjà vraiment content d’être sur les grands prix avec des personnes en qui j’ai confiance, avec qui je me sens bien; c’est le plus important et c’est ce que je retiens.

Est-ce qu’on te verra sur l’Elite et est-ce qu’on sait si – à l’heure d’aujourd’hui – tu participeras à l’intégralité du mondial MXGP ?

Je ne sais pas encore pour l’Elite, ça va dépendre. Peut-être que je serais sur quelques épreuves mais il faut dire que le mondial MXGP est déjà bien chargé. Je ne sais pas si je serai à Lacapelle-Marival et si je ferais tout le championnat de France Elite. Pour l’instant, c’est trop tôt pour le dire. L’objectif principal, c’est les grands prix, ensuite, on verra.

Concernant le mondial, participer à toute la saison, c’est l’objectif. Il y a un budget à mettre en place, c’est une grosse organisation. C’est une nouvelle équipe donc il y a tout à créer mais Danny, ça fait 20 ou 30 ans qu’il est dans le milieu, il s’est entouré de gens compétents pour le team donc il y aura tout ce qu’il faut pour bien faire.

On entend dire qu’il y aurait potentiellement des points de délivrés en manche qualificative la saison prochaine. Bonne ou mauvaise initiative, selon toi ?

Honnêtement, je ne me pose pas trop la question. Dans tous les cas, la manche qualificative est importante pour la mise en grille du lendemain et je pense que maintenant, à chaque séance tous les pilotes se donnent à 100%. Je n’ai pas d’avis particulier sur la question, il faudra faire au mieux que ce soit avec des points, ou sans point. Je suis plutôt neutre là-dessus, à voir si ça se met en place.

Benoît Paturel montait sur 12 podiums de manche lors de sa dernière saison en MX2 en 2017, et s’adjugeait 2 victoires. 2023, retour en bleu @Yamaha Racing

La direction que prend le mondial MXGP, c’est quelque chose qui t’inquiète pour l’avenir de notre sport ou simplement une suite logique compte tenu de la conjoncture ?

Je pense que c’est inquiétant; il faudra faire évoluer les choses très vite parce que voir des grilles à 20 pilotes, que ce soit pour les spectateurs ou les pilotes, ce n’est pas top du tout.

La conjoncture n’a pas aidé. J’ai vu qu’ils avaient baissé le coût de l’engagement, est-ce que ça va ramener plus de pilotes ? Je ne sais pas mais il y a quelque chose à faire, des choses à changer pour retrouver le motocross d’avant. Quand j’ai commencé les grands prix, il y avait 40 pilotes MX2 et 40 pilotes MX1 et je pense que c’est ce que tout le monde souhaite.

Il faudrait communiquer un peu plus tous ensemble, que l’organisateur écoute tout le monde et essaye de prendre les meilleures décisions. Il faudrait peut-être faire moins de GP oversea qui coûtent très cher, peut-être organiser moins de grand prix dans une saison, aider un peu plus les teams privés et parvenir à remettre des primes pour les pilotes et pour les teams, comme on l’a vu sur le Mondial de Supercross. On a vu que ça avait été très positif et que tout le monde était très content.

Je pense que les années références du Motocross, c’est les années 2000, les années Pichon, Everts, voir jusqu’à 2010. Ces dernières années, les gens perdent de l’intérêt à regarder des GP sur des terrains pas toujours bien préparés, ça ne fait pas envie par rapport aux USA. L’outdoor est un très bon exemple, tout le monde rêve de terrains préparés comme ça, tout le monde adore ça donc il y aurait des choses à prendre de là-bas.

Le plus gros du problème, ce n’est pas forcément les endroits où on roule mais plus la préparation des pistes qui est parfois négligée, et c’est ce qui rend pas top à regarder à la TV et nous, on ne se fait pas vraiment plaisir.

Faire une pige sur l’outdoor, ça t’a traversé l’esprit par le passé, et c’est quelque chose que tu envisages par la suite ?

J’aurai vraiment aimé y aller. À la sortie du mondial MX2 j’avais eu des contacts, j’avais fait des essais mais ça n’avait pas conclu sinon je pense que je serais parti. C’est vrai que faire une saison d’Outdoor avant la fin de ma carrière, c’est quelque chose qui me botterait vraiment.

Benoît Paturel « Je n’ai jamais lâché malgré tout, j’y ai toujours cru »
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