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Jorge Prado « j’avais tout le temps peur d’aggraver la situation »

Images: Red Bull GasGas

Malgré sa troisième place finale au championnat, Jorge Prado n’a été que l’ombre de lui-même en cette fin de saison de mondial MXGP. Le pilote Espagnol de 21 ans – qui réalisait son troisième mandat en catégorie reine – est passé au travers de son année 2022 en dépit d’être le second pilote – derrière Gasjer – à avoir mené le plus de tours cette saison. Blessé à l’épaule à l’entraînement en début de saison, puis terrassé par des pépins de santé après l’Indonésie, l’officiel Red Bull GasGas n’a signé qu’un podium d’épreuve lors des six rounds disputés. Ce dernier se livre sur sa saison, ses blessures, et son avenir. Micro.

Jorge. À la mi-saison, tu t’es déboîté l’épaule. On pensait que ta saison était terminée mais moins de trois semaines plus tard, tu revenais en Sardaigne.

Quand je me suis blessé, j’ai eu deux options : la plus réaliste était de me faire opérer et d’en rester la pour la saison – il fallait au moins trois mois de repos parce qu’il s’agissait d’une luxation avec une fracture et un ligament déchiré – et l’autre option était d’essayer de rouler en espérant que mon épaule resterait en place si je ne chutais pas à nouveau et si je faisais une bonne rééducation. C’était un gros problème.

J’ai pris le risque. J’ai consulté un bon spécialiste et de bons médecins qui m’ont vraiment expliqué la situation face à laquelle je me retrouvais. C’est moi qui ai pris le risque. J’ai travaillé dur pour retrouver du mouvement et de la force dans l’épaule alors que je n’avais pas du tout de force et que c’était vraiment douloureux. C’est difficile à expliquer mais je ne sais vraiment pas comment j’ai pu rouler au Grand Prix de Sardaigne. Je doutais vraiment beaucoup. J’ai tenté ma chance et j’ai fait de mon mieux, grâce aussi à des gars formidables qui m’ont aidé à retrouver la forme pour pouvoir rouler à nouveau. J’ai fini par ne plus avoir mal… mais ça aura pris du temps. Je ne me sentais pas très bien lors de mon Grand Prix national en Espagne et j’avais tout le temps peur d’aggraver la situation. Je savais qu’une chute aggraverait les problèmes et j’y pensais trop pendant que je roulais. C’était la chose la plus difficile à gérer.

MXPG Turkey 2022, Afyon, Rider: Prado

Cette façon d’aborder la blessure est-elle une conséquence des deux dernières saisons avec tes fractures du fémur, de la clavicule en plus des pépins de santé ?

Oui, lorsque tu reviens d’une blessure et que tu n’es pas à 100%, tu penses inévitablement beaucoup plus à ta santé. Tu roules pour ne pas te blesser et tu vois plus de risques sur la piste à chaque tour : les autres pilotes, les trous au freinage, etc. Quand tu vois des risques, tu n’ouvres pas les gaz en grand et c’est difficile de rouler de cette façon-là. D’un autre côté, c’était un risque de continuer à rouler et de voir comment je m’en sortirais, mais ça n’a fait que s’améliorer pendant un moment.

Les fans n’ont pas vu le vrai Jorge Prado cette année…

Cette saison a été difficile pour moi, pour l’équipe et pour la marque. Tout le monde a fait de son mieux. Tout est nouveau aussi avec la moto et c’est très différent. Nous devons tous réapprendre. C’est difficile d’être à l’aise et compétitif mais c’est pourquoi nous travaillons aussi dur.

Ça nous aura pris un peu plus de temps cette année mais on devait passer par là. Il fallait trouver où on pouvait s’améliorer et où on savait qu’on avait fait des erreurs. Physiquement, je suis meilleur que l’année dernière et tout le package s’améliore. Je sais où je peux être et je sais à quel point je peux être bon – je l’ai montré à plusieurs reprises – mais je mesure les risques et nous développons toujours la moto pour pouvoir rouler devant. Ma blessure n’a pas aidé, mais les victoires me motivent vraiment.

Comment comparerais-tu cette saison 2022 par rapport à la saison 2021 ?

Ennuyeuse ! On parle du fait que je dois m’améliorer, mais je pense que tout le monde peut toujours s’améliorer. On pourrait rouler sur de meilleurs tracés, on ne devrait pas se retrouver sur des pistes où il n’y a qu’une seule ligne. Certaines pistes sont vraiment trop petites. Le tracé en Indonésie était une vraie piste : large, de grands virages, de la vitesse. C’était du vrai motocross, c’était juste dommage que la terre était trop caillouteuse et trop sèche; c’était trop poussiéreux. Si cette piste avait eu une meilleure surface, elle aurait sans doute été la meilleure piste du calendrier 2022.

On a besoin de plus de circuits comme celui-ci. On a besoin de pistes plus longues, où on peut doubler et vraiment se battre. Il y a aussi des circuits « à l’ancienne » comme Loket, avec des descentes et des virages naturels, et c’est top aussi. On a besoin d’un peu de tout, mais en même temps la préparation doit s’améliorer, et ils doivent s’assurer – avec les pilotes – qu’il y ait assez de place et de portions pour faire des dépassements. Ça rendrait les courses beaucoup plus intéressantes. Je sais que c’est difficile d’avoir autant de catégories chaque week-end sur les pistes … mais on ne peut pas faire grand-chose à ce sujet.

Le pilote Espagnol a fait partie des grévistes d’Ernée

Vous avez un délégué qui se charge de la sécurité maintenant en MXGP. Vos avis permettent-ils d’en faire plus ?

Il y des représentants maintenant et je pense que nous avons bien fait de bouger en France parce qu’on était solidaires et qu’on parlait d’une seule et même voix. Entre pilotes, on partage sur un groupe et c’est bien de pouvoir parler entre nous. C’est un sport très compétitif et c’est cool de parler, qu’il y ait du dialogue. Habituellement, ce n’est pas trop le cas le paddock. On peut aussi partager nos opinions sur la piste, parler l’arrosage, et le faire savoir aux délégués et c’est à eux de faire le nécessaire. Parfois, quand les pistes sont trop défoncées, elles sont aussi trop lentes, et trop ennuyeuses; on se retrouve sur une seule trace. Parfois, certains secteurs sont inondés… Il faut aussi faire attention aux appels et à la préparation des sauts. Pouvoir recommander des changements, c’est une bonne chose.

Le World Supercross arrive. Tu pourrais faire du SX toute l’année maintenant. Ça te tente ?

C’est intéressant, c’est différent. Le Supercross, c’est peut-être plus facile pour les teams. Il y a beaucoup de choses positives au sujet du SX, j’ai besoin d’y réfléchir. C’est une possibilité. J’aimerais vraiment décrocher un titre de champion du monde MXGP d’abord… et je n’ai jamais roulé sérieusement en supercross avec une 450, donc je ne sais pas ce que je vaudrais. Ce serait bien d’avoir l’opportunité d’essayer mais ce serait un grand changement en termes de préparation et il faudrait s’organiser différemment.

Jorge Prado a remporté 3 manches cette saison, toutes lors des 4 premiers GP disputés (sur 18), en 2022

Tu as les compétences pour suivre des expatriés comme Dylan Ferrandis, les frères Lawrence…

Pour être honnête, je ne pense pas que le niveau en 250 là-bas soit spécial. Je pense que Jett roule très bien, mais quand je roulais contre Hunter en GP, je ne le voyais jamais ! Il est monté sur un podium en Argentine. Il a fait mieux aux États-Unis mais, dans l’ensemble, je trouve qu’il est difficile de comparer. Une chose est sûre : le supercross, c’est très différent et il faut une bonne préparation et beaucoup de temps pour pouvoir en faire. Quand j’étais là-bas, j’ai vu à quel point il y avait une différence entre rouler en supercross à l’entraînement, et rouler en Supercross lors des courses. Les pistes en SX sont vraiment petites et il faut être capable de dépasser beaucoup de gars dans un espace vraiment restreint. En  réalité, sur certains GP, on peut avoir la même impression; mais c’est un sport bien différent.

Penses-tu avoir ce qu’il faut pour réussir en supercross ?

Il faudrait voir comment je me sens en SX, puis décider. En 2023, je participerai au mondial MXGP et je viserai le titre. À la mi-saison, je vais devoir commencer à penser à l’avenir et à la possibilité de rester ici ou de partir là-bas. Il y a aussi mon équipe… ça dépend de beaucoup de choses. Ma motivation actuelle est de gagner ici, en MXGP. Pour faire quelque chose de bien, il faut être vraiment motivé. Je sens que je peux m’améliorer encore plus en Europe et je n’ai pas roulé à 100% en MXGP ces derniers temps. Je ne veux pas quitter les grands prix sans avoir pu rouler comme je le voulais. J’ai besoin de mettre un coup de poing sur la table et si je veux partir, il faut voir à quel point j’en ai vraiment envie. Une chose est sûre : si tu es bon ici en Europe, tu peux également être bon aux USA.

Via Adam Wheeler

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