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Yannis Irsuti « J’ai essayé de les intimider aussi, mais juste sur la piste »

Le nouveau champion de France de Supercross – catégorie 250 – se nomme Yannis Irsuti. Voilà déjà 5 ans que le pilote Français décrochait son dernier sacre sur le SX Tour, en 2017. Par la suite, de grosses blessures auront écarté Yannis des terrains et, en 2021, ce dernier n’est pas passé bien loin de tirer un trait sur les compétitions. De retour en piste cette saison avec un programme privé, le garçon a tenu tête aux plus grosses structures du championnat. Décrochant 3 victoires lors des 4 dernières finales disputées, Yannis Irsuti s’est adjugé le titre de champion de France de Supercross malgré la pression appliquée par ses adversaires. La rage de vaincre. Micro.

Yannis, est-ce qu’on peut parler de l’une des plus belles soirées de ta vie aujourd’hui ?

Ouai, je pense. J’ai vécu des belles choses, notamment à Paris. J’ai été champion de France d’une certaine manière en 2017, on s’était battu jusqu’au drapeau à damier avec Thomas Do. C’était un titre acquis au mérite sans vouloir m’envoyer des fleurs. Là, encore une fois, je suis très fier de moi. Je n’ai jamais douté de moi ni de mes capacités mais il fallait aussi être lucide et avoir les yeux en face des trous.

C’était compliqué cette année, une année de découverte pour moi, pas une découverte de la catégorie, de la moto ou de la discipline mais plutôt une découverte car je bosse toute la semaine à côté de ça. C’était très compliqué de gérer vie professionnelle, vie privée et la carrière moto. J’ai encore galéré tout ce week-end, on s’est aperçu que j’avais crevé à une heure de la finale et je n’avais plus de chambre à air, j’ai fait des choses un peu tirées par les cheveux dont un changement de marque en pleine saison. Ça ne m’a pas aidé sur le moment car ça m’a rajouté des difficultés au quotidien mais par la suite, ça m’a été utile.

Vu ta situation cette année, c’est un titre « à l’arrachée ? »

Non, je ne dirais pas à l’arrachée. À l’arrachée, c’était ma victoire à Paris. Je touche Thomas Do le premier soir et là, c’était à celui qui courait le plus vite pour repartir et passer le drapeau à damier devant l’autre. Là, j’ai simplement fait ce qu’il fallait faire; la course parfaite, le holeshot, imprimer mon rythme sans me laisser déstabiliser. J’ai été solide jusqu’à la fin. Il n’y avait que ça à faire.

Yannis Irsuti a été impérial à Lyon

C’est quoi la première chose qui te vient en tête quand tu franchis cette ligne d’arrivée ce soir ?

Il y a tellement de choses que c’est difficile de te sortir la première pensée. C’est comme s’il y avait une bombe qui explosait, c’est une consécration, la fin de tout un stress accumulé pendant les jours précédents la course. On a essayé de me déstabiliser jusqu’aux tribunes. C’est le jeu, le sport, c’est comme ça quand il y a de l’enjeu même si pour moi, il n’y en a pas énormément en fin de compte parce que lundi, je retourne au boulot … Il y a eu de la fierté, tout le monde voulait être le plus fort et du coup, tout le monde essayait de s’intimider comme il le pouvait. Moi, j’ai essayé de les intimider aussi, mais juste sur la piste en leur montrant qui j’étais et en roulant du mieux que je pouvais. Je ne suis pas rentré dans leur jeu.

Le champion de France SX2 2022 bosse donc 40 heures semaines ? Un exemple de persévérance ?

39* [rires]. De l’extérieur, ce sera aux gens de mettre des mots là-dessus. J’ai bien failli arrêter la moto. À cette même période l’an dernier je sautais sur une rampe, je faisais des whips avec mes potes et des réels sur Instagram. J’ai eu des opportunités qui se sont présentées pour cette année et je me suis dit ‘Go’. Je n’avais pas de raisons de refuser. Je n’ai qu’une vie, j’ai 28 ans, je suis un peu amoché car j’ai de grosses séquelles au niveau des cervicales, du dos, des hanches car je me suis déboîté le fémur. Lors de ma dernière blessure, j’ai eu 10 fractures d’un coup donc ça a été compliqué. Je suis passé par du fauteuil roulant, j’ai été alité pendant 3 semaines. Oui, j’ai de la persévérance, mais j’ai aussi un caractère qui fait que quand j’ai décidé de faire quelque chose, je suis une vraie tête de con et je fais tout pour aller jusqu’au bout.

Dans le dernier tour de cette finale, tu célébrais déjà. Je me suis vraiment demandé « Yannis, tu fais quoi là ?! »

C’était plus fort que moi. Je voyais le chrono, que j’avais repris une longueur d’avance, je savais que c’était fait. C’était vraiment plus fort que moi. Je sais que ce n’est pas quelque chose à faire, je sais qu’il faut rester lucide, qu’il ne faut pas se laisser envahir par l’émotion mais c’était vraiment plus fort que moi.

Face a l’adversité, le garçon n’a pas cédé le moindre terrain au Palais des Sports de Gerland

Après Paris, tu m’avais dit que tu espérais que ta performance t’ouvrirait des portes. Deux soirées parfaites à Lyon, un titre de champion de France, on espère encore plus ?

Franchement, je n’espère rien. C’est peut-être triste de dire ça de la part d’un récent champion de France mais je n’espère rien. Je n’ai rien à prouver à personne, que des choses à me prouver à moi-même. J’ai eu des petites discussions mais qui n’ont pas été plus approfondies que ça. Le fait d’avoir un boulot, si tu veux ça m’empêche certaines choses, comme répondre au téléphone quand il sonne par exemple. Je ne peux pas toujours aller au bout des choses, je peux aussi passer à côté de certaines choses à cause de ça. J’ai un petit cercle autour de moi, c’est familial et je suis très bien comme ça. Je n’ai pas besoin de grand-chose.

Les semi-remorques, j’ai connu, et quand j’ouvrais un tiroir, je trouvais plus souvent des bouteilles d’alcool que des embrayages. Aujourd’hui, je manque d’un peu de choses mais je fais les choses comme je veux. Si je veux acheter un pneu d’une marque X, je le fais. Je n’ai pas trop de contraintes si ce n’est la limite financière. Je ne peux pas te dire que demain je vais rouler pour tel ou tel team; de toute façon il n’y en a pas 50 sur le SX Tour. J’ai été en contact avec tous par le passé, je me suis parfois grillé des ailes en faisant des erreurs de choix, de procédures, de jeunesses. Aujourd’hui, j’ai envie de rester sur la Kawasaki qui me va super bien grâce au développement fait par Reptil Racing. Si quelqu’un m’apporte un budget et me dit « Yannis, tu fais tout comme tu veux, avec qui tu veux » là je te dirais que je roule pour quelqu’un mais sinon, je pense que je continuerais comme ça.

Dans ton discours – et je ne sais pas si le terme sera correct – j’ai l’impression de te sentir un peu désabusé du milieu ?

Est-ce que le mot est un peu fort ? Peut-être. Sans vouloir me la raconter car ce n’est pas l’image que je veux refléter, étant quelqu’un de terre à terre et conscient, je pense vraiment être quelqu’un de lucide. Aujourd’hui j’ai eu des mots forts sur le podium quand j’ai dit « Il y a les hommes, et les autres ». Ça en a choqué plus d’un et j’ai eu une discussion avec un autre pilote qui s’est senti visé. Je lui ai dit qu’il n’était pas concerné. S’il savait tout ce qui s’est passé pour moi depuis Paris, tous les bâtons dans les roues qu’on m’a mis, les tests d’essence, me dire de partout que je roulais avec un 280 ou avec un 300…

Les gars, je bosse 39h par semaine, je n’ai pas grand-chose si ce n’est deux embrayages dans ma caisse chez moi et basta. Je n’ai roulé qu’une fois depuis Paris. On m’envoie des screenshots de Lucas et Brice pour me montrer ce qu’ils font pendant la semaine mais je n’en ai rien à cirer. Ils ont roulé 5 fois, mois une. Je n’ai pas fait une seule heure de sport car je n’ai pas eu le temps, j’avais mon camping-car qui était en panne, des problèmes à régler. Je suis venu ce week-end, j’ai gagné, et je n’avais que ça à faire.

Véritable métronome dans les whoops, Yannis Irsuti a su faire la différence sur le petit tracé Lyonnais

Des remerciements ?

Je souhaite remercier tous mes partenaires, et tous ceux qui ont été là depuis le début. Que ce soit les teams chez qui je suis passé, les personnes qui ont été là pour moi même si elles ne le sont plus aujourd’hui. Merci aux personnes qui m’ont aidé à un moment dans ma carrière et merci également à tous mes sponsors, que ce soit Reptil Racing, mon concessionnaire Workshop à Nîmes, Fox, Shift, Provence Moto Casse qui m’emploie et me file un coup de main. Merci également à la ville de Berre-l’étang qui me soutient depuis que je suis gamin, merci à Motul également. J’espère n’oublier personne.

Yannis Irsuti « J’ai essayé de les intimider aussi, mais juste sur la piste »
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