Andrea Adamo ne fait pas de vagues, et encore moins les gros titres. Pourtant, pour sa première saison en MXGP, l’officiel Red Bull KTM réalise un exercice particulièrement solide. Régulier, discret et quasiment toujours présent dans le groupe de tête, l’Italien s’est rapidement imposé comme le meilleur rookie de la catégorie. Actuellement cinquième du championnat, à quatre rounds de la finale, Adamo peut déjà tirer un bilan positif de sa montée en 450. Au soir du Grand Prix de Suède, le pilote KTM revient sur cette première saison en catégorie reine, son adaptation à la 450 et les axes qui doivent encore lui permettre de franchir un nouveau cap.
Andrea, septième ce week-end en Suède. Ce n’est probablement pas exactement ce que tu espérais, mais ça reste un résultat solide. C’était comment ?
Oui, voilà. Je dirais que ce n’était pas un week-end de m*rde, mais ce n’était pas non plus le meilleur des week-ends. J’ai rencontré quelques difficultés sur certains points, mais dans l’ensemble, je suis plutôt content de la première manche. Je suis parti devant, je suis resté quatrième pendant 90 % de la manche, mais dans les deux derniers tours, Romain [Febvre] m’a dépassé et j’ai finalement terminé cinquième, donc c’était un résultat plutôt solide. Dans la deuxième manche, malheureusement, j’ai encore pris un bon départ, mais avec Tom [Vialle], on a viré très large parce qu’on s’est touchés. Je me suis donc retrouvé dans le fond du paquet. J’ai réussi à remonter jusqu’à la septième place et j’y suis resté pendant toute la manche, en gros. J’ai dépassé Pauls Jonass qui était devant moi pour passer de la huitième à la septième place, et ensuite la manche était terminée parce qu’il n’y avait pas beaucoup d’opportunités de dépassement. Honnêtement, c’était un peu compliqué de trouver où doubler ce week-end.
Il reste quatre rounds et tu occupes la cinquième place du championnat. Tu es le meilleur rookie en MXGP. Tu réalises une très bonne première saison en 450cc et tu réponds sans doute aux attentes de tout le monde, voire aux tiennes.
Oui. Je ne regarde pas tellement le classement au championnat. Parce qu’en arrivant cette année, je n’avais pas vraiment d’attentes particulières. Je n’avais pas de chiffre précis qui me permettait de dire : « OK, voilà, c’est ça mon objectif. » En fait, l’objectif était de faire de mon mieux à chaque course et d’être le plus régulier possible. C’est ce que je fais cette année. Certaines courses ont été meilleures, d’autres moins bonnes, comme peut-être celle de ce week-end en Suède, mais je suis vraiment content de ma saison jusqu’à présent.

J’ai l’impression qu’on parle assez peu de toi dans les médias, qu’Andrea ne fait pas les gros titres. Tu es encore un peu considéré comme un outsider de la catégorie, malgré cette excellente saison. Est-ce que tu partages cette impression ?
Oui, mais je ne suis pas là pour faire le show. Certains font peut-être un peu plus le spectacle et attirent donc davantage l’attention. Moi, je ne suis pas là pour faire le show. Je suis là pour faire de mon mieux chaque week-end et, si les gens parlent de moi, c’est parce que je ramène des résultats, pas parce que je fais le spectacle. C’est comme ça que je suis. C’est ma personnalité, chacun est différent et c’est très bien comme ça. Je n’ai absolument aucun problème avec ça et je ne vise personne. Bien sûr, en début de saison, j’étais peut-être un peu sous les radars, mais me voilà, comme tu l’as dit, à la cinquième place du championnat. Je pense que c’est plutôt une bonne saison pour le moment, mais bien sûr, il reste encore quatre rounds. Donc on a encore du boulot.
Tu sembles naviguer entre la quatrième et la septième place dans pratiquement toutes les manches cette saison. Comment franchir ce cap pour être un prétendant au podium à chaque manche ? Quelle est, selon toi, la pièce manquante ?
Je pense qu’il me manque encore un peu d’expérience, mais je vais y arriver. Je suis convaincu qu’avant la fin de la saison, on va franchir ce petit cap en plus.
Je dirais que tu es un pilote assez calculateur, intelligent. Tu sais te contenter d’un résultat quand c’est nécessaire, tu es également agressif quand il le faut, mais tu ne fais rien de spectaculaire. Je ne suis donc pas surpris que tu te sois aussi bien adapté à la 450. Comment vois-tu ta marge de progression en MXGP ?
Oui, mon objectif était clairement de progresser petit à petit, sans précipiter les choses, parce que la 450 est une grosse moto, une moto puissante, et elle peut rapidement te le faire payer. Mon objectif était donc vraiment de progresser étape par étape, comme je le fais actuellement en fait. Après, franchir un nouveau cap pendant la saison n’est pas si facile que ça. Mais pour franchir un palier de plus, lorsque tu as l’occasion de partir devant, il faut essayer de rester le plus proche possible des pilotes de tête. Et à partir de là, tu peux, apprendre autant que possible. Et ça va forcément t’aider à passer ce petit cap supplémentaire.

Vu la catégorie, on peut dire que passer en MXGP cette saison est un gros défi. Tu aurais pu rester en MX2 si tu le voulais. Tu peux potentiellement passer les quinze prochaines années en MXGP si tu le souhaites. Alors pourquoi avoir décidé de monter cette saison plutôt que de rester une dernière année en MX2 ?
Honnêtement, j’aurais aimé me battre à nouveau pour un titre de champion du monde en MX2. Évidemment, en montant en MXGP, je savais que ce ne serait pas le cas dès la première année, que je n’allais pas directement me battre pour le titre. Mais disons que la raison pour laquelle je suis passé en 450, c’était pour apprendre, pour faire une année d’apprentissage dans la catégorie.
Et c’est encore une fois, je le répète, ce que je suis en train de faire : mon objectif, c’est de comprendre au mieux la moto et ne pas débuter la saison en me disant que, dès la première année, je dois absolument être performant. Comme je l’ai dit, c’est une moto qui peut rapidement te faire payer un excès de confiance. Il faut donc du temps pour s’adapter, du temps pour adapter son pilotage à la nouvelle cylindrée également.
Tu as le sentiment d’avoir dû adapter ton pilotage à la 450 ?
J’ai dû m’adapter, mais ça s’est fait rapidement. En début de saison, évidemment, tu ne peux pas attaquer avec la moto de la même manière que tu le faisais avec la 250. En début de saison, j’ai donc dû m’adapter, mais honnêtement, je dirais que ça s’est fait assez rapidement. J’étais vraiment, vraiment content de la rapidité avec laquelle je me suis adapté à la 450.
Un mot sur les USA. Kay de Wolf en a parlé, Thibault Benistant également. On sait plus ou moins ce qui va se passer avec les frères Coenen l’année prochaine. Je ne crois pas t’avoir déjà entendu parler des États-Unis. Est-ce que ça n’a jamais vraiment été dans tes plans ?
Pour le moment, j’ai encore beaucoup de choses à accomplir ici. Prenons par exemple Jorge Prado : il a remporté deux championnats en MX2 puis deux en MXGP consécutivement. Il a accompli énormément de choses et il a encore une longue carrière devant lui. Je dirais donc que son choix de partir là-bas avait du sens.
Mais je pense que lorsqu’il te reste encore beaucoup de choses à accomplir ici, je ne vois pas vraiment l’intérêt de partir. Pour les frères Coenen, c’est un peu différent. Dès leur première année en championnat du monde, ils ont dit que leur objectif était d’aller là-bas.
Leur objectif était de finir par partir aux USA. Et si ton objectif est d’y aller, alors mieux vaut partir tôt que trop tard, parce que là-bas aussi, tu as besoin de temps pour t’adapter. J’espère vraiment qu’ils le comprennent et qu’ils prendront le temps de s’adapter, de découvrir le Supercross et d’apprendre, parce qu’apprendre le Supercross, ce n’est pas une partie de plaisir non plus.
On sait que le groupe KTM traverse une période compliquée dernièrement. Est-ce que les problèmes récents t’ont impacté d’une quelconque manière, ou est-ce que l’usine et l’équipe font le nécessaire pour que tu n’aies pas à te soucier de ce qui se passe en coulisses au sein du groupe ?
Non, ils ont fait tout ce qu’il fallait pour être là. Ils n’ont pas fait de compromis, rien de tout ça. Bien sûr, la situation a été difficile. Je pense que maintenant, nous sommes à nouveau sur les bons rails, mais ils ont fait ce qu’il fallait pour être présents, donc cela n’a eu aucun impact sur nous ni à aucun moment sur notre travail, disons.

Cette saison, je me suis baladé dans le paddock en demandant aux team managers comment attirer davantage d’investisseurs et de grands groupes en MXGP, afin d’augmenter la valeur commerciale de l’ensemble du championnat et de l’ouvrir à de nouveaux publics. Le rendre plus attractif, en quelque sorte. Si tu pouvais faire quelque chose, ce serait quoi ?
C’est une question intéressante. Je pense qu’on a encore beaucoup de choses à améliorer, notamment sur les circuits et peut-être aussi au niveau du format des courses. Pour moi, le week-end est sympa, mais il est vraiment long.
Et seuls ceux qui aiment vraiment le motocross peuvent rester devant leur télévision pendant cinq ou six heures consécutives chez eux. Et c’est encore une autre histoire quand ils viennent sur les GP. Les gens se lassent assez rapidement, je dirais. Et si tu regardes le MotoGP, c’est également un long week-end, mais ils ont deux courses principales et la course Sprint fait environ dix tours, donc ça passe vite. De là, ils concentrent tout le dimanche avec la course principale, mais ça passe également assez vite.
En MXGP aussi, on a beaucoup de séances. Mais j’ai l’impression que toutes ces séances ont le même poids que les manches. La manche qualificative a le même poids que les manches principales du dimanche. Tu vois une différence entre toutes ces séances ? Peut-être que passer à un format sur une seule journée pourrait aussi être quelque chose de mieux… Mais je n’aime pas trop non plus dire ce qui devrait changer ou non, parce que je ne pense pas que ça ferait une quelconque différence au final … tu vois ?
S’ils s’en souciaient, oui, pourquoi pas. Mais le problème, c’est qu’ils s’en foutent pas mal. Donc oui, je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire. Sur les circuits, et le format des courses pourrait évoluer peut-être. Tout ça dans le but de mieux vendre notre sport, parce que notre sport est un beau sport, mais dans ce monde, on doit être en mesure de mieux le vendre. Et c’est certainement un domaine dans lequel on peut énormément progresser.
J’ai entendu dire qu’un changement pourrait bientôt intervenir le vendredi, notamment concernant la séance de départs. Penses-tu qu’il soit nécessaire de venir le vendredi pour prendre quelques départs ? Préférerais-tu avoir une véritable séance de 20 minutes pour prendre tes marques sur le circuit à la place, type « journée de presse » ?
C’est sûr que ces séances de départs ne changent pas l’issue de ton week-end. Qu’on y prenne part ou non, le résultat au terme du week-end sera le même. Mais j’espère qu’on pourra quand même faire quelques départs quelque part le vendredi, parce que pour un pilote, c’est toujours sympa de pouvoir tester un peu la moto avant le week-end. Mais honnêtement, je ferais quelque chose de différent.
Si ça ne dépendait que de moi, je ferais comme aux États-Unis : pour les essais libres et chronométrés, on partirait depuis la grille. Au lieu de commencer la séance depuis la pit-lane, pourquoi ne pas commencer la séance depuis la grille directement, et pareil au warm-up ? Moi, c’est ce que je ferais. Comme ça on fait nos tests de départs à ce moment-là. S’ils veulent supprimer les départs du vendredi, ça me va, mais on devrait pouvoir commencer les séances d’essais avec un départ depuis la grille, non ?
J’en déduis que tu n’as jamais pris des départs le vendredi en te disant « heureusement que j’étais là, parce qu’il faut changer ci, ça, ça …. ».
Non, jamais. Absolument jamais. Ce n’est jamais arrivé, parce qu’on fait des départs toute l’année en fait. On fait énormément de départs à l’entraînement, donc on ne s’est jamais retrouvé à retourner les réglages de la moto après une séance de tests le vendredi.














