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Stéphane Dassé « C’est maintenant qu’il faut commencer à performer »

Illustration: Mediacross - Pascal Haudiquert

Patron de Bud Racing, team-manager de la structure du même nom, Stéphane Dassé concentre principalement ses efforts sur le championnat d’Europe 250 cette année, championnat sur lequel il fait évoluer Quentin Prugnières et Eddie Jay Wade. Rencontré à Maggiora, le boss du team 9MM Bud Racing Kawasaki dresse un bilan mitigé de cette première moitié de saison 2022 et ne cache pas en attendre plus de son petit protégé de longue date, Quentin Prugnières. Micro.

Stéphane, j’aimerais faire un récap’ du début de saison de Quentin avec toi; on en tire quel bilan ?

Pour moi, le début de saison n’est pas bon. Je connais le potentiel de Quentin et il ne roule pas à son niveau sur les courses, il fait beaucoup d’erreurs et se retrouve dans tous les mauvais coups, il fait des chutes aux départs, etc, etc …

Il semble avoir un mauvais karma en ce début de saison.

Pour moi, le karma, ça n’existe pas. Une fois de temps en temps, il peut se passer quelque chose mais pas aussi souvent. Je pense surtout qu’il fait de mauvaises analyses, qu’il ne prend pas les bonnes décisions en piste. C’est frustrant car au milieu des manches, on voit qu’il fait des temps chronos aussi rapides que les premiers. On sait que le potentiel est là, on voit qu’il roule bien, mais ça ne suffit pas.

7ème meilleur temps en première manche, 5ème meilleur temps en seconde manche, les résultats de Quentin à Maggiora (12-17) ne reflètent pas la vitesse du garçon en piste.

Il fait de grosses remontées lors des manches. Finalement, s’il partait devant, il finirait devant.

C’est ce qu’on s’est dit aussi mais là, les courses s’enchaînent et on arrive bientôt à la mi-saison. C’est maintenant qu’il faut commencer à performer. L’an dernier, c’était une année pour apprendre le 250 pour Quentin, cette année, c’est l’année pour commencer à performer. On en attend un peu plus de lui et j’espère que les résultats vont arriver vite. Parfois, Quentin part bien, mais en manches il n’analyse pas assez, il reste parfois trop focalisé sur des petites choses, il ne cherche pas assez, il n’a pas l’esprit assez ouvert pour innover pendant les manches et trouver des solutions. Aux départs cette saison, on le voit dans tous les mauvais coups. Ce week-end, il chute deux fois lors du départ, au bout d’un moment, il faut trouver le trou de souris. Certains y arrivent, donc il n’y a pas de raison que Quentin n’y arrive pas également.

On fait beaucoup pour lui, tout ce qu’on peut, sur le plan technique on est bien, on a une bonne moto, une bonne équipe et Thierry Van Den Bosch fait tout ce qu’il peut, il bosse vraiment bien. À l’entraînement, Quentin est vaillant, sérieux, content de lui mais maintenant, il faut performer. Pendant les manches, il fait de bons chronos, de belles choses, mais en fin de journée, les résultats ne sont pas là.

Concernant Eddie Jay Wade. Il n’a pas été épargné par les blessures la saison passée et j’imagine que c’était un pari de le signer pour cette saison. Pourquoi le choix s’est-il porté sur Eddie, finalement ?

En fait, les frères Coenen sont partis très tard dans la saison l’an dernier et il n’y avait pas beaucoup de pilotes sur le marché pour faire l’Europe 250. On en a discuté avec Kawasaki, Eddie a du potentiel, il est encore jeune, il a réussi à faire de bons résultats au niveau international bien qu’il se soit beaucoup blessé ces deux dernières saisons; du coup, on ne le voyait plus, et il n’avait pas fait grand-chose depuis en terme de résultats. C’était un coup de poker mais de toute façon, on n’avait pas beaucoup d’autres choix non plus. Quand il est arrivé dans l’équipe, il était vraiment loin d’être au point physiquement mais comme Quentin, il est dans un bon état d’esprit, il travaille bien. Il est en train de monter en puissance, la preuve, il signe le deuxième temps chrono lors des qualifications ce week-end.

Gravement blessé à l’intersaison 2020/2021, Eddie Jay Wade monte en puissance depuis qu’il a retrouvé les compétitions. Eddie était en forme à Maggiora: second des chronos qualificatifs, le pilote 9MM Bud Racing Kawasaki termine 6ème en seconde manche, après avoir chuté en première manche (13e) alors qu’il occupait une place aux portes du top 5.

En première manche, il roulait super bien avant de chuter et de perdre beaucoup de temps. Il termine 12ème en roulant plus vite que les premiers. Il était remonté en septième place en étant vraiment bien et en signant de bons chronos. En deuxième manche, il est bien parti, troisième, comme quoi on peut faire de bons départs. Malheureusement, Eddie a été un peu trop prudent, il s’est cru sur une course de boue et roulait sur la réserve. Il termine 6ème de la seconde manche, ce qui n’est pas mal car c’est son meilleur résultat depuis longtemps. On sent qu’il commence à prendre de l’assurance même si la Sardaigne risque d’être un peu difficile pour lui; il n’est pas super à l’aise dans le sable. Il n’a vraiment attaqué le sable que depuis qu’il est chez nous, soit depuis 4 ou 5 mois, il progresse dans le sable mais ce n’est pas encore naturel pour lui. Par contre, Quentin, on espère qu’il va scorer en Sardaigne.

Dans le sable, les 250 2 temps vont avoir un avantage certain. On a vu un pilote comme Osterhagen battre Geerts et les meilleurs pilotes du moment dans le sable là-bas. Mais derrière ces garçons-là, un top 3, un top 5, c’est ce qu’on attend aujourd’hui.

Y a-t-il une volonté de Bud Racing de retourner prochainement sur l’Europe 125, ou sur le mondial MX2 ?

Pas dans l’immédiat. On le fera le jour où on aura un bon pilote sur l’Europe 250, qui sera prêt à performer en mondial. Aujourd’hui, ce n’est pas du tout une priorité pour l’équipe. On va déjà essayer de faire des podiums à l’Europe, d’être devant, de gagner des manches, d’avoir des pilotes qui performent. On va plutôt s’axer sur un programme Europe et Supercross à moyen terme que de chercher à revenir en grand prix. S’il faut, il y a d’autres structures Kawasaki – F&H, Dixon – donc les pilotes Kawasaki peuvent monter en MX2 chez eux. Nous, on s’axera sur la jeunesse, pour préparer les pilotes et le Supercross.

Romain Pape participera aux trois premières épreuves du championnat MX US avec l’aide précieuse de Bud Racing.

Un petit mot sur Romain Pape. Il sera aidé par Bud Racing pour son prochain périple aux USA. Sur quel soutien pourra-t-il compter ?

Romain est venu nous voir à Gueugnon pour nous en parler. Il roule avec des suspensions Bud Racing depuis des années, c’est un pilote qui roule avec nos produits depuis longtemps. C’est une très belle opportunité pour lui et nous, on a des facilités aux USA car on dispose d’une structure en Californie. Ça me fait plaisir de l’aider. Sur place, on va lui fournir un jeu de suspensions préparées, des échappements, des pièces de rechange, des roues, du matériel, une remorque, toute la structure pour qu’il puisse rouler là-bas sans avoir à galérer. On va l’aider sur le côté logistique. Ça me fait plaisir car c’est un pilote qui nous est fidèle, et la fidélité, je trouve ça important. Ça fait déjà longtemps que Romain roule avec nos produits au niveau National, on va l’aider là-bas et je serais également sur place à Pala pour lui filer le meilleur coup de main pour qu’il puisse être à l’aise et dans les meilleures conditions possibles.

Pour finir, et en tant que team-manager, penses-tu que ce report de points sur le championnat de France Elite soit toujours pertinent aujourd’hui ?

Si tout est cadré dès le départ, qu’on pose clairement les règles et que le système fonctionne; je trouve que c’est une bonne chose. S’il n’y avait pas de report de points, cela n’encouragerait pas les jeunes Français à faire le championnat d’Europe. Aujourd’hui, pour être en équipe de France, les jeunes sont obligés de faire le championnat d’Europe. Nous, on a des objectifs en France, on doit avoir des pilotes qui signent des résultats en France, on a des partenaires Français, donc si ce report de points n’existe plus, ça va freiner beaucoup de pilotes et de teams à aller sur les championnats Européens. C’est un peu spécial.

Le problème c’est qu’il n’y a presque aucun règlement sur ce fameux report de points, et vu que le calendrier à beaucoup changé et qu’on fait assez peu d’épreuves, je comprends que des pilotes qui font exclusivement le championnat de France trouvent ça anormal et désavantageux. Cependant, je trouve logique que des jeunes qui veulent tenter leur chance sur l’Europe et à l’international ne soient pas pénalisés non plus par cette envie de croissance. Aujourd’hui, grâce à ce système de report, tu peux faire un podium en championnat de France Elite tout en roulant sur l’Europe. Même si pour certain, ça ne paraîtra pas grand-chose, pour des sponsors, c’est important.

À la fin de l’année, les sponsors veulent des résultats, des podiums, et on ne va pas se cacher: il est plus facile de faire du podium en Elite qu’en Europe. Ce report, c’est une bonne chose pour encourager les jeunes à aller faire de l’Europe, mais il faut que tout soit proprement cadré dès le départ, que les règles soient établies et surtout, qu’on s’y tienne. Tous les ans, c’est le même problème, c’est au moment que le report de points doit être fait qu’on se pose les questions. On est tous un peu dans l’expectative pour cette année; quand ce n’est pas clairement établi dès le départ, ça finit par poser des problèmes.

Ce week-end, direction le sable de Riola Sardo pour le team 9mm Bud Racing Kawasaki

Stéphane Dassé « C’est maintenant qu’il faut commencer à performer »
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