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James Stewart « Il fallait gagner, tout le temps. Mais même gagner, ce n’était pas assez »

James Stewart était pour le moins ému à l’occasion de son speech d’introduction au Motorcycle Hall of Fame. Six ans après avoir mis un terme à sa carrière, James « Bubba » Stewart rejoint finalement les grands noms qui ont marqué le sport au sein du Hall of Fame de l’AMA. L’intéressé en a profité pour faire une rétrospective de sa carrière. Rétrospective dont les grandes lignes sont à retrouver ci-dessous.

À propos du soutien de sa famille.

Je repense à mes débuts, à mes parents qui rendaient le voisin complètement dingue à courir derrière moi dans le jardin. Enfant, j’étais différent des autres à l’école, ils m’embêtaient, je n’étais pas vraiment le garçon populaire, je n’étais pas le garçon qu’on choisissait pour l’équipe de football. Tout ce que je voulais, c’était faire de la moto. Si je réussissais si bien à l’école, c’était pour pouvoir faire de la moto. Mes notes étaient importantes pour ma mère, et elles sont devenues importantes pour moi sinon je me faisais botter le cul et je n’avais pas le droit de rouler.

Merci à mes parents, ils ont tout sacrifié pour moi, même si mon père prétend être le premier James Stewart, et m’avoir tout appris [rires]. Mon père était toujours là pour me pousser, pour me guider depuis le début et de toutes les choses que tu peux faire en tant que père dans la vie, c’est la meilleure. Ma famille a toujours été là et j’ai toujours voulu gagner pour eux, pour que mon père soit content. Ma maman était là aussi, c’était elle qui menait la barque, mon père pourra dire ce qu’il voudra mais elle faisait en sorte que tout roule. Désormais, et puisque je ne roule plus, ce qu’il me reste, c’est mettre Youtube pour montrer à mes enfants ce que je faisais à l’époque. À un moment, il y a une vidéo de moi sur une PW50 qui s’est lancée, il y avait ma mère à mes côtés; ça m’a fait quelque chose de voir ça. Je ne sais pas où je serais sans eux, mais certainement pas ici aujourd’hui. J’ai rencontré beaucoup de gens lors de mes voyages, mais mes parents à moi, ils ont toujours été présents. Dans les bons moments, lors des victoires, dans les mauvais moments, lors des blessures. Même après toutes ces années, ils sont encore là.

À propos de son frère, Malcolm Stewart.

En grandissant, mes parents étaient présents pour m’aider à suivre mes rêves. Ils étaient au moins autant impliqués avec Malcolm qu’avec moi, ce n’était pas le problème. Le problème, c’était plus le sentiment que les gens de l’extérieur avaient à propos de la situation. En grandissant à son tour, Malcolm était « le petit frère de James » et pour vous dire la vérité, l’un des moments où j’ai été le plus fier de toute ma carrière, c’est quand il a gagné le titre en 2016, car ce n’était plus simplement le petit frère de James. Il est devenu une personne a part entière et il continue de l’être aujourd’hui. À chaque fois qu’il gagnait, on lui disait que c’était arrivé sur un plateau d’argent, qu’il avait le meilleur équipement grâce à moi et je suis fier qu’il soit parvenu à devenir une personne à part entière.

À propos de son entrée au Hall of Fame.

Maintenant, je peux vraiment apprécier, et tenter de réellement comprendre ce que j’ai accompli dans le sport. Mettre des mots dessus, c’est difficile. Il y a quelques années, je me suis dit que ce moment allait arriver, je me disais « Okay, cool ». Au point où j’en suis dans ma vie, je me rends compte que ça représente bien plus pour moi. C’est difficile à expliquer mais ça me rend fier. Je pense que ça vient du fait que je suis désormais papa. On dit toujours qu’on veut montrer aux jeunes comment faire les choses, comment les changer aussi, comment se créer des opportunités, comment rester optimiste. En tant que père de famille, je leur dis qu’ils peuvent réaliser tout et n’importe quoi mais ils ne comprennent pas encore ce concept. Tu essayes de les récompenser quand ils ramènent une bonne note, tu essayes de leur expliquer pourquoi il faut sortir les poubelles – bien qu’ils aient du mal à comprendre à quoi ça serve [rires] – alors être en mesure de venir ici et partager avec eux tout ce que j’ai pu accomplir au fil de ma carrière, je dirais que c’est vraiment la meilleure partie de cette nomination pour le Hall of Fame. C’est l’aboutissement de ma carrière. Être en mesure de partager ça avec tout le monde aujourd’hui, c’est comme gagner un championnat.

À propos de ses succès chez les amateurs, et de sa préparation au succès chez les professionnels.

Dès mon plus jeune âge, j’ai beaucoup gagné, vraiment beaucoup de courses. Je me dois de remercier mes parents car ils m’ont protégé dans un sens. Ils ont tout fait pour que je reste concentré, sans vraiment qu’ils me laissent savoir que j’étais vraiment très bon; on en voulait toujours plus. J’ai beau avoir beaucoup gagné, j’ai toujours eu le sentiment de n’avoir jamais assez gagné. J’étais tout le temps nerveux, à chaque course. Je me souviens que la veille des courses, je détestais ça, je me demandais toujours pourquoi je faisais ça, je me disais que je ne voulais plus faire ça ! Chez les amateurs, quand j’avais 12 ans, mon père me mettait dans la catégorie des 14/15 ans, je courrais toujours après quelque chose. Dans mon esprit, il fallait gagner, tout le temps. Mais même gagner, ce n’était pas assez. Toute ma carrière, toute ma vie, j’ai pourchassé quelque chose sans vraiment savoir ce que c’était. Finalement, ce n’était pas des victoires, car j’en ai gagné, ce n’était pas de l’argent, car j’en ai gagné aussi. Pourtant, j’avais ce sentiment de toujours courir après quelque chose. Ici, j’ai finalement compris ce après quoi je courais depuis tout ce temps. Ce n’est pas simplement d’être intégré au Hall of Fame, c’est surtout de pouvoir me retrouver avec tout le monde, et pouvoir les remercier pour tout ça. J’ai roulé pour que mon père me dise « beau travail, fiston », c’est ce qui représentait le plus pour moi: mes parents. Avoir mon père et ma famille présents ici, c’est la victoire finale. Désormais, il n’y a plus besoin de courir après quoi que ce soit, je ne peux pas viser plus haut que ça.

À propos de l’influence de son succès dans le sport sur sa façon d’être.

Tout ça, ça n’a jamais été pour la célébrité. Autant j’aimais gagner pour moi-même, mais j’aimais aussi gagner pour ma famille, pour les fans. J’ai arrêté de rouler depuis quelques années et à l’époque, il y avait toujours de l’excitation en voyant des sourires sur les visages des autres personnes. Gagner des championnats, je ne pense pas que ça m’ait changé.

À propos de la saison d’outdoor 2008, lors de laquelle il remportera toutes les manches disputées.

C’était un peu flou. J’avais commencé à travailler avec Aldon Baker fin 2007; j’avais enfin réussi à pousser Ricky vers la sortie, à le mettre hors-jeu [rires]. J’ai repris les choses en main avec Aldon Baker mais je me suis blessé au genou le jour de mon anniversaire et on n’a jamais eu l’occasion de défendre le titre en Supercross. Les ligaments croisés, ça prenait 4 mois à guérir donc je n’ai roulé que 2 ou 3 semaines avant la saison d’outdoor. On s’est pointé à la première course, j’ai gagné les deux premières manches, puis les autres. Pourtant, ce n’était pas vraiment plaisant, il se passait énormément de choses et je n’ai pas vraiment eu le temps de penser à ce que je faisais. J’allais changer d’équipe à l’époque, de Kawasaki à Yamaha et je me demandais ce que les gens allaient penser, qu’est-ce qui allait mal tourner, donc je n’ai jamais vraiment pu profiter. Cette saison, on l’a dominée. Quand tu te pointes sur des courses en sachant que tu vas gagner, tu dois trouver d’autres choses pour te motiver; « Je veux gagner avec une minute d’avance ». C’est pourquoi je dis que je courrais toujours après quelque chose; il y avait toujours un nouvel objectif. Gagner comme ça, c’était spécial, oui, mais après avoir gagné, j’ai directement changé d’équipe. Il y avait une nouvelle moto, puis l’US Open, et la saison suivante démarrait déjà. Je me suis pointé, j’ai gagné, et on est passé à autre chose.

Le mot de la fin.

Si tu as un rêve, vis le. On m’avait dit que je n’étais pas à ma place, que j’étais différent, ce à quoi je répondais tout le temps qu’on était tous pareil une fois qu’on avait enfilé le casque. On m’avait dit que je n’y arriverais jamais. Il y a beaucoup de choses que je voudrais dire mais je vais terminer par ça: Les jeunes, profitez des gens autour de vous, profitez du moment présent, profitez de ce que vous aimez. Vivez vos rêves. Si je pouvais retourner 10 ans en arrière, je ferais en sorte de profiter de chaque instant, même les instants où je n’ai pas gagné. […]

James Stewart « Il fallait gagner, tout le temps. Mais même gagner, ce n’était pas assez »
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