Gino Stefanni « le titre serait la cerise sur le gâteau; je n’ai rien à perdre. »

Gino Stefanni « le titre serait la cerise sur le gâteau; je n’ai rien à perdre. »

Après avoir fait ses gammes sur le cadet et le junior en même temps que des Ferrandis, Lacan, Aubin, Dercourt, Paturel, Stauder, Fiquenel & Co, Gino Stefanni a pris ses distances avec la compétition pendant 3 ans, faute de motivation et de moyens. Désormais âgé de 28 ans, le pilote originaire de Poitiers dans la Vienne joue les premiers rôles sur le championnat de France National 125; une position dans laquelle Gino ne pensait pas se retrouver après une ouverture de saison compliquée à Crisolles. Second du championnat – à un point d’Axel Bruhaux – Gino Stefanni compte bien tout donner sur la piste pour décrocher son tout premier titre national lors de la finale de Quinssaines. Micro.

Gino, durant tes plus jeunes années, tu as roulé sur le Cadet et le Junior. Tu retrouvais même un certain Dylan Ferrandis sur les courses en 2009, et tu terminais devant Nicolas Dercourt en 85. Qu’est-ce qui a fait que ton parcours dans le sport n’ait pas pris la même direction que certains des pilotes de l’époque ?

Dylan ferrandis, il a toujours été nettement plus fort que moi. Je me battais souvent avec Nicolas Dercourt sur le cadet et le junior. Il faut aussi dire que Nico était plus jeune que moi, lui était champion de France Minime cette année-là, mais quand il venait sur le cadet, c’était plus difficile pour lui car on était plus vieux. En ce qui concerne mon parcours je dirai qu’il me manquait un peu plus de moyens pour pouvoir mieux faire. Lors du cadet par exemple, je n’avais qu’une seule moto et elle était d’origine, avec seulement une ligne d’échappement, donc ce n’était pas facile de se battre devant mais j’ai quand même fait quelques top 5 et un podium cette année-là; ce n’était pas si mal. Au junior c’était un peu la même chose, j’avais une bonne vitesse mais beaucoup trop de soucis. Des crevaisons, un bouchon de radiateur qui se barre, un sélecteur perdu, j’ai tout connu. [rires]

Finalement, qu’est-ce qui t’a motivé à t’aligner sur le championnat de France 125, plutôt que sur un autre championnat ?

Il faut savoir qu’en sortant des saisons en junior j’avais perdu un peu de motivation pour la moto. Je ne travaillais pas encore et mon père avait du mal financièrement. Du coup, j’ai arrêté la moto en août 2013. Par la suite mon frère et mon cousin se sont lancés dedans – en 2015 – et j’allais les voir de temps en temps, petit à petit, ça m’a redonné l’envie d’en faire. Entre-temps j’avais signé un CDI, je gagnais ma vie, donc j’ai repris la moto en 2016 sur un 450. Je suis redescendu en 250 par la suite car la 450 m’arrachait les bras et je roulais dans ma ligue, puis j’ai fait quelques courses en national MX2. Et puis l’idée du national 125 nous est venue avec mon frère qui avait bien progressé à moto, on voulait de nouveau rouler en 2 temps et avec ce championnat de France qui était récent c’était l’occasion d’essayer, et aujourd’hui on le regrette absolument pas.

@Sebastien Petiot

Tu termines 6ème du championnat en 2019, et ce dernier est annulé en 2020. Ça ressemble à quoi, ton année 2020 finalement ?

J’étais dégoûté que le championnat soit annulé en 2020, on s’était entraîné comme des fous avec mon frère. On avait pris un abonnement à la salle et je n’avais jamais autant roulé de l’hiver que cette année-là, mais le covid et passé par là. Ensuite j’ai vu qu’il y avait 2 courses de National MX2 j’ai voulu m’y inscrire mais leur système d’engagement n’est pas le même qu’en 125 et c’était déjà complet. Du coup j’ai rangé la moto et j’ai repris tranquillement l’hiver dernier.

Après ta 8ème place sur l’ouverture à Crisolles, j’imagine que tu étais assez loin de t’imaginer arriver sur la dernière épreuve pour jouer le titre ? C’était quoi, les objectifs cette année ?

Cette année je partais pour un podium. En 2019 j’avais terminé 6eme en loupant une course, il ne me manquait pas grand-chose pour être dans le groupe de tête. Je savais qu’avec une bonne préparation hivernale, c’était jouable. Mais c’est vrai que je ne m’attendais pas à jouer le titre après Crisolles, surtout avec le niveau affiché par Nico Dercourt en début de saison.

Tu signes ta première victoire de manche, et de journée, à Plounérin. Une petite consécration ?

Oui. C’est vrai que j’étais vraiment heureux, et surpris en même temps, je n’avais plus d’embrayage avant même la fin du premier tour, donc je me suis dit qu’il fallait que je donne le maximum pour faire dans les 5, pour sauver les meubles. Je ne pensais pas que j’allais gagner la manche, et encore moins la journée en même temps.

@Sebastien Petiot

Après ta victoire de Plouérin, tu rempiles avec une seconde place à Basly, et une nouvelle victoire de manche. La confiance de la première victoire ?

Je ne sais pas, mais en tout cas les départs m’ont bien aidé à Basly; sur cette piste, c’était très difficile de doubler. Donc en faisant le holeshot en 2ème manche je savais que j’avais fait le plus dur, je voulais absolument gagner cette manche pour confirmer ma victoire de Plounérin et marquer le plus de points possible.

Si on désosse ta 125 Husqvarna, on trouvera quelles pièces, et quelle préparation dessus ?

Je n’ai pas de préparation moteur ou quoi que ce soit d’autre sur ma moto, on a juste mis quelques pièces, on m’a donné quelques réglages carburateur et gicleur pour que tout fonctionne au mieux. Sur la moto, j’ai une ligne HGS complète, une culasse VHM avec dôme 12°, un boîtier CDI VHM/GET et une boîte à clapet Boyesen.

Qui te soutien cette année ? Comment se compose ton programme ?

J’ai mon concessionnaire moto 16 à Angoulême qui fait ce qu’il peut pour m’aider, DGS suspensions qui m’aide également beaucoup, il me fait mes suspensions et m’a donné un coup de main pour bien régler ma moto car j’ai eu pas mal de soucis. Avant Basly je lui ai laissé ma moto pour qu’il me la révise comme il faut, elle en avait bien besoin. D’ailleurs ça s’est vu sur place; là-bas, ma moto marchait vraiment fort et ça m’a bien aidé à partir devant. 2F me donne un coup de main pour les tenues et un pote à moi m’a fait une peinture de casque. Concernant mon programme je fais deux footings par semaine avec mon frère, on se fait un parcours de 7km, on actionne le chrono et on essaye de mettre le moins de temps possible. Sinon, je fais de la moto tous les dimanches, parfois le samedi aussi pendant l’hiver, avant les courses.

@Sebastien Petiot

Complète ces phrases: Si je pouvais changer une chose au niveau du national 125, ce serait …

Si je ne peux changer qu’une seule chose, alors j’augmenterai les primes d’arrivées, je pense que les pilotes seraient tous contents [rires].

Le National 125, je le conseille aux pilotes qui …

Aiment le 2 temps déjà, et qui veulent venir se faire plaisir. Il y a un bon niveau, mais ça reste abordable et en plus, il y a vraiment une super ambiance dans ce championnat. Tout le monde discute avec tout le monde, c’est sans prise de tête, et en plus cette année on a été gâté avec de supers terrains.

Décrocher ce titre en National 125, ça représenterait quoi pour toi ?

Ça représenterait beaucoup pour moi. Déjà, ce serait un accomplissement personnel et ça récompenserait aussi mon père qui a vraiment fait tout ce qu’il a pu depuis que j’ai commencé la moto pour que j’aille le plus loin possible. Je ne serai jamais champion du monde, mais un titre national ce serait déjà très bien.

Tu te méfies plus d’Axel Bruhaux, ou de Victor Quiniou pour Quinssaines ?

Pas plus de l’un que de l’autre, ils roulent très bien tous les deux et je sais qu’ils seront durs à battre. Je vais me concentrer sur ma course, donner le maximum comme d’habitude et on fera les comptes à la fin. Quoi qu’il arrive cette saison est déjà une réussite pour moi, le titre serait la cerise sur le gâteau; je n’ai rien à perdre.

@Sebastien Petiot

On fait quoi pendant trois mois, pour préparer la finale ?

Je vais continuer à m’entraîner comme d’habitude, j’ai aussi quelques courses de ligues de prévues par chez moi et la coupe des régions qui est organisée chez nous à Cussac le 22 août. En 2019 on avait loupé la victoire d’un petit point, on a une bonne équipe cette année aussi; j’aimerais vraiment qu’on gagne à domicile.

Ça ressemble à quoi, le quotidien de Gino Stefanni ?

Généralement je travaille de 7h a 15h; je fais du multiservice (espaces verts, débarras déménagements, bricolages…) du lundi au vendredi. Ensuite le mardi et le jeudi je fais des footings avec mon frère et puis le week-end c’est souvent repos, détente le samedi, et moto le dimanche. Ça m’arrive d’aller boire une bière ou deux de temps en temps aussi la semaine ou le week-end. Voire même les 2 ! Il faut bien décompresser de temps en temps [rires].

Un championnat EMX 125 + 18 ans à la place du championnat EMX2T qui s’essouffle, 1: est-ce que ça cartonnerait et 2: est-ce que tu le ferais ?

Personnellement, je ne sais pas si ça cartonnerait car il y a déjà un championnat d’Europe 125 pour les jeunes, donc peut-être que ce serait répétitif de voir 2 catégories 125; surtout si elles roulent le même week-end. Mais si je pouvais le faire, c’est sûr que j’essaierais de participer à quelques courses, mais je ne pourrais pas faire toutes les épreuves. Ce ne serait pas possible financièrement ou alors il faudrait que j’intègre une équipe, et avec le boulot, c’est compliqué.

Des remerciements à faire passer ?

Je voudrais remercier mon concessionnaire moto 16, David Gendron (DGS suspensions), 2F, Nicolas (E-motorsracing), mon pote Renaud Aubourg, Vincent et Jordan Sirot, mon père, mon grand-père et mon frère qui ont toujours été là pour moi. Ainsi que toutes personnes qui m’encouragent et qui croient en moi. Et un grand merci aussi à Dailymotocross de nous donner la parole et de médiatiser un peu nos championnats nationaux.

Médias