Il n’aura fallu que trois saisons à Triumph pour s’imposer comme une référence du mondial MX2. Avec Guillem Farres et Camden McLellan, le constructeur britannique a probablement qui dépassé les attentes cette année, au point de se voir en position de décrocher prochainement les titres pilotes et constructeurs. Une ascension express qui confirme la solidité du projet Triumph sur la scène mondiale, à l’aube d’ouvrir le chapitre MXGP. Rencontre avec Vincent Bereni, team-manager de la structure officielle Triumph Factory Racing.
Vincent, tout semble vraiment très bien se passer pour vous avec Guillem et Camden cette année. J’imagine que tu es d’accord avec ce constat !
Oui. Guillem et Camden bossent dur pour y arriver. Je pense qu’on progresse bien avec la moto, mais je vois encore des choses qu’on doit améliorer. Il faut continuer, semaine après semaine, et garder cette même dynamique. Mais dans l’ensemble, je dirais que oui, c’est bien d’être là où on est, c’est certain.
Je pense qu’on peut dire sans se tromper que Guillem en a surpris plus d’un cette année. Est-ce qu’il t’a surpris aussi ?
Je dirais que non, parce que la raison pour laquelle on l’a signé au sein de notre équipe, c’est justement parce qu’on avait vu quelque chose en lui. C’est la même histoire avec Camden. Guillem et Camden n’étaient pas vraiment sur le radar de beaucoup d’équipes à l’époque. Beaucoup de gens nous avaient écartés, et avaient écarté Guillem et Camden. Je pense simplement que ces personnes ne savaient pas de quoi elles parlaient.
On voit que Guillem prend de bons départs, mais Camden est plus en difficulté de ce côté-là. D’où vient la différence ?
Ils ont la même moto, donc c’est vrai qu’on pourrait se dire que le problème ne vient pas de la moto … Mais il est sûr qu’on pourrait améliorer certaines choses sur la moto de Camden, notamment pour coller avec son style aux départs. C’est ce qu’on essaye de faire, de comprendre. Semaine après semaine, on essaye d’aider Camden à mieux partir. Mais d’un autre côté, on ne peut pas trop se focaliser là-dessus non plus. Parce que mentalement, tu peux finir par te dire que tu fais tout ça car tu ne pars pas devant, et ça peut finalement te faire plus de mal que de bien.
De ce côté-là, on sait qu’on doit quand même continuer à travailler pour améliorer les choses, essayer de trouver d’où vient le problème au départ. Parce qu’il est content de la moto dans sa globalité mais il n’est pas devant aux départs. C’est quelque chose sur lequel on travaille.

Avec l’injection électronique, vous devez utiliser une cartographie pour le départ, et une autre pour le reste de la course, non ?
Pour être honnête, on n’a pas vraiment de cartographie pour le départ. On essaye simplement de les aider à être au bon régime moteur, et c’est à peu près tout. Il faudrait peut-être qu’on travaille davantage là-dessus, je ne sais pas [rires].
Mais pour Guillem, ça fonctionne très bien. Il faut aussi prendre en compte la différence de gabarit des pilotes. On voit parfois un pilote comme Sacha louper sa sortie de grille, mais malgré tout, il arrive à s’en sortir avec son petit gabarit.
Et il ne faut pas non plus oublier qu’il y a, de mémoire, 12 ou 14 motos d’usine. Toutes ces motos sont performantes. La Yamaha est une bonne moto, la KTM également, Husqvarna aussi … Voilà contre qui on doit se battre chaque week-end. Parfois, on part devant, parfois, on est dixièmes. Guillem en a parlé en conférence de presse. C’était difficile pour lui à Loket mais ce week-end, il est bien parti. Pourtant, on n’a rien changé pendant la semaine, et tout s’est mieux passé pour lui en Belgique. Le départ est important, d’ailleurs tout le monde se focalise là-dessus. On doit clairement améliorer cet aspect pour Camden. On bosse là-dessus, mais on n’a pas encore trouvé le bon compromis.
Est-ce qu’on a encore le sentiment d’être dans la position d’outsider, en tant qu’équipe, face à KTM, Yamaha, etc ?
Ça ne fait que trois ans que cette moto existe, donc à chaque fois qu’elle va sur la piste, on apprend de nouvelles choses. Notre première année était plutôt bonne. J’ai quand même le sentiment qu’on n’a pas progressé autant qu’on l’aurait voulu l’an dernier, pour la seconde année. Mais cet hiver, on a vraiment fourni un effort supplémentaire et on voit bien que ça a payé.
Je pense que désormais, on est aux avant-postes, au même niveau que les autres grosses équipes. On est même en tête du championnat constructeurs. C’est une énorme réussite pour une entreprise en si peu de temps, pour tous les efforts fournis. Ça ne fait que trois ans qu’on est là. Prends Yamaha ou Honda, on parle de 50 ans d’expérience dans le sport.
La courbe d’apprentissage a été assez incroyable. Il faut vraiment profiter de cette situation, car c’est un sport automobile: ce n’est pas parce qu’on est devant aujourd’hui qu’on va forcément être devant les prochaines années. C’est un sport très difficile où tout le monde travaille très dur. Cette année, on a la moto, les pilotes, alors on en profite à fond.

Guillem et Camden ont mentionné le gros boulot effectué pendant l’hiver sur la moto. Quel a été le principal axe de travail ?
Disons que c’était un ensemble de choses. Si tu travailles sur le châssis et le moteur dans la bonne direction, évidemment, le package global s’améliore et devient meilleur. On a énormément travaillé sur le châssis l’hiver dernier, et on a vraiment bien progressé de ce côté-là.
Le programme en MXGP a été repoussé. Ce sera finalement pour 2027. Est-ce qu’on attend toujours Mikkel Haarup au sein du team ?
Oui. Mikkel sera de retour avec nous dans l’équipe l’année prochaine. On est contents: Mikkel était là au tout début du projet. C’est sympa qu’il revienne. Pour nous, ce sera une année d’apprentissage.
Et quand je dis ça, il faut savoir qu’on a déjà beaucoup travaillé sur le projet. Mais la catégorie MXGP, ce sera encore une étape supplémentaire. Encore une fois, on fera face à des constructeurs qui ont énormément d’expérience en MXGP. Il va falloir apprendre de cette catégorie, et essayer de parvenir à faire la même chose qu’avec le programme MX2.

Est-ce qu’il y aura bien deux pilotes en MXGP, ou est-ce que ce n’est pas encore décidé ?
Visiblement, on va avoir deux pilotes en MXGP l’an prochain.
Mikkel roule sur la 450 aux USA cette année, ça va lui permettre d’apporter une certaine expérience positive au team, non ?
Oui. Le fait que Mikkel roule sur la moto aux États-Unis est évidemment très positif. Il y a des règlementations différentes là-bas, donc la moto est légèrement différente de celle qu’on aura ici.
Mais concernant le moteur, on récolte énormément de données. Ça aide Triumph, les ingénieurs et tout le monde à prendre de l’avance, comme on le disait. Mais encore une fois, Lommel … Ça n’existe pas aux États-Unis ! Donc quand on viendra ici l’an prochain, on aura de belles surprises. C’est pourquoi je disais qu’on va devoir apprendre l’an prochain: on va devoir comprendre les problèmes, et les résoudre.














