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Christian Craig « J’étais prêt à raccrocher il y a quelques années »

Images: Yamaha Racing Media Pool

Il aura fallu 11 ans à Christian Craig pour décrocher le Saint Graal; un titre AMA. À 30 ans passés, et pour sa dernière course en 250, Christian Craig est devenu champion de Supercross 250 sur la côte Ouest au terme de la finale de Salt Lake City. Après 10 ans à évoluer sur Honda, le pilote Américain effectuait la transition sur la Yamaha de l’équipe Star Racing en 2021. Blessé au tibia-péroné la saison passée alors qu’il était en course pour le titre, Christian Craig a enfin réussi à réunir toutes les pièces du puzzle cette saison. Bravo, champ’.

Christian. Tu as subi beaucoup de pression ces dernières semaines. Maintenant que tu as à ce titre, dis-nous, ça fait quoi d’être champion ?

Ça ne semble pas vraiment réel, franchement. C’est comme un rêve. Ça semblait impossible il y a seulement deux ans. Tout semblait si loin et inatteignable. J’ai vu bon nombre de mes coéquipiers décrocher un titre. Je suis passé par là avec Chase Sexton, Colt Nichols et Justin Cooper. Tant de gens me disaient « ton heure viendra ». J’ai continué à travailler dur. Oui, je suis plus vieux de la catégorie et tout ce que vous voulez, mais je suis là maintenant, champion. Je suis reconnaissant d’être dans cette position. Gagner un titre, c’est un rêve pour beaucoup de pilotes. Évidemment, nous voulons aussi être champions en 450, mais c’est spécial, et ça commence avec ma famille. Je suis passé par là, les hauts et les bas, les blessures, j’ai été banni par la FIM il y a quelques années. J’étais prêt à raccrocher il y a quelques années, à cause de tout ce qui se passait. Mais mon équipe a cru en moi, et nous sommes ici maintenant. Je ne pourrais pas être plus heureux.

Toute la journée, tu as dit que tu étais plutôt calme. Maintenant que tout est terminé, c’est vrai, tu es resté calme ?

J’étais dans une bonne position au championnat. Beaucoup de membres de ma famille sont venus pour me faire la surprise, et ça aurait pu ajouter de la pression, mais j’étais vraiment calme. J’avais un écart de 18 points et j’avais juste besoin d’être dans le top 14, mais il y avait tellement de choses à faire aux essais pour se qualifier pour la finale ce soir . Dylan Ferrandis s’est pointé dans la semi du team et j’étais vraiment surpris. Il m’a dit : « Je suis là pour toi. » Et ça m’a surpris. On s’est amusé entre les essais. Il est passé par-là trois fois en 250 et je pense que ça m’a aidé à rester calme et à avoir confiance en moi. J’avais le sentiment de bien rouler en finale et finalement, je me suis vraiment tendu. J’étais derrière Hunter, Nate m’a dépassé, et tout se passait bien jusqu’à ce que je perde l’avant en sortie de whoops. J’ai commencé à paniquer. À partir de là, j’ai juste géré. Il y avait beaucoup de pression ce dernier mois, mais j’ai l’impression d’avoir bien géré la situation.

Christian Craig peut désormais tourner la page du 250, un titre en poche

Tu t’es éloigné en sport en 2013 et 2014. Imaginais-tu que ton retour en compétition puisse un jour déboucher sur un titre ?

Beaucoup de gens savent que je me suis éloigné du sport à cause de mes blessures, j’ai trouvé un vrai travail, puis j’ai convaincu mon beau-père de me laisser revenir parce que j’avais toujours ce feu qui brûlait en moi. J’étais là « hey, je pense que je peux gagner. » J’ai convaincu les gens de croire en moi et j’ai cru en moi. Il y a eu beaucoup de hauts et de bas entre-temps, mais ma famille n’a jamais cessé de croire en moi et c’est la principale raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui. Chaque personne joue un rôle. Mon entraîneur, mon équipe, Bobby Regan qui m’a donné une chance. Je n’obtenais pas vraiment de bons résultats, je ne sais pas pourquoi il m’a donné une chance, il a vu quelque chose en moi. Il m’a dit « on va faire de toi un champion. »

Tu es l’un des pilotes les plus expérimentés de la catégorie. Qu’as-tu appris ces dernières années pour en arriver là aujourd’hui ?

J’ai appris beaucoup de choses au fil des ans, mais surtout l’année dernière. Gagner l’ouverture et porter la plaque rouge, c’était comme réaliser que j’en étais enfin capable. Puis Colt et Justin ont remporté les titres et je me suis entraîné avec eux tous les jours, je me suis dit  « Je serai aussi capable d’en décrocher un l’année prochaine ». C’était un peu le moment ou jamais pour moi. Au fond de moi, je sais que je suis prêt à rouler en 450; c’était ma dernière course en 250 ce week-end. J’ai parié sur moi cette saison, ça passe ou ça casse, ce qui arrive arrive, arrive.

Je parie que beaucoup de gens t’ont dit de te contenter d’un top 14, mais ce n’est pas vraiment comme ça que tu roules. C’était difficile de rester dans ta zone ?

La semaine dernière, l’équipe a fait le calcul et ils m’ont dit : « Tu peux te contenter de rouloter et d’envoyer des whips en 14ème position si tu veux. » Mais il y a beaucoup de choses qui peuvent arriver d’ici à la course. Une chute à l’entraînement, ce serait quelque chose de stupide. Comme ce qui s’est passé ce samedi avec Jett Lawrence. On ne peut pas se contenter de rouloter et de s’attendre à ce que ça marche. J’ai gardé ça en tête toute la semaine, mais il faut passer les essais, puis la qualif, et ensuite on arrive enfin en finale. Mon mentor, Connor Fields, m’a aidé à me forger une bonne mentalité, il m’a aidé à devenir la personne que je suis aujourd’hui et m’a aidé à croire en moi.

En 49 ans de SX US, Christian Craig est le second pilote à décrocher un titre en catégorie 250 à plus de 30 ans

Quand tu regardes ta carrière, le nombre de fois que tu as déménagé, as-tu un jour pensé que tu finirais par te retrouver dans cette situation ?

L’année dernière, on a dû faire nos valises et déménager de la Californie à la Floride avec nos trois enfants. J’ai signé un contrat d’un an avec Star Racing, c’était stressant. On a déménagé en Floride avec un contrat d’un an. On était tous là à devoir transférer nos vies. On a déménagé là-bas, les enfants vont à l’école en Floride à plein temps maintenant. Ma famille croyait en moi, alors on l’a fait. Je savais que j’étais en mesure de me retrouver ici ce soir, et en y repensant maintenant, ça valait bien tout ce stress enduré.

Il y a eu beaucoup de pilotes dans ta situation. Des pilotes qui avaient la vitesse, le talent, les capacités, mais qui n’ont jamais réussis à rassembler toutes les pièces du puzzle pour décrocher un titre. C’est difficile de corriger ces faiblesses.

Oui, je pense qu’il faut être honnête avec soi-même. J’ai beaucoup de talent, mais j’ai aussi des faiblesses. Avec mon entraîneur, on a construit une piste uniquement faite de virages à la Goat Farm. On s’est dit « on va améliorer mes virages ». C’était une de mes faiblesses. Je ne remercierai jamais assez mon équipe. On s’aide à se construire et à s’améliorer les uns les autres. Je suis encore sans voix ! C’est un sentiment génial d’être champion, quelque chose que je vais chérir pour toujours.

Interview: Conférence de presse Salt Lake City

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