L’intersaison 2025-2026 aura été particulièrement mouvementée pour le team Maddii Racing. Après avoir tourné la page du programme Ducati Factory MXGP, la structure italienne a dû rapidement revoir ses plans, changer de constructeur et repartir sur un nouveau projet avec Honda. Dans ce contexte, l’arrivée de Maxime Grau s’est elle aussi décidée dans les toutes dernières semaines, presque comme un pari de dernière minute. Un pari aujourd’hui largement récompensé, puisque le Français s’est rapidement imposé comme l’une des bonnes surprises de la saison et enchaîne désormais les top 10. Pour Marco Maddii, cette année 2026 avec Honda est donc déjà riche en enseignements. Bilan du changement de cap, pari Maxime Grau, relation avec Honda, projet Ducati, évolution des motos, ambitions pour 2027 : le team manager italien répond à nos questions. Micro.
Marco, la fin de saison approche. J’imagine que ça a été une très belle année pour vous avec Maxime, Nicolo et Elias. Compte tenu de ce qui s’est passé avant même le début de la saison, avec les départs de Marc-Antoine Rossi et de Niccolo Manini, j’ai l’impression que les choses se sont finalement encore mieux passées que ça ne laissait présager ?
Oui, clairement, ça s’est beaucoup mieux passé. En fait, ça a été une chance pour nous d’effectuer ces changements en début de saison parce qu’avec Marc-Antoine et Niccolo, on n’arrivait pas vraiment à travailler correctement ensemble. On n’avait pas les mêmes objectifs, la même approche ni la même mentalité, donc c’était assez compliqué.
Mais Marc-Antoine avait aussi pris des décisions personnelles : il voulait simplement arrêter le motocross. Et Manini, oui, il traversait également une période difficile. Et tu sais, on demande beaucoup aux pilotes parce qu’on vit pour le motocross. C’est notre vie, notre mode de vie même. On veut que les pilotes soient engagés à 100 % dans ce qu’on fait. Donc si le pilote n’est pas aussi impliqué que nous, ça devient compliqué.
Je suis donc vraiment, vraiment heureux que nous ayons effectué ces changements en début de saison pour former un meilleur groupe avec Maxime. Parce que lorsque Maxime est arrivé dans l’équipe, il a notamment apporté beaucoup d’énergie positive et une bonne mentalité. C’était également bénéfique pour Alvisi et Escandell de l’avoir dans l’équipe, afin de se pousser mutuellement.
Les choses étaient donc très compliquées en début de saison, mais ce changement nous a vraiment été très bénéfique.
Maxime n’était pas votre premier choix en début de saison et il a rejoint l’équipe au dernier moment. Compte tenu de cela, tu dois être particulièrement satisfait de sa saison jusqu’à présent. Il réalise vraiment une saison solide, peut-être même au-delà de ce que tout le monde pouvait attendre, peut-être même au-delà de tes propres attentes.
Oui. Pour être honnête, avant la saison, on n’avait pas pensé à Maxime parce qu’il était, disons, un peu en retrait par rapport aux autres pilotes.
Et Honda avait proposé Marc-Antoine, donc c’était le choix de Honda de prendre Marc-Antoine. On était d’accord, on était contents, mais après que les choses ont mal tourné, on a dû trouver une solution. Maxime était suivi par le même manager que Marc-Antoine. On était donc en discussion avec lui pour trouver une solution, et il nous a dit : « Pourquoi vous ne faites pas un test avec Maxime ? »
J’y ai réfléchi et je me suis dit : « D’accord, pourquoi pas ? » Je pensais que ça pouvait être une bonne idée. Maxime est immédiatement venu chez nous. On a fait une semaine de tests et j’ai immédiatement appelé Honda pour leur dire : « Je pense que c’est le pilote qu’il nous faut. » J’ai senti qu’il était extrêmement motivé et il roulait bien. Il appréciait la moto. Dès le début, tout s’est bien passé avec Maxime.
Bien sûr, ça a pris un peu de temps parce qu’il n’avait pas vraiment passé un hiver solide, donc tout s’était fait au dernier moment. Il avait besoin d’un peu de temps pour s’adapter à la moto et comprendre tout ce qui l’entourait. Mais ensuite, ses progrès ont été impressionnants.
Aujourd’hui, Maxime roule constamment dans le top 10 et nous, comme Honda, on est vraiment, vraiment contents de son travail.

Toujours à propos de Maxime, il pourrait potentiellement être dans le viseur de certaines équipes officielles l’an prochain. Ça doit en dire long sur le travail que vous avez réalisé en tant qu’équipe, parce que j’imagine que depuis le début de l’année, vous avez dû énormément travailler pour en arriver là.
Oui, notre travail consiste à préparer les jeunes pilotes pour qu’ils puissent rejoindre une équipe officielle. On est très contents de Maxime, et il semble qu’il ait toutes les cartes en main pour intégrer une équipe officielle l’année prochaine. J’espère donc que ça va se faire, parce que c’est notre travail et que si, dès la première année, on est capables de faire émerger un pilote pour une équipe officielle, ça signifie qu’on a fait notre travail de la meilleure manière possible. C’est donc clairement très positif pour nous et également aux yeux de Honda.
Évidemment, Maddii Racing a dirigé le programme Ducati Factory MXGP l’année dernière. Puis tout a changé en l’espace d’un hiver. À quel point a-t-il été difficile pour vous de vous retirer de ce projet, de changer de constructeur, de bâtir un nouveau programme autour de jeunes pilotes et, en gros, de repartir de zéro ?
Ça a vraiment été difficile. Ce n’était pas dans nos plans d’arrêter avec Ducati parce qu’on avait un contrat de trois ans, mais les choses ont rapidement changé.
On s’est donc retrouvés dans une situation un peu compliquée, mais heureusement, avec Giacomo et Honda, on a trouvé un très bon accord. On était très contents de ce qu’on avait mis en place avec eux. Mais oui, il y a forcément eu des moments difficiles parce qu’on ne savait pas exactement quoi faire, ni de quoi serait fait notre avenir.
Mais je suis vraiment heureux de là où on en est aujourd’hui et, au final, je suis également content qu’on ait changé de direction. Je pense qu’on a trouvé notre dimension pour le moment, avec Honda, avec ce projet en MX2 et en MX250.
Avec Ducati, on était très contents aussi, c’était un projet incroyable. On avait aussi ramené de très bons résultats : deux podiums et le titre de champion d’Italie. Pour être honnête, pour le moment, on reste toujours l’équipe qui a apporté de bons résultats à Ducati, même aujourd’hui. Je pense donc qu’on a fait du bon travail avec Ducati, et qu’on peut en être fiers.
Mais on voulait aussi être un peu plus impliqués dans le développement et avoir davantage de liberté pour travailler à notre manière, et ce n’était pas possible. Donc finalement, c’est une bonne chose comme ça.

Que retiendras-tu de cette association avec Ducati ? C’était un énorme projet à prendre en charge. Ce n’était certainement pas simple, puisqu’il s’agissait d’une toute nouvelle moto dans la catégorie la plus compétitive. Et quand on regarde leur saison 2026, comme tu le disais, vous restez l’équipe qui a ramené les résultats à la marque l’an dernier.
C’était un projet difficile, tu sais, avec une nouvelle moto dans la meilleure catégorie, face aux meilleurs pilotes. Mais malgré tout, on a été capables de monter sur le podium et de terminer quelques fois dans le top 5. Dès la première année, on a remporté le championnat d’Italie avec Alessandro Lupino. C’était difficile, mais on a malgré tout réussi à faire du bon travail.
J’ai le sentiment qu’on a fait le boulot l’an dernier. Je ne sais pas si Ducati l’a vraiment réalisé. Peut-être qu’ils pensaient pouvoir faire beaucoup mieux que ça, mais pour le moment, il semble que ce ne soit pas le cas.
Mais c’était incroyable. Au début, Ducati était une nouvelle marque qui arrivait en motocross, avec énormément de médias, beaucoup d’attention et beaucoup de projecteurs braqués sur le projet, ce qui nous plaisait. On aime aussi travailler sous pression, disons. Mais, Ducati venait de la vitesse et entrait dans le motocross, un monde complètement nouveau. Ils avaient donc forcément d’énormes attentes.
On a essayé de faire de notre mieux. Et je pense que le résultat final était plutôt bon, notamment quand on voit ce qu’ils ont fait après nous. Un an plus tard. Lors de notre première année en MXGP, la moto était un vrai prototype.
On manquait même cruellement de pièces et de motos. La logistique concernant tout le matériel et les motos était également très compliquée à gérer. Et nos mécaniciens ont réalisé un travail énorme toute l’année pour réussir à tout faire fonctionner.
Mon père et moi, on a rencontré énormément de difficultés pendant la saison, des choses que personne ne voyait parce que tout ça se passait en coulisses. C’était un travail vraiment difficile. Et probablement que de l’extérieur, ça paraissait facile, mais ça ne l’était pas. Ce n’est jamais facile.

Maddii Racing semble être une excellente équipe satellite pour le programme MX2 de Honda. Vous prouvez une nouvelle fois que vous savez développer les jeunes pilotes. Vous l’avez déjà fait par le passé et vous continuez à le faire aujourd’hui. Dans cette optique, être une équipe satellite Honda semble vraiment avoir du sens pour vous. Est-ce que tu espères que ça pourra se traduire par encore davantage de soutien de la part de Honda et du HRC dans un avenir proche ?
Oui, bien sûr. C’est ce qu’on espère. Chez Honda, ils sont contents et souhaiteraient augmenter et améliorer notre coopération. On en serait évidemment très heureux. En tant que team, ce qu’on veut, c’est progresser.
Pour le moment, ce qu’on fait fonctionne vraiment bien. Mais si Honda nous accorde davantage de confiance, on est évidemment prêts à passer à l’étape supérieure.
Quand je parle à Maxime, il me répète que sa moto est proche d’une moto d’origine. Quand je vois les départs qu’il prend et les manches qu’il fait, j’ai parfois du mal à y croire ! Votre Honda, elle est si proche que ça de celle qu’on pourrait retrouver en concession ?
Ce que dit Maxime est vrai. Notre moto possède quelques pièces spécifiques, mais elle est loin d’être très différente du modèle de série.
Je pense qu’on a surtout fait un très bon travail pour optimiser certaines pièces de la bonne manière, sans trop modifier la moto. Et aussi pour maintenir les coûts à un niveau raisonnable.
On a développé la moto nous-mêmes avec notre groupe d’ingénieurs. Donc oui, ce que dit Maxime est vrai. La moto n’est pas si différente que ça du modèle de série.
Si on regarde Valerio Lata chez HRC, la Honda du team Maddii n’a pas l’air d’avoir grand-chose à envier à la moto factory.
Non, c’est vrai. Il semble que notre moto soit plus ou moins au même niveau que la leur. Donc, sachant que ce n’est que notre première année, on est vraiment satisfaits de ça.
Bien sûr, en début d’année, c’était un peu difficile parce qu’on avait besoin d’un peu plus de temps pour être réellement prêts. Mais après quelques mois, on a réussi à mettre au point un bon package pour la moto.
Maxime et les pilotes sont vraiment contents. Ils sont capables de prendre de bons départs dans les deux catégories. Et une fois que tu pars devant, à mon avis, la moto fait beaucoup moins la différence. Tout se joue au départ.
Donc s’il peut partir devant, il dispose de tous les outils nécessaires pour se battre avec les meilleurs pilotes. Et ils sont souvent au milieu des pilotes officiels. Parfois, on parvient même à les battre. Donc pour nous, c’est génial.

Tu as travaillé avec beaucoup de pilotes au fil des années. Qu’est-ce qui a le plus changé dans la manière dont les jeunes pilotes abordent aujourd’hui leur carrière ?
Notre équipe existe maintenant depuis presque dix ans, puisque mon père et moi avons recommencé l’aventure en 2017. Je dirais donc qu’entre 2017 et aujourd’hui, les choses n’ont pas tellement changé.
Mais bien sûr, les choses ont beaucoup changé depuis l’époque de mon père, c’est certain. Malgré tout, le travail acharné, avec une approche un peu à l’ancienne, reste ce qu’il y a de mieux pour tout le monde.
Je pense donc que le motocross reste un sport simple et qu’on a toujours besoin de faire ce travail à l’ancienne. Faire de la moto, du sport, répéter et travailler dur. Rien de vraiment fou ou trop sophistiqué, tu sais.
C’est toujours le même travail qu’à l’époque pour les pilotes, mais avec une approche moderne. Les pilotes sont différents, leur mentalité est différente, c’est une génération différente. Ils sont peut-être aussi un peu plus professionnels.
Mais le système à l’ancienne reste malgré tout celui qui fonctionne le mieux.
Ton père a créé l’équipe dans les années 90. Il me semble qu’il est toujours impliqué d’une certaine manière. Quel est son rôle aujourd’hui ?
Son rôle consiste à s’occuper des suspensions. Et pour tout ce qui concerne les aspects techniques ou les problèmes, on essaye de les régler ensemble.
On essaye de s’appuyer sur sa longue expérience dans le sport. Il est donc à la fois conseiller et technicien. Sa présence dans l’équipe reste donc importante.
Dirais-tu que l’écart entre les motos ‘privées’ et les motos d’usine se creuse ou qu’il se réduit ? On voit aujourd’hui beaucoup de pilotes privés se rapprocher des pilotes officiels, je pense à Mikula, Karssemakers, et évidemment, Maxime.
Non, je suis certain qu’il se réduit. L’écart se réduit et aujourd’hui, ce n’est plus aussi important d’avoir une moto full factory… Tu peux préparer et régler une moto de série et être compétitif en MX2 comme en MXGP.
Évidemment, si on parle d’aller chercher le titre de champion du monde, c’est différent. Mais pour un pilote qui veut montrer son potentiel, comme Maxime le fait en démontrant qu’il peut se battre avec les meilleurs pilotes, c’est clairement possible.
Et je pense qu’à l’époque de mon père, ce n’était pas possible. Donc, au cours des 30 ou 40 dernières années, je pense que l’écart s’est réduit parce que les motos de série sont devenues très performantes. Et on le voit souvent. Roczen a remporté le championnat de Supercross sur une moto qui avait dix ans. C’est un bon exemple.
Donc oui, je pense que les pilotes font toujours une grande différence et que les motos sont plus ou moins au même niveau et compétitives.
Je pense simplement que certaines équipes modifient tellement de choses sur la moto qu’elles finissent par se perdre en route. Et parfois, il vaut mieux revenir à quelque chose de plus proche du modèle de série pour obtenir un meilleur package global.

Si tu pouvais changer une chose pour faciliter la vie des équipes comme la tienne sur le championnat, ce serait quoi ?
C’est une question difficile, mais il faudrait certainement améliorer un peu le niveau de toutes les infrastructures. J’ai le sentiment que les paddocks, les structures, les toilettes et les parkings sont encore un peu en retard pour le mondial. On devrait faire évoluer tout ça, ils devraient améliorer des petites choses ici et là pour faire progresser le championnat.
Et puis, trouver un sponsor aujourd’hui est difficile. Obtenir le soutien d’un constructeur est également difficile. Pour les équipes, ce n’est pas simple d’être ici. Les budgets sont toujours plus serrés, on dépense énormément d’argent, toujours plus d’argent, pour se déplacer.
Ce dont une équipe a besoin, et dont nous avons besoin, c’est davantage de soutien de la part des sponsors et de l’organisateur. C’est pourquoi je pointe du doigt des choses très simples: améliorer le paddock, les toilettes, les parkings sur les épreuves. Ça nous permettrait de professionnaliser le sport et attirerait davantage de gros sponsors sur les épreuves. Aujourd’hui, venir sur une course, c’est être dans la boue, abandonner son confort. Aujourd’hui, les gens veulent du confort.
Pour avoir davantage de public, de spectateurs, attirer des sponsors: c’est comme ça qu’il faudrait faire. Je pense que je ferais un programme plus léger également, un format sur une seule journée. L’idée serait que ce soit plus facile à regarder à la télévision, moins long – également pour les spectateurs sur place.
Car les journées sont vraiment très, très longues. Pour des passionnés comme nous, ça va. Mais tous les gens ne sont pas comme nous et il faut l’intégrer. Je condenserais le programme, le temps passé en piste, etc.
Je pense qu’on pourrait mettre beaucoup de choses en place sans dépenser énormément d’argent, et que ça ferait une vraie différence.
En 2027, est-ce qu’on s’attend toujours à vous voir engager des pilotes en MX2, ou allez-vous vous concentrer sur le championnat d’Europe ?
Non, l’année prochaine, on va faire la même chose que cette année. Quelques pilotes en EMX250 et un pilote en MX2. Notre composition sera donc plus ou moins la même. Reste à voir quels seront les pilotes. Mais il n’y aura pas de changement dans le programme en 2027, pour le moment.













