Adam Jones (1/2) « À une période, on méritait une certaine reconnaissance … »

Adam Jones (1/2) « À une période, on méritait une certaine reconnaissance … »

Présent au centre de la scène du Freestyle mondial depuis plus de 20 ans et affichant un palmarès aussi long que le bras, Adam Jones a connu les heures de gloire de la discipline, et la lente descente aux oubliettes. Désormais âgé de 37 ans – et alors que le temps des médailles et des contests internationaux semble bien loin – Adam Jones n’a pas délaissé son activité de Freestyler pour autant; peut-être par nécessité, ou peut-être par choix … ou un peu des deux. Sport en véritable effervescence dans les années 2000, le Freestyle Motocross n’est – aujourd’hui – plus ce qu’il put être autrefois. Quoi de mieux qu’un athlète éprouvé pour refaire l’histoire, et répondre à la question qu’on se pose à demi-mot: Le FMX est-il sur le déclin ? Micro.

Adam, pour commencer, rafraîchis-nous la mémoire. C’est quoi, ton parcours dans le sport ? Il me semble que tu as commencé en Motocross pendant quelques années, et qu’une blessure t’a poussé à arrêter la compétition.

Quand j’étais gamin, j’ai commencé à faire de la compétition. Avec ma famille, on était vraiment à fond dedans ! Mon frère roulait aussi, et ma soeur venait toujours aux courses et finissait toujours par tomber amoureuse d’un pilote ou d’un autre [rires].

Ce n’est pas vraiment une blessure qui m’a fait arrêter la compétition. J’étais un pilote plutôt rapide dans une région avec des gars rapides, j’allais aux courses et j’étais capable de rouler avec les meilleurs pros locaux, mais dès que je suis passé dans la catégorie pro’, c’est comme si je m’étais transformé en chèvre, j’ai  commencé à tomber partout et à être vraiment mauvais. C’était vraiment décevant de passer du gamin qui gagnait beaucoup à celui qui finissait à peine les courses. Je suppose que je me suis découragé et pour la première fois depuis que j’étais jeune, je me suis retrouvé à ne plus rouler autant et surtout, à ne plus avoir l’envie de rouler.

Les débuts en FMX, après ça, se sont faits tout seul. J’ai toujours été un showman, le moment que je préférais quand je gagnais une course, c’était quand je faisais des figures sur le saut d’arriver pour célébrer. Du coup, j’étais plutôt doué pour faire des figures, et comme le FMX n’en était qu’à ses débuts, il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour rattraper mon retard. Mad Mike Jones m’a été d’une aide précieuse pour me faire participer aux gros shows. Il m’a emmené en Californie, il m’a montré tous les endroits où il fallait s’entraînner, il m’a aidé à commencer. J’ai eu un peu de chance, tout a fonctionné pour moi, et j’ai pu me faire une place dans le sport, et la conserver.

Au début des années 2000, et même encore aux alentours des années 2010, le FMX, c’était énorme. Beaucoup de shows, beaucoup de riders, beaucoup de médiatisation. On avait même un magazine papier en France. Que s’est-il passé pour que l’intérêt autour du FMX décline à ce point, si rapidement ?

C’est clair, c’était vraiment les années de gloire du FMX. On pouvait faire des shows toute l’année, ça payait bien, les sponsors venaient toujours nous aider à payer les factures, et les choses étaient faciles…. trop faciles je suppose.

Je pense que beaucoup de choses se sont passées pour qu’on en arrive là. Tu sais, principalement, je pense que beaucoup de gars (moi y compris) ont été trop suffisants. On n’a jamais eu trop besoin de se mettre en avant au début, on était en roue libre, l’argent était là, la vie était plutôt facile. Puis on a eu quelques X Games avec de mauvaises conditions, par exemple beaucoup de pluie, pas beaucoup de temps pour se faire au parcours, et ça a été un mauvais deal pour tout le monde. Le problème, c’est qu’au lieu d’être déterminés à faire notre travail à tout prix, on a dit « Regardez, il a plu une tonne, rien ne fonctionne, on rentre ». Avec le recul, on aurait dû rester sur place et aller jusqu’au bout, faire de notre mieux pour offrir le meilleur spectacle possible aux personnes qui nous avaient aidé à en faire une carrière.

C’était pareil sur le X Fighters. On voulait tous donner le meilleur de nous-mêmes à chaque fois, mais quand les conditions n’étaient pas idéales, je pense qu’on avait tendance à trop se plaindre. C’est difficile d’être un athlète de haut niveau dans un sport, et de savoir qu’on ne va pas pouvoir donne le meilleur de nous-même; mais dans le monde du business, il faut parfois faire avec et s’assurer que ceux qui investissent dans ton gagne-pain ne perdent pas trop d’argent.

Je pense  que les investissements n’ont pas été rentables à de trop nombreuses reprises pour les gens qui payaient les factures; et ils en ont eu marre d’investir autant là-dedans. De là, on se retrouve avec des shows où on tourne en rond avec 3 rampes. La façon la moins chère de faire du FMX, mais après quelques années, c’est devenu le truc le plus ennuyeux du monde. En perdant les énormes arènes et les parcours géants, on a perdu ce qu’était le FMX autrefois; on a perdu la possibilité de se différencier lors des runs, on a réduit les risques d’erreurs, on a perdu l’excitation, trop perdu. Ces nouveaux shows où on tourne en rond, ça enlève beaucoup de charme, et ça se résume à juste faire quelques figures, et rien d’autre. J’aime le FMX, mais même moi, je ne regarde pas ce genre d’évènement.

Selon toi, c’était quand, les meilleures années du FMX ?

Je pense que les meilleures années du FMX ont commencé en 2006 et se sont arrêtées en 2012, par là. Après quoi, les grands shows de FMX sur des gros parcours étaient rares et espacés. Le X fighters World Tour, qui était à mon avis la meilleure chose que le FMX ait jamais connu, s’est terminé en 2015 de tête ? Après 2012, on a dû avoir quelques bonnes années de FMX avec le X-Fighters, mais les X Games ne faisaient plus d’effort pour les parcours, donc ça commençait à perdre son charme.

De plus, je ne pense pas que le site d’Austin, au Texas, ait beaucoup aidé les X Games. Je me souviens d’y être allé et avoir pensé « Oh mec, je n’ai pas l’impression d’être aux X Games ». C’était … différent, on aurait dit qu’on avait perdu quelque chose en route, en organisant l’évènement dans un champ au milieu de nulle part.

En 2014, la partie FMX a également été annulé à Austin en raison de la météo. Une autre mauvaise décision à laquelle j’ai participé. Le vent a soufflé toute la journée, personne n’a pu rouler et ils ont voulu organiser les runs le soir même alors que personne ne se sentait à l’aise ou même prêt. Comme je l’ai déjà dit, avec le recul, on auraît dû faire ce show, faire ce qu’on pouvait, mais sur l’instant T, on ne pensait pas de cette façon. Le lendemain, c’était la tempête et ça a mis fin à nos chances de rouler complètement. Un nouveau show qui n’aidait pas la réputaiton du FMX.

Malheureusement, je pense que les plus beaux jours du FMX sont derrière nous. Je ne vois pas de retour en arrière possible vu où on en est aujourd’hui. Le FMX a perdu son individualité et sa créativité. Quand un show se déroule, les parcours ne sont pas attrayants et, dans la plupart des cas, il n’y a tout simplement plus rien d’excitant.

À ton avis, qu’est-ce qui pourrait faire revivre le FMX ?

Je sais que beaucoup de gens ont eu beaucoup de choses négatives à dire sur les X Games qui se sont tenus à Slayground cette année, mais je pense que c’était un pas dans la bonne direction. Je pense qu’un grand parcours peut rendre les runs intéressants et différents à nouveau; ça peut les rendre excitants. Ce qui doit changer, c’est qu’ils doivent inviter des gars qui sont capables de rider de tels parcours, et pas seulement des « one hit wonders » qui pensent qu’ils ont juste à se pointer et faire des double flip. Lorsque tu te pointes sur un grand parcours, tous tes meilleurs tricks passent à la trappe parce que ce n’est jamais exactement les mêmes conditions que celles avec lesquelles tu t’es entraîné à la maison; il faut repenser ses tricks, trouver ses lignes, son flow, et tout combiner, et c’est vraiment difficile; plus que d’envoyer une énorme figure sur une seule rampe.

J’aimerais voir de nouveaux talents émerger, mais je pense qu’on ne peut pas non plus les lancer dans le milieu sans les tester… ce qui est un autre problème du FMX, il n’y a pas de contest pour faire ses preuves. Si un investisseur était à nouveau prêt à investir dans le FMX, qu’il s’intéressait à faire revenir les grands parcours, à inviter des riders diversifiés et capables de rider de longs runs, je pense que ça pourrait faire revivre le sport. Malheureusement, poser 2 rampes qu’on envoie en cercle ne permettra jamais aux FMX de redevenir ce qu’il était. Peut-être que rien du tout ne peut le ramener à ce qu’il était à ce stade là, mais je sais que les grands parcours pourraient l’aider à se remettre dans la bonne direction. Enfin, je ne le sais pas, mais je le pense … [rires]

Dew tour, X Fighters, ces grands shows ont disparu depuis longtemps maintenant. Ça te manque ? Avant, les gens aimaient le Freestyle mais maintenant en Europe, c’est surtout des shows entre les courses…

Ces shows me manquent tellement. Je regarde souvent en arrière et je me rappelle combien j’ai pu prendre du plaisir à voyager dans le monde, être sur ces grands évènements, avec des passages à la télévision, l’affluence des sponsors, une vie à se faire plaisir, une vie facile … Ça me manque tellement. À un moment, l’image du FMX semblait changer, les gens nous considéraient comme des travailleurs acharnés, impliqués dans notre sport, on méritait une certaine reconnaissance.

Maintenant, on a régressé, et on est devenu une petite partie oubliée de la moto tout terrain ….

Est-il encore possible de bien vivre du FMX de nos jours ? À l’époque, tu devais te faire un paquet de billets verts …

Tu peux toujours gagner ta vie de façon satisfaisante dans le  FMX. Les gars qui travaillent dur et qui sont les piliers du sport aujourd’hui se font probablement encore beaucoup d’argent. Je n’ai aucune idée de combien on parle, mais j’imagine qu’avec le déclin du sport, leurs revenus sont probablement légèrement inférieurs à ce qu’on pouvait gagner pendant les années de gloire du FMX. Je parle de tout ça ouvertement parce que je ne suis pas arrogant, et que je n’ai plus d’argent de toute façon  – mon ex-femme m’a tout pris (rires). C’est plus pour donner une idée aux gens; dans les belles années, les meilleurs riders gagnaient environ 500.000$/an.

Les plus grands noms de la discipline gagnaient plus, c’est sûr, et les revenus diminuaient au fur et à mesure que l’on descendait dans le classement, mais c’était une belle vie. Pour moi, ce genre de salaire n’existe plus depuis longtemps, mais oui, il est encore possible de bien gagner ta vie en FMX si tu travailles dur, si tu es sympathique et si tu aides les gens qui t’aident en retour – les sponsors – bien sûr. Ce que je veux dire, c’est qu’il ne faut pas prendre l’argent et se faire la malle; les sponsors investissent en toi, alors fait de ton mieux pour t’assurer qu’ils sentent que leur investissement en vaut la peine et que tu peux continuer à gagner de l’argent dans ce sport.

Penses-tu qu’il y ait encore des progrès possibles en FMX ? Vous avez déjà repoussé toutes les limites. Frontflip, double backflips, 360, bike flip, body varial; il y a toutes les variations mais on dirait que ça devient de plus en plus difficile de repousser les figures encore plus loin. A-t-on tout vu du FMX ?

Je ne vois pas beaucoup de place pour le progrès. Sans changements majeurs dans les motos, les sauts et tout ce qui constitue notre sport, qu’est-ce qu’on peut bien faire d’autre ? Quand on voit qu’on doit déjà tout donner pour faire un frontflip ou un double flip sur une rampe, comment on fait pour progresser avec des variations et des combos ? J’espère vraiment que quelqu’un a des idées, mais je ne vois pas vraiment comment il est possible de faire plus que ça …

On en a parlé brièvement, mais tu les as regardés, ces X Games 2021 disputés à Slayground ?

Oui, je les ai regardés. Au début, je voulais boycotter l’évènement parce que j’étais frustré de voir que Monster favorisait ses propres athlètes pour la sélection des riders présents, mais j’ai fini par le regarder quand même. Comme je l’ai dit plus tôt, j’aime le fait que le parcours ait mis les gars au défi. J’ai aimé le fait qu’ils ne puissent pas réaliser le run parfait à 100%. À mon avis, c’est comme ça que le FMX fonctionne, tu dois mettre en place un run complet, et non pas juste sortir tes meilleurs tricks sur une rampe après t’être assuré que c’était exactement la même que celle que tu utilises à la maison. Quand les gars doivent penser à ce qu’ils vont faire, à leurs runs, ils commencent à se creuser plus profondément les méninges pour trouver de nouveaux trucs, qu’on ne voit pas habituellement dans les runs simplement car ils doivent utiliser tout le temps et tout l’espace, et j’adore ça ! Sur les parcours ou les gars tournent en rond sur 2 rampes, ils font EXACTEMENT la même figure à chaque fois, et pour moi ça devient ennuyeux. Les grands parcours permettent de venir secouer toute cette merde, et c’est ce dont le FMX a besoin.

À suivre […]

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