Enquête: Le FMX est-il sur le déclin ?

Enquête: Le FMX est-il sur le déclin ?

On plante le décor, un soir de novembre 2019 dans une arène de Palau Saint Jordi glaciale.

J’ai la chance d’assister aux premiers essais des freestylers présents au Supercross de Barcelone. Dans mon coin, j’observe un certain Tom Pages qui se prépare à passer son premier frontflip de la soirée devant une dizaine de personnes. La tension est palpable, les approches de rampe se multiplient alors que tout le monde retient son souffle; Tom semble nerveux. Tout est calculé au millimètre près, la distance, l’angle, l’approche, la vitesse …. Jusque là, rien d’anormal, c’est même tout ce qu’on suspecte en tant que spectateur, mais qui ne transparaît pas lors des shows.

Tom Pages lors des essais

Après quelques hésitations, Tom s’élance enfin et pose un frontflip parfait, acclamé par les autres riders qu’il rejoint quelques secondes plus tard avant de pousser un gros soupir de soulagement. Tom avait passé à peine deux secondes en l’air, et effectué une rotation que peu de gars sont capables de poser sur le dur. On tente de mesurer les risques en cas de chute, et on comprend assez facilement que tout peut basculer en une fraction de seconde pour ces athlètes; c’est peut-être aussi ce flirt avec le risque qui fascine.

Si comme moi, vous êtes nés au début des années 1990, vous avez vu les premiers backflips en compétition, avez assisté au duel Adams/Pastrana, avez connu les stades pleins à craquer lors des X Fighters, avez maté en boucle le VHS d’Edgar Torronteras ainsi que les DVD de Nitro Circus, et les noms de Bartram, Deegan, Mad Mike et Metzger résonnent encore comme si c’était hier. D’évènements mondiaux retransmis à la télévision et déplaçant les foules, le Freestyle Motocross moderne se cantonne doucement mais surement aux X-Games pour certains athlètes triés sur le volet, aux Nights of the Jumps, ou encore à quelques représentations venant combler les entractes lors d’évènements sportifs comme certains Supercross Européens; le constat blesse.

Edgar Torronteras était présent lui aussi

À Barcelone ce soir-là, le spectacle s’est déroulé sans encombres malgré un body varial replaqué de justesse par Tom Pages; un show de quelques dizaines de minutes devant des spectateurs chauffés à blanc par un speaker espagnol complètement déchaîné par les figures engagées. Quelques minutes, des acclamations, et rideau.

« C’est tout ? »

Difficile de croire qu’on vient d’assister à la crème de la crème du FMX moderne – 10 minutes montre en main. Les prouesses de ces garçons sont devenues une normalité à laquelle certains ne prêtent même plus attention; smartphone en main, ils ont vu le triple backflip de Josh Sheenan au Pastrana Land le matin même. À force de faire la course au spectaculaire sur Instagram, on en aurait donc perdu le sens des réalités; le backflip n’intéresse plus, on veut du double flip, du bike flip, des risques à n’en plus compter, du danger, des surhumains … mais humains.

En ce soir de novembre 2019, je me demande quel peut bien être l’avenir du FMX sur le moyen, voir long terme. Si j’ai bien un avis personnel sur la question, j’ai horreur des gens qui donnent le leur sans légitimité, et étant exactement dans ce cas de figure, je pars à la recherche de la personne la plus à même d’y répondre à ma place: un freestyler. Nous voilà … 2 ans plus tard.

Tom Pages replaquait ce body-varial de justesse

Je n’aurais jamais imaginé que faire un sujet sur le FMX s’avérerait aussi compliqué. Il aura fallu persérvérer un long moment avant de trouver un athlète prêt à se délier la langue pour parler ouvertement et en toute franchise; un athlète qui n’aurait pas peur de taper dans la fourmilière et surtout, un athlète libre de toute obligation contractuelle de sponsoring, afin d’éviter le politiquement correct et les réponses biaisées. Quelques emails se sont visiblement perdus, quelques portes se sont fermées, quelques projets ont été avortés. Autant vous dire que quand j’ai vu Adam Jones gueuler publiquement après la publication des noms des athlètes invités aux X-Games 2021, je me suis dit que j’avais enfin une chance de boucler la boucle.

« Hey Adam, ça te branche un sujet sur le FMX ? »

« Fuck yes, let’s do it. I got nothing to hide for anyone’s interests so I’ll tell it how it is. » (« Put**n oui, on le fait ! Je n’ai rien à cacher dans l’intérêt de qui que ce soit, alors je vais dire ce qu’il en est »).

Trois mois plus tard et après de -très- longs échanges, tout est finalement bouclé, il aura fallu se montrer patient.

Adam Jones

Vainqueur du Dew Tour, 8 fois médaillé sur les X-Games, Adam Jones a connu les débuts de l’ascension du FMX, la médiatisation sans précédent de la discipline, l’argent, les voyages, les sponsors, la vie facile, puis la chute libre. Adam Jones est une véritable icône de la scène Freestyle Motocross aux USA ces dernières années et vit aujourd’hui une vie relativement rangée même s’il n’a pas cessé son activité de Freestyler.

En 2021, les X-Games ont fait leur retour en Californie et se sont déroulés à Slayground sur la propriété d’Axell Hodges; mais encore fallait-il y être invité …  Depuis sa première apparition aux X-Games en 2004, Adam Jones n’avait loupé que 4 fois l’évènement (2008-2014-2019 et 2020). L’ancien pilote Monster Energy n’a pas été invité pour la compétition cette année et avait alors décidé de rendre des comptes avec l’organisateur, visiblement largement influencé par son sponsor principal à la griffe verte.

Adam Jones s’est livré sans détours et nous a donné son point de vue sur l’évolution du Freestyle Motocross dans un entretien qui est à retrouver en ligne – en deux parties. Alors, on vous pose une dernière fois la question.

Le FMX est-il sur le déclin ?

Adam Jones (1/2) « À une période, on méritait une certaine reconnaissance … »

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