Une blessure au genou (ligaments croisés) fin 2021 est venu perturber non seulement la fin de saison de Tom Guyon, mais également l’intersaison du pilote Vendéen de retour chez VRT KTM cette année. Trois semaines après avoir repris l’entraînement moto, Tom s’est aligné derrière les grilles de départ du GP d’Agueda pour son deuxième grand prix de carrière. Tendu, crispé, le pilote Français n’a pas été en mesure de se relâcher au Portugal et tire un bilan mitigé de ce retour en piste. Le meilleur reste à venir. Micro

Tom, dis, ça ressemble à quoi une intersaison quand on se fait opérer du genou ?

À beaucoup de rééducation, je n’ai pas pu faire de moto de l’hiver. Je me suis fait opérer des croisés le 3 novembre, et directement après, j’ai commencé les séances de kiné, tous les jours du lundi au vendredi. En plus de ça, je travaillais à côté chez moi avec les exercices qu’on m’avait donnés. J’ai tout de même eu une passe lors de laquelle je n’étais plus motivé, car je me suis quand même pas mal blessé. La saison 2021 avait été compliquée mentalement, mais dès que j’ai pu recommencer à faire du vélo, j’ai eu un regain de motivation. Après 6 semaines, je suis parti au centre de rééducation de Cap Breton – début Janvier. J’y ai fait deux séjours, et ça m’a beaucoup aidé car j’ai progressé très vite grâce à ça. J’ai repris la moto trois semaines avant le GP du Portugal. La première semaine, j’ai roulé histoire de voir comment je me sentais. J’ai eu deux semaines de « préparation » car j’avais encore un peu d’appréhension, il fallait un peu de temps avant de refaire des manches à l’entraînement.

Tu me parles de l’aspect mental. Quand tu étais chez VRT il y a deux ans on avait parlé du travail effectué avec le préparateur mental; tu le vois encore ?

Non, ce n’est plus le cas mais je vais reprendre contact avec lui, je pense qu’il peut m’apporter des outils pour y arriver. Je pense qu’il est important d’avoir un préparateur mental dans des moments comme ça. Une blessure comme la mienne – les croisés – c’est vraiment chiant. Au bout d’un moment, on se dit qu’on peut de nouveau rouler, mais en réalité on ne peut pas car le ligament n’est pas capable de tenir. Même l’an dernier, je n’ai pas beaucoup roulé en compétition, je me suis souvent blessé et j’aimerais bien que ça s’arrête un peu [rires].

Tu connais le team VRT, mais tu as fait une saison chez VHR entre-temps, tu retrouves la même moto, la 250 SX-F, mais j’imagine qu’il fallait faire du testing avant Agueda; tu as pu en faire ?

Pas beaucoup. Après, on a une moto qui est très aboutie, le moteur marche vraiment très fort. C’est d’ailleurs assez impressionnant d’avoir une 250 aussi puissante, ça demande d’ailleurs un petit temps d’adaptation. Niveau moteur et suspensions, j’ai eu le temps de faire un peu de testing, mais il faut s’adapter et s’habituer à la moto, et ça, ça viendra à force de rouler. On a une moto qui va bien, mais il faut laisser le temps au temps. Il faut connaître la moto par coeur et se faire confiance.

Visiblement, le vendredi, ça a frôlé la catastrophe. Tu peux expliquer comment se passe la visite médicale du vendredi ?

Alors ça, c’est quelque chose. Quand on va au contrôle administratif, ils nous donnent rendez-vous avec le docteur; mais c’est un docteur Portugais, pas un docteur de la FIM. Je suis allé voir le médecin et il m’a demandé ce que j’avais. Je lui réponds que j’ai fait les croisés, que j’ai été opéré le 3 novembre. Il ne m’a même pas ausculté. Il m’a dit « Tu ne rouleras pas, c’est trop tôt. » J’ai commencé à m’énerver et il maintenait sa position. « Normalement c’est 6 mois ». Ce à quoi j’ai répondu « Mon chirurgien m’a autorisé à rouler, et je pense qu’il connaît mieux son boulot que vous, qui ne m’avez même pas ausculté ». Il n’a pas voulu me laisser rouler, on a dû aller voir Luongo, qui a été voir le docteur de la FIM. C’était la même histoire pour Gifting, Paturel & Co… Le gars refusait tout le monde, déjà qu’on n’est pas beaucoup derrière la grille … Finalement, le médecin de la FIM a parlé avec lui, et après beaucoup de coups de téléphone, le médecin m’a dit « c’est ton choix, mais je n’endosse aucune responsabilité ». J’avais l’accord du chirurgien, donc au bout d’un moment …

Et pourquoi ce n’est pas directement le médecin de la FIM qui fait ça ?

Justement, je ne sais pas pourquoi ce n’est pas le médecin de la FIM qui nous fait passer ces contrôles. Il est là sur tous les grands prix, et ce serait mieux que tout passe à chaque fois par le même médecin, alors que là, on voit chaque fois un médecin différent. Qu’il y ait des contrôles pour autoriser ou non les pilotes à rouler, c’est bien, mais ils le font quand on arrive sur la piste. Ça coûte de l’argent aux teams d’aller sur ces courses, et c’est une fois arrivé sur place qu’ils nous disent non; il faudrait qu’on puisse savoir avant de partir pour l’épreuve … Faire toute la route pour ne pas pouvoir rouler, ça ne rime à rien …

Ils ont pris un généraliste pour ausculter des sportifs de haut niveau et leur faire des diagnostics comme pour des patients lambdas ?

J’ai l’impression. C’était un chirurgien orthopédiste. Il a appelé ses collègues qui lui ont dit que les croisés, c’était 6 mois, point barre. Quand tu es un athlète de haut niveau, tu travailles forcément plus que quelqu’un qui travaille tous les jours au boulot, et qui n’a pas le temps de passer des heures à s’entraîner pour la rééducation et la récupération; on va un peu plus vite que la moyenne pour guérir, c’est normal.

Comment ça s’est passé pour toi ce week-end à Agueda du coup ?

Un week-end mitigé. L’objectif premier, c’était de me faire plaisir, et je ne me suis pas fait plaisir avec la piste. J’ai subi tout le week-end, j’ai roulé stressé, tendu, tout ce que tu veux … C’est dommage car j’aurais voulu prendre du plaisir pour mon retour, sans toutefois y parvenir. L’objectif était de prendre de bons départs; j’ai pris un bon départ en seconde manche mais j’étais placé à l’extérieur sur la grille, donc difficile de sortir devant au premier virage. Le week-end commence désormais dès les chronos, et je n’ai jamais fait ce type de format; c’est l’expérience. D’ici les prochains GP, ça ira beaucoup mieux, je vais pouvoir me lâcher, et avoir moins d’appréhension vis-à-vis de mon genou car forcément, j’en avais un peu. Un peu déçu de mon épreuve, mais je ne veux pas trop me précipiter pour éviter de vouloir absolument rouler devant, et finir par me catapulter. « Step by step ».

Je suis curieux de savoir ce qui ne t’a pas plu dans cette piste ?

Non, la piste était top; c’est moi qui n’ai pas réussi à me relâcher, à jouer avec la piste. Le tracé en lui-même était au top, mais je n’ai pas trouvé mon rythme, j’ai roulé crispé et je n’ai pas pris de plaisir. C’est moi qui roulais très tendu.

En première manche, quand tu es parti, on aurait dit un faux rythme, et finalement, tu semblais bien mieux à la mi-course.

En fait, j’ai cassé mes lunettes dès le début de manche et j’ai dû m’arrêter pour en changer. Je suis passé par la google lane, j’ai changé de masque et je suis reparti. Peu importe les quelques points, il fallait que je roule car c’est ce dont j’ai le plus besoin actuellement.

Tu n’as fait que deux courses en MX2, mais on a déjà vu par le passé qu’un pilote devant en EMX250 était déjà capable de rouler devant en MX2. Est-ce qu’on retrouve réellement une grande différence – de vitesse ou d’intensité – entre les deux catégories ?

Dans le top 3, oui, ils sont un ton au-dessus. Est-ce que tu peux rouler dans les 10 quand tu roules devant en EMX 250 ? Oui, je pense, sans problème. L’an dernier, quand j’ai roulé sur le mondial, je n’étais pas trop mal non plus. Avec de meilleurs départs, j’aurais pu faire quelque chose. Quand tu roules devant en EMX, tu as déjà un bon rythme. Sur le mondial, il y a une grosse intensité pendant les trente minutes.

Ce top 10 l’an dernier, ça s’était passé comment à Trentino ? J’imagine que tu as vu que tu avais ta place en MX2.

Je commençais vraiment à retrouver confiance en moi, j’étais de mieux en mieux. Juste après, le mardi suivant, sur l’Europe j’ai fait la pôle aux essais et la pôle aux chronos, je me sentais vraiment bien et finalement, je me suis blessé, c’était vraiment dommage.

Les objectifs pour cette fin de saison 2022, c’est de retrouver le top 10 sur le mondial MX2 ?

Oui, j’aimerais vraiment l’intégrer un maximum de fois cette saison, et décrocher un top 5, ce serait vraiment génial. Ce week-end, je n’ai pas du tout montré ce dont j’étais capable car j’étais trop crispé. Lors des prochains GP, je vais monter en puissance et je suis sûr qu’un top 5 est accrochable avec un bon départ, et si j’arrive à tenir jusqu’au bout.

Une question que j’ai posée à quelques pilotes ce week-end, l’importance du trackwalk. J’ai été surpris de voir que quelques-uns n’y accordaient pas trop d’importance, et toi ? Tu étudies la piste ? Tu regardes les anciennes courses avant les épreuves ?

Il y a des gars qui ne font pas de trackwalk ? [rires] Moi j’aime bien jeter un oeil à la piste, tu peux voir des choses intéressantes. Je regarde à chaque fois les GP, les vidéos pour étudier, mais c’est parce que ça me plaît vachement aussi. Je pourrais découvrir le tracé dès les essais libres, mais ce n’est pas trop mon truc quand même [rires].

Cette saison tu vas goûter aux joies de la manche qualificative, après avoir signé des chronos de qualification. Tu penses quoi de ce système ?

Je ne trouve pas ça top. À la rigueur, il vaudrait mieux un format avec deux essais libres et une séance chrono. Cette manche qualificative ne sert pas à grand-chose, à part à se blesser. C’est un départ de plus à prendre. Je ne sais pas trop quoi en penser; ça ne rime à rien, rien que le nom … Une manche qualificative ? On est qualifié juste en s’inscrivant à l’épreuve … Ce n’est pas idéal. J’aime le format de deux jours, mais ce serait mieux de faire différemment avec des séances d’essais ou de chrono par exemple.

Dans ton cas, finalement, c’est bénéfique ? Tu as besoin de rouler, de retrouver l’intensité, et finalement, c’est une course de plus.

C’est sûr que dans mon cas, plus je fais de manches, mieux c’est. Mais pour quelqu’un qui va jouer le titre, l’approche est différente, tu peux potentiellement te blesser lors de cette manche. D’un autre côté, cette manche a son importance car ils ferment des grilles à l’intérieur à chaque GP, ils condamnent des grilles, donc finalement ça rend cette manche assez importante car une bonne place sur la grille est primordiale. C’est assez frustrant car tu ne veux pas te pulvériser pendant une manche qualificative, mais il faut chercher une place potable pour le départ. Regarde Tom Vialle, il est tombé le samedi, et ça le met plus loin sur la grille pour les manches.

Trentino le week-end prochain, un tracé qui te convient visiblement bien. Vu ce que tu as fait dessus l’an dernier, j’imagine que tu vas être un peu plus confiant.

Oui, surtout que c’est un tracé que je connais bien. Je vais arriver un peu plus en confiance. Ils ont changé le sens de la piste cette année, et j’ai hâte de voir ce que va donner le nouveau circuit. J’ai vu passer des vidéos, tu n’as pas encore regardé ?!
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Tom Guyon « J’ai subi tout le week-end, c’est dommage »
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