Pierre Goupillon “Décrocher ce titre Elite, ce serait une belle revanche”

Pierre Goupillon “Décrocher ce titre Elite, ce serait une belle revanche”

Problèmes mécaniques, blessures, irrégularité. Pierre Goupillon n’a pas eu la chance de son côté ces deux dernières saisons alors que le pilote Breton se lançait à l’assaut des titres Français et Européen en catégorie 250. Pour 2021, Pierre Goupillon a décidé de tourner le dos à l’Europe pour se relancer avec une structure familiale – WID Motorsports – en championnat de France, tout en s’alignant sur 6 grands prix. Première épreuve de mondial de la saison effectuée du côté de Maggiora ce weekend avec quelques points à la clef et de belles ambitions pour la suite de la saison. On a passé un petit coup de fil à Pierre pour prendre la température. Un garçon autant franc que revanchard, à qui on souhaite de trouver la régularité nécessaire pour aller chercher ce fameux titre en Elite MX2. Micro.

Salut Pierre, ça fait un bail. J’imagine que ton programme a bien changé ces derniers temps. Tu vis où désormais ?

Je suis revenu vivre en Bretagne, je suis le plus souvent à Brest. J’entraîne le petit Ilann Werlé qui roule en 85. Toutes les motos sont chez la famille Werlé, et de base, je suis de St Malo, donc ça m’évite de faire les aller-retour car c’est deux heures de trajet à chaque fois.

Dis moi, pourquoi avoir pris la décision de délaisser le championnat Européen alors que 2021 marque ta dernière année d’éligibilité ?

Déjà, je ne voulais pas refaire l’Europe car c’était ma dernière année d’éligibilité en 250, et tant qu’à faire, je voulais rouler sur le mondial MX2. L’Europe, ça me saoulait, je voulais vraiment faire une année de mondial pour voir. Des offres, j’en ai eu quelques-unes. L’équipe VRT KTM m’avait contacté pour faire l’Europe. C’est le seul bon team qui m’a contacté, après, ça ne valait pas le coup. Toutes les offres étaient pour refaire le championnat d’Europe, et franchement, ça ne me tentait pas du tout.

Finalement, la famille Werlé me finance pour faire 6 épreuves du mondial et tout le championnat de France Elite, c’est vraiment top.

Pourquoi avoir fait ce changement d’équipe aussi proche du début de saison ?

On était chez R2A Junior avec la famille Werlé; mais c’était déjà les Werlé qui me fournissaient tout. Ils me payaient les motos et les pièces. Le team R2A m’apportait juste les tenues, les casques et les lunettes; et un mécano aussi.

Tony Werlé, le père de la famille Werlé, fournissait également le camion, les tonnelles et toutes les motos au team R2A. Sauf que chez R2A, ils ont réclamé 8.000€ en plus, alors que Tony payait déjà tout.

En fait, tu étais déjà plus ou moins dans le team de la famille Werlé.

Exactement. Si Tony partait, je partais avec lui. Tony n’allait pas être la vache à lait non plus … Il a tout récupéré, camion, tonnelles, motos. On a juste changé les kit décos et basta; sans oublier qu’on pouvait compter sur l’aide de Bud Racing. Tout ça, c’était deux semaines avant l’ouverture de l’Elite.

Tu t’occupais déjà d’Ilann avant ça ?

Avant que je n’arrive dans le team WID Motorsports, le petit Ilann avait un entraîneur, mais qui l’a complètement délaissé en fin d’année dernière; il ne s’en occupait presque plus et c’est moi qui ai repris son entraînement. Je lui donne des conseils physiquement et sur la moto; moi ça me plaît, et ça arrange son père. On voit qu’il progresse et qu’il évolue dans le bon sens, c’est top.

Quand tu as des mecs qui essayent de te mettre des bâtons dans les roues, ça ne peut pas aller; il faut que tout le monde aille dans le même sens. C’est comme ça que ça marche.

On retrouvera Pierre sur 6 GP cette saison: Italie (Maggiora & Riola Sardo), Allemagne, France ,Espagne et Portugal – @dailymotocross.fr

Tu es encore jeune – 22 ans – mais tu as eu ton lot de blessures. Physiquement, c’est quelque chose qui laisse de traces aujourd’hui ?

Non. Depuis l’an dernier, je me suis vraiment bien remis. J’ai pris le temps de me faire enlever le clou que j’avais dans le fémur, et le temps de me faire opérer du ménisque qui me dérangeait énormément la saison passée. Mon genou se bloquait pendant les courses, c’était vraiment compliqué. J’ai pris le temps de me remettre sur pied et maintenant, je ne suis plus emmerdé par les problèmes physiques, il n’y a plus d’appréhension ni de gêne, c’est top.

Maggiora: tu pointes loin des points dans les premiers tours dans les deux manches, tu parviens à revenir à la 19ème et à la 21ème place. Tu tires quoi de cette seconde expérience de GP de carrière ?

En première manche, je pars dans les 10 dans le premier virage. Gros bouchon dans le second virage, les mecs se bloquent et je cale. Je repars avant-dernier. La moto déconnait un peu en première manche, elle faisait des gros trous quand j’étais en l’air sur les sauts, elle coupait complètement. J’ai fait 30 minutes en serrant les fesses; ça l’a fait, mais bon; c’était chaud (rires).

En plus à Maggiora …

Que des sauts !

En deuxième manche je fais un bon départ, j’étais dans le top 15 dans le second tour et je chute tout seul dans une partie glissante. Je me suis bien explosé par terre avant de repartir dernier, avec Ruben Fernandez et Thibault Benistant. Je remonte avec eux jusqu’à la 21ème place. Ce n’était pas trop mal.

Un bon bilan ?

C’est sur. Il faut aussi savoir que ma moto elle est stock, d’origine. Il n’y a rien comme préparation. J’ai juste les suspensions préparées par Patrice Adams ; un kit Öhlins à l’avant, et l’amortisseur d’origine modifié. Sinon, la moto, c’est l’édition Troy Lee Designs qui sort avec le silencieux Akrapovic, les beaux tés de fourche, et les belles jantes, c’est tout (rires).

Tu avais roulé avec les motos de chez Assomotor, Bud Racing … Finalement, c’est comparable ?

En fait, on va dire que la KTM est au-dessus quand même … Ça n’a rien à voir. La KTM a de la force partout, c’est un truc de fou.

Tu n’avais pas des motos d’origine chez Assomotor et Bud Racing quand même ?

Chez Assomotor Honda si, j’avais un moteur d’origine car je n’arrivais pas à rouler avec le moteur préparé. Chez Bud Racing, il y avait quelques pièces mais ce n’était pas la folie non plus.

Une dernière saison en EMX250 en 2020 avec Bud Racing Kawasaki – @Dailymotocross

Tu comprends pourquoi tous les privés ou les petites structures roulent KTM du coup.

C’est clair. Il n’y a rien à faire dessus … Tu la sors du concessionnaire, tu mets des bonnes jantes, des bonnes suspensions et tu peux rouler direct.

Avec une petite structure familiale comme la tienne, et une bonne moto, tu penses pouvoir aller jouer du top 15 en mondial ?

Oui, c’est sur. On va refaire des épreuves de mondial. Si je fais de bons départs et que j’arrive à rester dans le bon paquet, il y aura moyen d’accrocher le top 10. Je vais rouler sur les GP d’Italie (Sardaigne), Espagne, Portugal, Allemagne et France. Les grands prix limitrophes, et les beaux circuits.

C’est quoi, la suite pour toi dans le sport ? Tu ne pourras plus rouler en 250 sur l’Europe ni le mondial MX2 la saison prochaine; je doute que le MXGP soit à ton programme, et je pense que l’EMX Open ne t’intéresse pas vraiment.

Je pense que l’an prochain, je resterais une année en 250 pour refaire l’Elite, mais on ne sait pas encore. Il y aura probablement du Supercross aussi et pourquoi ne pas faire des courses Internationales où il y a un peu d’argent à prendre. Pour le Supercross, je n’en ai jamais fait en compétition, seulement en entraînement. L’idée, ce serait de faire le SX Tour mais il va falloir bien se préparer, je n’ai pas envie d’y aller à l’arrache. Je vais également rouler un peu en 450 pour m’entraîner, pour prendre du coffre, et je ferais sans doutes quelques internationaux où il y a un peu de monde; mais je roulerais le plus souvent en 250.

Par la suite, je pense que je passerais mes diplômes pour ouvrir mon école de pilotage ou encadrer des jeunes, quelque chose comme ça. M’occuper des jeunes, ça me plairait vraiment bien.

Malgré ton potentiel, tu n’as pas encore décroché de titre majeur. L’Elite, ce n’est pas un titre Européen, mais le décrocher cette année, ce serait une consécration, voir une revanche ?

C’est clair. Décrocher ce titre en Elite MX2, ce serait une belle revanche on va dire. Repartir d’un petit team familial avec un petit budget, une moto stock, ça ferait fermer la gueule aux gens qui me voyaient finis. Ce serait prendre ma revanche.

Au coude à coude avec René Hofer à Ernée – @Dailymotocross

Revenons sur Ernée et la présence des pilotes de GP. Deux manches contrastées; un premier départ très loin, et un départ devant. Satisfait de ton weekend d’ouverture sur l’Elite ?

En première manche, je ne pars pas trop mal, mais dans le premier tour, je me fais balayer la roue avant par Quentin Prugnières et je tombe. Je repars dans les 30 pour remonter 11ème avec une bonne vitesse et une belle attaque sur un terrain qui n’était pas évident. J’ai fait une bonne deuxième manche, j’ai géré en fin de course car je ne voulais pas m’exciter. J’étais 6ème, Tom Guyon m’a redoublé, je ne voulais pas trop m’enflammer et me foutre au tas, je voulais assurer, et je pense que ça a payé au final. Une bonne ouverture de championnat de France Elite vu le plateau qu’il y avait.

Pour Rauville, remonté à bloc ? Sur le papier, c’est pour toi.

Sur le papier oui, mais il ne faut pas s’énerver. Il faut rester concentré et faire comme j’ai fait sur la première épreuve. Faire de bonnes courses, rester sur ses roues, et c’est la régularité qui va payer.

La régularité, ça a toujours été le gros du problème. Qu’est-ce qui a causé cette irrégularité ?

La précipitation, vouloir aller trop vite, ne pas assez prendre son temps. J’avais largement le temps de doubler les mecs, mais je voulais faire trop bien, et trop vite, et du coup, je me mettais la tronche par terre à chaque fois (rires). Je pense qu’il y avait un manque de maturité. À trop vouloir en mettre trop tôt – alors que ça ne servait à rien – je partais à la faute. Maintenant, je m’applique plus sur mon pilotage, et c’est ce qui paye le plus. Je m’économise plus, et j’arrive à rouler avec ma tête. Mais pour l’instant, sur toutes les épreuves de cette saison, ça s’est bien passé.

Red Sand – 2018, ton meilleur souvenir, vrai ou faux ?

Vrai; gagner l’Europe et entendre une Marseillaise sur le podium, il n’y a pas mieux.

Tu t’es dit qu’à partir de là, ça allait décoller ?

Non, je ne me suis pas trop dit ça. Yves Demaria était mon entraîneur à l’époque, et direct, il est venu me voir pour me dire que c’était très loin d’être fini et que je devais me détendre, que ce n’était que la première épreuve. Je ne me suis pas excité, je suis resté calme, mais les galères ont commencé avec un problème mécanique à l’épreuve suivante au Portugal. Je perdais direct’ la plaque rouge, le bordel commençait déjà… C’était une saison compliquée même si j’ai réussi à refaire 2 ou 3 podiums pendant la saison. Ce n’était pas trop mal, mais on préfère toujours gagner.

Blessé en 2019 et 2020, Pierre Goupillon peut compter sur le soutien de la famille Werlé et l’équipe WID Motorsports en 2021 – @dailymotocross

Quand on s’appelle Pierre Goupillon, qu’on a les capacités de rouler devant en Europe ou en Elite, on arrive à gagner sa vie ?

Tu ne gagnes pas ta vie à faire l’Elite et l’Europe. C’est la misère. Pour m’en sortir, je vais bosser de temps en temps avec mon père qui est négociant automobile, je vais chercher des véhicules à Paris, ou en Belgique et en retour, il me file un coup de main également. Tony Werlé m’a embauché cette année à mi-temps pour entraîner son fils. Heureusement que Tony est là parce que sinon, je n’aurais pas de salaire pour vivre.

Parfois, j’ai pensé à tout arrêter, et à aller chercher du boulot. Je me suis inscrit dans les boîtes d’interim pour trouver du travail. Pendant l’hiver il faut savoir qu’après mon opération, j’ai failli bosser à la poste. Il me fallait des sous, je ne pouvais rien faire, je pétais les plombs; c’était compliqué.

Par le passé, tu t’es battu avec des gars comme Geerts, Vialle, Van de Moosdijk, Renaux, Boisramé & compagnie. Vous avez tous eu des chemins différents. Avec le recul, qu’est-ce qu’il t’a manqué ?

Je pense que j’ai pris des mauvaises décisions au mauvais moment. Je pense que j’aurai dû rester chez Assomotor Honda en 2020 car ils m’avaient proposé un contrat après ma blessure de 2019. Quand je me suis blessé à cause de la moto – l’amortisseur avait explosé dans l’appel d’un saut sur l’Elite – ça m’avait gonflé et j’avais dit stop. Je pense que ça a été l’erreur que j’ai faite. Si j’étais resté, j’aurais eu un guidon en mondial MX2 en 2020.

Relever la limite d’âge en mondial MX2 ce serait une bonne chose selon toi ? Si tu n’es pas taillé pour la 450, après 23 ans, il n’y a plus grand-chose pour toi …

Ouai, ils devraient faire appliquer la même règle qu’aux USA. Tant que tu n’es pas champion ou que tu n’as pas marqué X points, tu peux rouler.

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