Interviews

Grégory Aranda « En 2020, je me voyais à devoir stopper ma carrière »

Du France, de l’Europe, du mondial, du Motocross, du Supercross, Gregory Aranda a tout fait, ou presque. Depuis 20 ans, Greg écume les paddocks et la motivation reste toujours intacte après toutes ces années. Véritable couteau Suisse, le Sudiste reste, saison après saison, un prétendant aux podiums et aux victoires en championnat de France. Les complications d’une blessure au pied auront presque eu raison de la carrière du garçon en 2020 mais – après une pause d’un an – ce dernier est revenu en selle avec l’équipe Tech 32 KTM. Du haut de ses 33 ans, Gregory Aranda n’a pas dit son dernier mot, loin de là; lisez plutôt.

Gregory, tu fais 5-3 à Lyon pour finir ce championnat SX Tour. Quel bilan on dresse de ce week-end et de la saison 2022 ?

C’était une très belle saison avec le team Tech 32, on a fait une belle année. Il y a quand même eu des hauts et des bas car j’avais quand même arrêté la moto en 2020 donc il a fallu se remettre dans le bain à l’Elite et sur le SX. J’ai signé de bons résultats et j’ai réussi a être vraiment en forme en fin d’été, j’ai réussi a titiller un peu Cédric [Soubeyras] et je me suis pété la main – les métacarpes – et je n’ai repris qu’une semaine et demie avant Stuttgart. De là, peu de roulage avant Paris parce qu’il fallait partir tôt. Dernièrement, il a beaucoup plu chez nous donc je n’ai pas beaucoup roulé non plus donc je suis à court physiquement. Pour en rajouter, j’ai été malade toute la semaine et c’est encore le cas ce week-end. Hier – vendredi – j’ai fait une belle journée avec la pole aux chronos et une victoire en demi-finale. En finale, je n’étais pas vraiment à l’aise. J’étais deux pendant toute la manche avant que Bourdon ne me double. J’ai tenté de le reprendre dans le dernier virage et je suis tombé donc je ne finis que 5ème; j’aurais pu sauver une cinquième place mais c’est comme ça [rires].

Aujourd’hui – samedi – je ne suis pas très bien parti, je me suis bien battu avec Thomas [Ramette] qui a mis du gros gaz et un très bon Julien Roussaly, qui était vraiment en forme. Il a bien progressé cette année et lors de la finale il était présent; c’était dur d’aller le chercher mais j’y suis parvenu pour aller chercher le podium et je suis content de terminer la saison de SX Tour sur ce dernier.

Le Supercross de Lyon, c’était à celui qui passerait le mieux dans les whoops pendant 25 tours ?

Ouai, c’était ça. C’était difficile dans les whoops mais c’était aussi à celui qui allait tenir physiquement et mentalement parce que faire des manches de 10 minutes avec des temps au tour de 22 secondes, c’est long et difficile mentalement. Il ne fallait pas faire d’erreurs, bien passer dans les whoops et bien partir. Comme on peut le voir aux chronos, on était 7 ou 8 pilotes à rouler dans la même seconde donc quand on se retrouve tous lors des manches, c’est compliqué de faire la différence.

Absent à Brienon cause blessure, Grégory Aranda n’était plus en mesure de jouer le podium final cette saison, mais le pilote Tech 32 KTM termine le championnat SX Tour avec une troisième place à Lyon le samedi

C’est quoi le secret de tes chronos. Une grosse superpole à Paris, encore de gros chronos à Lyon. Les chronos, tu les défonces à chaque fois, mais la course, ce n’est pas la même chose que les chronos pour toi.

C’est sur que la fin de saison était un peu difficile physiquement pour moi, j’ai repris la moto 15 jours avant Paris. La vitesse est là, je sais que je l’ai sur un tour mais c’est à moi de trouver des solutions pour appliquer ça sur plusieurs tours et l’intégralité d’une finale. Je vais bien bosser cet hiver. Je voulais me remettre dans le bain, refaire l’Elite, refaire les SX en essayant d’être présent sur toutes les courses sans trop me blesser. J’ai malheureusement été freiné par une petite blessure mais j’ai été présent pendant toute la saison, devant en MX, devant en SX. L’année prochaine, je vais mettre toutes les chances de mon côté pour rouler devant de nouveau.

Tu es l’un des anciens finalement de cette catégorie. Cette longévité, c’est quoi le secret ? Il y a 10 ans, tu étais déjà devant, et encore maintenant, tu te bats pour les victoires, pour les podiums, pour des titres.

Je pense que techniquement, on n’est pas trop mal avec des gars comme Soub, Ramette, Desprey, les gars qui roulent devant depuis des années. On arrive à tenir tête aux jeunes qui arrivent et on a aussi l’expérience. Maintenant, on peut voir des mecs comme Brayton qui ont 38/39 ans et qui mettent du très gros gaz à Paris. On n’a encore que 33 ans avec Soub donc je pense qu’il nous reste encore quelques belles années.

On va revenir sur ce gros break que tu as fais en 2020 après une blessure au pied. Un gars comme toi qui enchaîne les saisons, année après année, il a fait quoi pendant cette saison OFF finalement ?

C’était l’enfer car je ne pouvais même plus marcher. J’ai choppé un staphylocoque à l’hôpital suite à une opération et l’histoire a duré un an. J’ai été opéré trois fois et lors de la dernière opération, je suis resté près de 17 jours à l’hôpital pour tester des antibiotiques mais tous les jours, le staph’ revenait. Tant qu’on n’avait pas les bons antibios, ça me rongeait le pied.

Heureusement, au bout d’un moment, ils ont trouvé un antibiotique. Si ce n’est pas le cas, ils finissent par te couper le pied. Dans ma tête c’était vraiment dur. Du jour au lendemain, et après une petite opération, je me voyais à devoir stopper ma carrière. Pour moi, c’était fini c’est donc pour ça que j’ai récupéré le MC des Costières. J’arrivais à conduire les engins mais je ne pouvais pas marcher 500m, j’étais obligé d’avoir des béquilles tout le temps et tout ça, ça a duré un an.

Au bout d’un an, j’ai vu une chirurgienne sur Montpellier qui m’a dit « Ça fait un an, il ne devrait plus y avoir d’infection, si tu veux, on opère pour bloquer la cheville et tu n’auras plus de douleur ». J’ai décidé de tenter le coup et en fait, ça a fonctionné. Au bout de 6 mois je pouvais marcher correctement. Je me suis remis à rouler pour m’amuser au MC des Costières et quand des mecs qui mettaient du gaz venaient rouler, j’arrivais à rouler avec eux donc je me suis dit « pourquoi ne pas m’y remettre« .

J’ai été m’acheter une moto au magasin, CBO m’avait filé un coup de main à l’époque avec une Kawa. J’ai repris à Castelnau et de là, les gars de Tech 32 m’ont direct proposé de l’aide. Voilà comment c’est reparti pour moi.

Grégory Aranda n’est pas passé bien loin de mettre un terme à sa carrière en 2020, cause blessure

Avec ton expérience, tu dirais qu’en tant que pilote, on est mieux loti ou moins bien loti qu’il ya 8, ou 10 ans ?

Je pense qu’avec l’arrivée du mondial de Supercross, on est mieux loti. Après, on n’est plus dans les belles saisons de l’Elite où quand on était champion, on touchait un bon chèque. Là, il n’y a plus rien, t’es un peu payé sur les courses mais ce n’est pas super si tu ne roules pas dans les 3 – voire dans les 5 – en Supercross. Avec le Covid, ça avait été compliqué car il y avait moins de courses. Cette année, JLFO a fait le job en organisant des courses, il y a eu des SX et des cross inter’, tout le monde a vraiment joué le jeu et pour nous pilotes, c’était le top de pouvoir refaire des courses toute l’année.

Après, c’est différent d’il y a 10 ans. On a connu des périodes avec des championnats d’Europe de Supercross, on était vraiment bien payé. D’autres périodes pendant lesquelles on était vraiment bien payé sur l’Elite, les choses changent. Maintenant, ce World SX arrive et je pense qu’il y a des choses à faire. Les jeunes devraient se mettre au Supercross car si ce championnat perdure, je pense que c’est l’avenir.

Tu devais y participer, malheureusement il y a eu cette blessure. j’imagine que c’était frustrant de le regarder depuis ton canapé. Tu en as pensé quoi, en tant que pilote ? Les gens derrière leur TV ont trouvé ça un peu fade alors que sur place, tout le monde s’accordait pour dire que c’était la folie.

Déjà, j’étais vraiment content que Bud Racing me propose d’y participer. Refaire une aventure avec eux, c’était top pour moi et j’étais très motivé mais j’ai contracté cette blessure; c’est la vie.

J’ai suivi ça sur l’ordinateur et j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de temps d’arrêt mais le format était assez sympa, il y avait beaucoup de bagarres. Ils essayent des choses et c’est du positif. Par la suite, en discutant avec ceux qui étaient sur place, ils disaient tous que c’était un truc de fou que ce soit au niveau de l’organisation pour les teams, pour les pilotes, tout a été top. Tu ne peux pas arriver et poser un championnat parfait d’entrée de jeu; il va falloir que ça se mette en route et je pense que l’an prochain, ce sera le top.

On s’attend à un changement de couleurs pour 2023, Gregory s’engagera sur le WSX, l’Elite et les SX Français, « Stay Tuned »

2023, on peut en parler ? J’ai entendu certaines choses…

On en parlera bientôt [rires]. On peut parler du programme, je ferais l’Elite, tous les SX en France et le World Supercross. Normalement, les gens en sauront plus dans la semaine. (édit: Grégory Aranda a signé chez GSM Yamaha)

Une dernière pour la route. J’ai fait un article avec ton collègue Julien Lebeau, il racontait la soirée où vous étiez ronds en Allemagne pour fêter le titre. Toi, tu as roulé un peu partout, tu dois avoir un paquet d’histoires à raconter, tu en as une qui te vient en tête ?

Je pense que cette histoire n’était pas mal quand même, on la ressort souvent [rires]. C’était fou, on était en Allemagne et on avait gagné les deux premiers soirs, du coup, on était déjà champion avant la dernière soirée. On s’est regardé et on s’est dit « On fait la fête ? ». Le truc, c’est qu’en Allemagne, ça roule aussi le dimanche pour gagner la voiture et le général de l’épreuve. Comme Julien l’a dit, on s’est couché à 6h, moi j’ai dormi sur la table, on est arrivé décalqué et on a dû rouler le dimanche matin. L’anecdote était pas mal, j’en ai un paquet des anecdotes avec mon mécanicien Titor qui est un peu foufou aussi. Je pourrais en raconter toute la soirée des histoires. On passe de bons moments, c’est cool. Comme le disait Julien, ça arrive une fois. Ça a marché dans l’euphorie du moment mais ça ne marche pas à tous les coups. Faire ça aujourd’hui, c’est mort car tout le monde s’entraîne vraiment dur et si tu fais la même chose, tu ne pourras plus rivaliser. Entrainez-vous correctement, et soyez assidus !

Grégory Aranda « En 2020, je me voyais à devoir stopper ma carrière »
Retour
error: Nope !