• Advertise
  • Politique de confidentialité
  • Contact
vendredi 23 octobre 2026
  • Connexion
  • Inscription
  • Accueil
  • L’actu aux USA
  • MXGP et Europe
  • France
  • WSX
  • Interviews
  • Médias
  • Matos
Pas de résultats
Voir tous les résultats
DailyMotocross.fr
DailyMotocross.fr
Pas de résultats
Voir tous les résultats

Sans détours – Tom Guyon

Avec le recul et l'expérience, Tom Guyon revient sur son parcours en championnat du monde dans un entretien "sans détours"

Kévin Frelaud Par Kévin Frelaud
23 octobre 2026
dans Interviews
Partager sur FacebookPartager sur XEnvoyer sur Whatsapp

Tom Guyon, Marc-Antoine Rossi, Quentin Prugnières. Trois pilotes attendus comme les espoirs du motocross français, trois trajectoires différentes, mais un point commun : tous ont fini par mettre un terme à leur présence en Grand Prix. Entre blessures, choix de carrière et opportunités manquées, être un grand espoir ne suffit pas toujours pour se faire une place durable dans le paddock du mondial. Dans cette interview, Tom Guyon revient sans détour sur son parcours, les occasions qu’il estime avoir manquées et les raisons qui l’ont progressivement éloigné du championnat du monde. Avec l’expérience et le recul, Tom livre sa vision du milieu et détaille ses nouvelles ambitions. Micro.

Tom. Par le passé, tu as gagné une poignée de titres de champion de France. T’as été vice-champion d’Europe 125, vice-champion du monde 125. Il fut un temps, tu étais le Français qui montait. Les années sont passées. Tu me disais que beaucoup de gens te demandaient pourquoi tu ne retentais pas ta chance sur le mondial. Qu’est-ce qu’on répond une bonne fois pour toutes ?

Oui, quand j’étais plus jeune, j’ai gagné très tôt. J’ai enchaîné les années avec de bons résultats. Et puis je suis arrivé en 250 sur l’Europe. Pour moi, le passage en quatre temps a été le plus marquant. J’ai commencé à tomber. Je roulais vite, mais je chutais et, forcément, j’ai fini par me faire mal plusieurs fois.

J’ai enchaîné les blessures, et c’est ce qui m’a doucement écarté des Grands Prix. Quand j’étais plus jeune, j’avais pour objectif de rouler pour les plus grandes équipes du mondial. Ça ne s’est pas passé comme ça, malheureusement.

Mais je suis heureux de ce que je fais aujourd’hui. Ce n’est pas parce que je ne roule plus en Grand Prix que je ne peux pas faire de moto. Les GP n’étaient pas la seule finalité, et il y a quand même des opportunités pour pouvoir vivre de mon sport et de ma passion.

J’ai tourné la page maintenant, même si c’était un peu difficile au début d’accepter que je n’avais pas réussi. Mais en ouvrant les yeux, on se rend compte qu’il y a autre chose, à commencer par le Supercross, qui est une discipline qui me plaît énormément. Il y a le CFS, les courses au Brésil, en Australie, en Inde etc …

Rossi, Prugnières, Guyon. Parcours différents, situations différentes. Mais vous avez tous les trois, à un moment donné, représenté la relève à votre façon. Pour des raisons diverses, vous vous êtes tous éloignés du mondial. C’est quoi le facteur qui différencie celui qui réussira de celui qui devra se résigner ? On a l’impression que parfois, il suffit d’être là au bon endroit, au bon moment, sinon d’avoir un peu de chance.

Il faut toujours avoir un peu de chance. Maintenant, il faut aussi savoir la provoquer.

Marc-Antoine, c’était un très gros talent. Ce mec-là, il allait tout casser techniquement. Il a enchaîné les blessures costaudes, et il s’est éloigné du sport. Prugnières, lui, était un peu moins talentueux, je dirais, mais il roulait fort. Quentin, Marc-Antoine et moi, on était des mecs capables de rouler en GP. Mais tout le monde ne peut pas arriver en haut du panier. C’est comme un entonnoir : plus on monte, plus ça se restreint au fur et à mesure. Nous, on a loupé le coche, c’est comme ça, et il faut l’accepter.

Moi, je l’ai accepté. Pour rester en GP, il faut tout de suite être dans de bonnes équipes et performer. Avec le recul, faire le mondial dans une équipe qui ne tient pas la route ou avec une moto qui n’est pas compétitive, c’est l’échec assuré.

En 2022, j’étais encore chez VRT. J’avais une excellente moto. J’ai pu faire de gros coups d’éclat, avec une bonne vitesse. Mais c’est dû au fait que j’avais une très bonne moto. Sans ce genre de moto, tu ne peux pas rouler devant, jamais de la vie. On l’a très bien vu l’année d’après chez Fantic : ça a été chaotique pour moi.

En 2019, tu fais vice-champion d’Europe et du monde. Sur le papier, tu termines devant De Wolf, Langenfelder, Farres. Trois mecs qui, plus tard, sont devenus champions du monde MX2. Les cartes ne se distribuent pas toujours de la même façon ?

Oui. Mais Kay de Wolf était très jeune à l’époque quand il est monté en 125cc, et moi, j’étais dans ma dernière année. Je partais pour le titre. En fait, heureusement que je roulais devant lui compte tenu de son âge, il devait avoir 14 ans à l’époque. Langenfelder, c’est un peu le même cursus.

Concernant Guillem Farres… je ne sais pas comment il a réussi à sortir un deal avec Star Racing. Surtout que quand il est parti là-bas, il n’avait pas fait des résultats exceptionnels. Certes, Guillem avait un beau style de pilotage, mais honnêtement, je ne sais pas comment il a pu avoir un contrat là-bas. En tout cas, il a assumé son rôle depuis : il a été champion du monde. Les trois l’ont été.

Je pense que la différence réside dans certains choix de carrière, dans la façon de faire, de s’entraîner, de s’entourer, de l’encadrement. L’entourage joue énormément. J’ai pu m’en rendre compte par moi-même. Si on est encadré par les bonnes personnes et qu’on a la bonne approche, on a déjà de bonnes cartes en main.

Quand on se blesse, il faut savoir prendre le temps de se remettre correctement, ne pas vouloir se précipiter, sinon on se grille et après, c’est terminé. Moi, j’ai pu me rendre compte que je n’étais pas toujours entouré des bonnes personnes. Ça m’a beaucoup appris par la suite. Le sport, c’est une bonne école de la vie et je ne regrette pas.

Je sais que je ne ferai pas de carrière en mondial. Ce n’est pas très grave, il faut savoir passer à autre chose.

En 2021 et 2021, tu roulais sur l’Europe 250. Tu étais capable de jouer le top 5, les podiums. On parle d’années charnières. On voit bien qu’il n’y a que 2 ou 3 mecs qui sortent de l’Europe avec de bons guidons pour le MX2. Les blessures ne t’ont pas aidé ces années là. C’est là, que tu as loupé le coche selon toi ?

Peut-être que je ne suis pas arrivé au bon moment, je ne sais pas. Les portes ne se sont pas ouvertes à ce moment-là. Après, tu ne peux pas toujours expliquer le pourquoi du comment d’une carrière. Parfois, un mec arrive, ça tombe sur lui, et ça marche pour lui. Parfois non.

En vérité, je n’ai jamais eu de grosse opportunité. Peut-être que je ne la méritais tout simplement pas. Il y avait des pilotes meilleurs que moi. On voulait tous rouler pour les usines, KTM, Yamaha, Kawasaki. Moi, je n’ai pas eu l’opportunité de le faire, car mes résultats n’étaient pas assez bons pour y prétendre.

Ça fait partie du jeu, du sport. Il y a parfois plus d’opportunités, parfois moins. Certains pilotes méritent aussi un peu plus que d’autres, il faut le dire.

En 2021, tu ne fais que quatre manches sur l’Europe 250 à cause de tes blessures. Tu termines trois fois 4e devant des Everts, Oliver, Farres, McLellan, Horgmo. Ce sont des gars qui ont eu des opportunités que tu n’as pas eues par la suite. Le niveau était là, mais la régularité t’a fait défaut. Miser sur toi, c’était risqué, d’un côté.

Oui. J’avais cette image de pilote qui va vite mais qui tombe, qui se fait mal. C’est là que je me suis rendu compte que l’entourage jouait beaucoup.

Plus jeune, je voulais toujours en faire plus, toujours plus, et même trop. Je n’ai jamais été du genre à avoir un poil dans la main. J’étais tout le temps en surentraînement et j’étais surtout très fragile. Dès que je tombais, je me cassais un truc.

Les années sont passées, j’ai appris de tout ça. J’ai pu voir ce qui me convenait, ce que j’aimais et ce qui marchait pour moi. J’ai beaucoup appris. Aujourd’hui, c’est moi qui me gère, qui fais mes plannings d’entraînement. Je sais ce dont j’ai besoin, j’ai adapté tout ça. Je me suis rendu compte des erreurs au fur et à mesure des années. Mais en étant plus jeune, avec le manque d’expérience et de recul, je fonçais tête baissée sans savoir vraiment ce qui était bénéfique pour moi.

En 2022, il y a ce fameux podium sur le mondial MX2 en France. L’année d’après, tu signes chez Maddii Fantic. Sur le papier, on parlait d’un team officiel. On se disait que c’était un beau tremplin. Mais rien ne s’est passé comme prévu là-bas…

Quand j’ai été essayer les motos avant de signer, elles marchaient super bien. Il y avait ce qu’il fallait, les ingénieurs, etc. Je descendais de la KTM de chez VRT qui était excellente.

La Fantic n’était pas loin de ma KTM. C’était une très bonne moto. Quand je l’ai essayée à Lommel, je me suis dit qu’il y avait moyen de faire quelque chose avec en mondial, à condition d’aller chercher un petit peu plus de puissance. Ce n’était pas déconnant pour rouler devant en GP.

J’ai signé, je suis arrivé en Italie, et je n’ai jamais revu la moto qu’on m’avait fait essayer… Je me suis dit que j’allais faire avec. Durant le testing, je passais jusqu’à quatre moteurs par semaine. À un moment, ils m’ont dit de me démerder et ils m’ont donné un moteur d’origine, genre « nous fais pas chier ». J’étais chez eux, en Italie, loin de tout, ça ne se passait pas bien.

C’était vraiment l’une des pires années pour moi, sur tous les plans. Mental, physique, état d’esprit. C’était très compliqué. Je me suis blessé à l’épaule en Argentine dès le premier GP en me faisant sauter dessus. Je reviens plus tard, et je me fais mal au genou. J’ai mis un terme à ma saison comme ça…

De là, tu fais une saison en France avec Valentin Teillet en 2024, et tu décroches une opportunité avec Riley Kawasaki pour 2025. Ce qui devait être ta dernière année en MX2. À la tête du projet, un certain Olaf Hazen qui est bien connu dans le milieu… Tout est tombé à l’eau avant le début de saison. Tu as dû avoir le sentiment qu’on t’avait volé ta dernière saison de mondial, non ?

Carrément. Quand on m’a dit que je pouvais revenir en GP avec du matériel intéressant, des gens qu’on connaissait bien, qui étaient compétents, avec de bons moteurs, je me suis dit que ce n’était pas déconnant du tout. Sauf que je me suis fait mener en bateau complet.

Je n’ai jamais rien vu de tout ce qu’on m’avait promis, et j’ai dû partir du mondial sans jamais faire ma dernière année de GP. De là, j’ai compris que c’était terminé pour moi, et j’ai décidé de tourner la page du championnat du monde.

Au début, c’était difficile à accepter, forcément. Mais j’ai décidé de rebondir, il me fallait quelque chose de nouveau.

C’est pour ça que j’ai décidé de monter en 450 en 2025. Ça s’est fait sur le tard avec Triumph, je n’ai eu la moto que mi-janvier. Je voulais partir sur une nouvelle moto, j’étais précurseur en quelque sorte. Je me suis fixé de nouveaux objectifs et je me suis concentré sur le championnat de France. Finalement, ça a été un bon choix pour moi.

Finalement, tu n’as jamais eu la vie de Monsieur tout le monde. Ton enfance a été différente, et aujourd’hui ton quotidien reste différent de celui de la plupart des gens. Tu ne vas pas au boulot comme eux le font le matin. Avec l’âge, tu as pris conscience que tu menais une vie très différente de celle des autres ?

Oui, c’est sûr. Il faut savoir que ma mère vient du patinage de haut niveau, donc elle connaît très bien le milieu du sport. Mon père, lui, n’est pas du tout passionné de sport. Il adore la mécanique, mais personne de ma famille n’avait fait de motocross avant moi.

Un jour, j’ai piaillé à mes parents pour avoir une petite moto, puis ça a commencé de là. Il y avait une école de moto à côté de chez moi et, petit à petit, ils m’ont laissé aller là-bas.

Jamais l’objectif de base n’a été de finir sportif professionnel. C’est moi qui me suis imposé tout ça. C’était mon objectif personnel, et mes parents étaient là pour m’accompagner, m’aider. Mes parents ne m’ont jamais forcé à faire de la moto. Je pouvais décider d’arrêter du jour au lendemain, ça ne leur posait pas de problème ; je faisais ce que je voulais.

Cette rigueur, ce mode de vie, c’est moi qui me les suis infligés. Je voulais performer dans ce sport. Ne pas pouvoir sortir, ne pas vivre la même vie que les autres jeunes de mon âge, ça n’a jamais été un frein. Je ne l’ai pas mal vécu. Aujourd’hui, je vis de ma passion. Mais je me rends compte de plus de choses aussi, car je prends de l’âge. Je me dis que j’ai de la chance de faire ce que je fais. Je n’ai jamais eu à aller travailler à l’usine. Le sport est aussi très formateur pour la vie de tous les jours.

Tu penses parfois à ce que tu ferais si la moto n’était plus une option pour toi ?

Oui. J’y ai pensé à plusieurs reprises parce que j’ai pensé à arrêter la moto quelques fois.

Je ne me vois pas entraîner des pilotes. J’aime bien le faire ponctuellement, pouvoir transmettre, etc. Mais le faire au quotidien ou sur toute une saison, ce n’est pas pour moi.

Par contre, je me verrais bien travailler pour des marques, en tant que commercial ou quelque chose comme ça. Le commerce me plaît bien en général, et je me dis que je pourrais plus tard travailler pour une marque dans le monde de la moto. Ma vie, elle est dédiée à la moto. J’aimerais rester dans ce milieu.

On a parlé de tes parents. S’ils sont toujours présents aujourd’hui, leur rôle doit être différent. Aujourd’hui, tu t’assumes financièrement. L’investissement financier pour en arriver là pendant 10 ou 12 ans a quand même dû être énorme. On vous voit sur l’Europe, le mondial, dans des structures… Mais ce n’est pas pour autant que les dépenses s’arrêtent. Rares, finalement, sont ceux qui gagnent correctement leur vie.

C’est clair. Pour ma part, j’ai un parcours atypique. Mes parents n’ont jamais voulu mettre tout leur pognon dans la moto, c’était hors de question. Ils ne voulaient pas se ruiner pour que je fasse de la moto. Le but, c’était de m’accompagner au mieux, mais pas de finir sur la paille.

Pour l’anecdote, plus jeune, mon père avait fabriqué un camion aménagé lui-même. Il avait pris un vieil Iveco, il avait rallongé le châssis, il avait mis une caisse de déménageur en plus dessus. Il avait acheté une caravane accidentée pour mettre tout l’intérieur dedans, et on roulait à l’huile de friture. On s’arrêtait pour faire le plein dans les restaurants ! Voilà la façon de voir de mes parents.

Ils me disaient : « T’inquiète, on va trouver des solutions pour que tu ailles sur les courses, mais on ne va pas acheter le camping-car à 150 000 € et tu n’auras pas 15 motos neuves. »

Mon père partait aussi du principe qu’il fallait rouler sur des marques différentes. C’est pourquoi j’ai été champion de France sur Cobra et sur TM. Il ne voulait pas acheter les marques référentes ou faire comme tout le monde. Il se disait que si on roulait sur la moto la moins représentée, on avait plus de chances d’être aidés. On voulait trouver des aides pour combler l’argent qu’on n’avait pas. J’ai pu faire des résultats comme ça en France.

Pour ma première saison d’Europe 125, je voulais faire tout le championnat. Mon père m’a dit qu’on ne pouvait pas, que c’était trop cher. Mais le deal, c’était qu’on allait faire l’Europe 125 en France. J’avais une chance pour me montrer. J’ai bien roulé ce week-end-là, et le lendemain, j’ai signé un contrat avec VRT.

De là, j’ai été pris en charge par Mickael Vrignon, que je ne remercierai jamais assez vu ce qu’il a fait pour moi. Il m’a énormément aidé dans ma carrière. J’avais 14 ans, je suis parti de chez mes parents, Mickael avait fait une dépendance chez lui pour que je puisse avoir un appartement, et c’est comme ça que ça a vraiment commencé sur l’Europe pour moi. Mes parents m’ont dit : « C’est maintenant, à toi de saisir l’opportunité. » Et c’est ce que j’ai fait.

Elles sont légion, les histoires de parents qui lâchent 50 000, 80 000 ou 100 000 € dans une saison ou une équipe pour que leur gamin roule sur l’Europe.

Oui. Pour nous, ce n’était pas le cas. Mes parents ne pouvaient déjà pas le faire et, même s’ils avaient pu, ce n’est pas ce qu’on voulait faire. Moi, ça m’aurait fait chier de me dire que mes parents craquaient de l’argent pour intégrer une équipe.

On prend assez de risques comme ça, même en étant jeunes. Au bout d’un moment, payer pour prendre des risques, c’est inconcevable pour moi.

Est-ce que, quand tu étais sur le championnat du monde, la réalité de la vie de pilote correspondait finalement à celle que tu avais imaginée quand tu étais plus jeune et que tu te disais : « Je rêve d’être sur le championnat du monde » ?

Il y a de super côtés et des moins bons. Globalement, je dirais que je retiens les bons côtés. Avoir un mécanicien et monter sur une moto qui est parfaite tout le temps — là, je parle de mon expérience chez VRT —, c’est vraiment des saisons où tu te régales. À l’époque, je ne me rendais pas compte de la chance que j’avais.

Puis il y a les moins bons côtés, comme les blessures récurrentes. Mon genou a pris cher. Je me suis fait deux fois le croisé sur le même genou. Je me suis encore fait mal l’an dernier. Ce sont des blessures qui prennent du temps, qui sont longues. Sauf qu’elles sont arrivées à des moments critiques pour moi. Et ça ne m’a pas aidé dans mes opportunités de carrière.

Désormais, tu as monté ta propre structure et tu te concentres sur les championnats de France, en plus d’épreuves inter’. Aujourd’hui, tu fais toujours de la moto, tu es toujours un compétiteur, tu as toujours pour objectif de performer. Le quotidien doit être différent des années où tu étais pilote de GP. La vie est plus douce aujourd’hui ?

Plus douce ? Non (rires). Différente ? Oui. Je vis toujours de la moto à temps plein, c’est quand même vraiment cool. J’ai de la chance d’avoir des partenaires extrasportifs qui m’aident financièrement.

Si je roule bien, je gagne des primes. Mieux je roule, mieux je gagne ma vie. Par contre, je gère tous les à-côtés. C’est moi qui fais toute ma mécanique pendant la semaine, je suis tout seul. Quand je rentre de l’entraînement, c’est lavage, entretien, préparation.

Je dois aussi gérer mon budget. J’ai un budget de mes partenaires et je ne dois pas tout flamber. Il faut être intelligent, consommer intelligemment ce budget, car les marques donnent de moins en moins. Enfin, moins que quand tu fais une saison de GP, et c’est normal. La conjoncture économique n’aide pas non plus, tout le monde le voit.

Mais ce rôle de management me plaît, bien qu’il me prenne du temps et de l’énergie. J’ai plusieurs casquettes : celle de pilote qui gère ses programmes, qui fait son sport, et celle de mécanicien pendant la semaine, et je t’assure que j’en chie ! On a eu un gros rappel sur les motos dernièrement, j’ai dû changer toutes les culasses. Dans les gros coups de bourre, mon père est là pour me filer un coup de main ou quand il faut vraiment ouvrir le moteur. Sinon, c’est moi qui me débrouille tout seul.

Tu as de nouvelles responsabilités. Tu es dans une vie d’adulte. Tu dois subvenir à tes besoins, peut-être aussi songer à fonder une famille, penser à l’avenir. Est-ce que le fait d’avoir grandi, d’avoir un peu changé de projets, ça a modifié ta vision et ton rapport avec le sport ?

Oui, carrément. J’ai une copine, je fais en sorte de passer plus de temps avec elle. Avec l’âge, tu te projettes un peu plus sur l’avenir. C’est une vie un peu plus classique, on va dire. Tu as un peu plus les pieds sur terre avec ce genre de programme.

Maintenant, tu peux en vivre si tu fais du résultat. Je passe beaucoup plus de temps à Poitiers, chez moi, qu’avant. Lors des années précédentes, j’étais toujours à droite, à gauche. Ça me plaît aussi, car j’ai finalement pu investir dans mon atelier, digne d’un atelier de GP, j’ai aussi pu faire mes pistes d’entraînement. Quand je fais des courses le week-end, je suis content de rentrer chez moi et de pouvoir profiter.

Quand on voit les carrières de Soubeyras, Aranda, Desprey, on se dit qu’ils ne sont pas si mal lotis que ça. On peut avoir une belle carrière, avoir fait du mondial, sans pour autant avoir été champion du monde. Ils vivent probablement mieux aujourd’hui que le mec qui fait 8e des GP. Aujourd’hui, il y a des opportunités partout, de quoi remplir son calendrier de courses, voyager, prendre des primes. Comme on en parlait, les GP ne sont pas une finalité.

Vu le système économique d’Infront, je ne vois pas l’intérêt d’aller sur le mondial en tant que pilote privé. On me demande pourquoi, parfois, je ne fais pas un ou deux Grands Prix. Mais en fait, ce sont des week-ends qui me coûtent un bras, pour zéro retour financier. Alors oui, les pistes sont top, mais les pilotes ne sont pas payés par le promoteur. C’est dommage, mais c’est aussi pourquoi les grilles sont vides.

Certains y arrivent, comme un Jan Pancar, mais avec ce système, ça réduit énormément les opportunités pour les pilotes. Moi, je vais aller rouler en Inde, en Allemagne. Tu peux largement te remplir un calendrier sur l’année avec ces courses-là. Et si tu roules bien, tu repars avec tes primes. Aujourd’hui, je suis dans la vie active. On a tous des factures. Ces courses-là nous permettent de vivre.

Est-ce que la prise de risque est différente aujourd’hui ?

Oui. Vu le nombre de fois que je me suis blessé, j’ai fini par prendre conscience de pas mal de choses. Au moment où il faut prendre des risques, j’arrive à être conscient des risques que je prends. Le motocross reste un sport très risqué. Parfois, une prise de risque n’est pas nécessaire.

Exemple : il y a deux semaines, j’étais sur une épreuve en Normandie, à Basly. J’étais malade. Je n’allais pas risquer ma vie en étant malade. Plus jeune, j’aurais mis la tête dans le guidon, quitte à me monter en l’air. Mais si tu te blesses, tu n’avances pas, tu recules.

L’approche et la façon de faire sont différentes. Et je pense que c’est bien mieux comme ça. Mieux vaut être là tous les week-ends, quitte à moins performer certaines fois. Faire 4-4, c’est bien pour jouer placé sur un championnat, c’est mieux que d’aller risquer de te blesser pour faire 2-2. Les marques cherchent aussi des pilotes qui jouent placés aux championnats.

Pour 2027, on sait ce qu’on fait ?

Oui. Pour ma part, je vais continuer avec le même programme sur une Triumph, toujours en 450cc. C’est une moto qui me plaît bien. Ça se passe bien avec la marque.

Là, je suis en train de relancer tous les partenaires, et ça me fait plaisir, car je vois que beaucoup de marques sont contentes de mon année, de ma communication, et qu’elles me reconduisent pour 2027. C’est bon de pouvoir avoir des partenaires fidèles, de pouvoir aborder les saisons en étant serein. Et puis, je ne suis pas du genre à faire la girouette non plus. Je suis quelqu’un de sérieux avec mes partenaires.

Quel conseil tu donnerais à la jeune génération ? Je vais penser à Goyer, Bruneau, Cazet Mennillo, Diss-Fenard, Herzogenrath, Buysschaert, les jeunes de l’Europe 125 de 2026. Ceux qui espèrent perçer dans ce sport. Tu es passé par là, toi aussi.

Mon conseil, ce serait de bien établir leur plan de carrière et de ne pas trop s’éparpiller. C’est toujours facile à dire, mais faire les bons choix et bien s’entourer, c’est crucial. Il faut regarder où les pilotes performent, avec qui et pourquoi. Il faut être curieux, se renseigner. Il faut essayer de décrocher les opportunités qui sont viables, là où on voit que ça fonctionne pour les autres.

Image: Pablo Bodineau

En savoir plus

Zhang Xue [ZXMOTO] « L’objectif est de viser la plus haute marche d’ici deux à trois ans »

Zhang Xue [ZXMOTO] « L’objectif est de viser la plus haute marche d’ici deux à trois ans »

22 octobre 2026
Nicolo Alvisi « Chez Bud Racing, ils ont démontré qu’ils avaient mis au point une excellente méthode »

Nicolo Alvisi « Chez Bud Racing, ils ont démontré qu’ils avaient mis au point une excellente méthode »

20 octobre 2026
Fabrice Dufresne : les clés du sponsoring sportif

Fabrice Dufresne : les clés du sponsoring sportif

15 octobre 2026
Joel Roelants « Lucas et Sacha ne vont pas quitter l’Europe sans titre »

Joel Roelants « Lucas et Sacha ne vont pas quitter l’Europe sans titre »

11 octobre 2026
Valentin Guillod « Ma 15ème sélection, je suis un vétéran ! »

Valentin Guillod « Ma 15ème sélection, je suis un vétéran ! »

2 octobre 2026
Jed Beaton « L’attente n’est pas la même, mais je pense qu’on peut tous très bien rouler »

Jed Beaton « L’attente n’est pas la même, mais je pense qu’on peut tous très bien rouler »

2 octobre 2026
Haiden Deegan « Il faut que je me fixe des objectifs qui me motivent, qui me donnent faim »

Haiden Deegan « Il faut que je me fixe des objectifs qui me motivent, qui me donnent faim »

28 septembre 2026
Jorge Prado « Je ne roule pas pour l’argent à l’inverse d’Haiden. Je roule par passion, parce que j’aime ce sport »

Jorge Prado « Je ne roule pas pour l’argent à l’inverse d’Haiden. Je roule par passion, parce que j’aime ce sport »

27 septembre 2026
Dylan Ferrandis : « Ma carrière aura été bien plus belle que ce que j’aurais pu imaginer »

Dylan Ferrandis : « Ma carrière aura été bien plus belle que ce que j’aurais pu imaginer »

26 septembre 2026
Joel Roelants « Lucas, Sacha et Liam ont des tempéraments de gagnants »

Joel Roelants « Lucas, Sacha et Liam ont des tempéraments de gagnants »

24 septembre 2026
Voir plus

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

On reste en contact ?

Articles recommandés

USA: Michael Mosiman rebondit chez Quad Lock Honda en 2027

USA: Michael Mosiman rebondit chez Quad Lock Honda en 2027

22 octobre 2026

Sa neuvième saison en 250cc sur le sol Américain, Michael Mosiman la fera en rouge. Après être passé par les...

MXDN: Chance Hymas déclare forfait pour les Nations d’Ernée

MXDN: Chance Hymas déclare forfait pour les Nations d’Ernée

26 septembre 2026

On pourrait croire à une mauvaise blague, mais non. À quelques jours du Motocross des Nations d’Ernée, une nouvelle équipe...

CFS Berck-sur-Mer 2026 : comment suivre l’épreuve en direct ?

CFS Berck-sur-Mer 2026 : comment suivre l’épreuve en direct ?

17 octobre 2026

Belle nouveauté pour cette saison 2026/2027 : après le FSBK, le championnat de France des Sables sera diffusé en direct...

2027: Mads Fredsoe monte sur le mondial MX2 avec Becker KTM

2027: Mads Fredsoe monte sur le mondial MX2 avec Becker KTM

1 octobre 2026

Le jeune danois Mads Fredsoe s’est assuré un guidon pour la saison 2027, après avoir confirmé son arrivée chez Becker...

USA: nouveaux numéros de carrière pour Prado, Davies et DiFrancesco en 2027

USA: nouveaux numéros de carrière pour Prado, Davies et DiFrancesco en 2027

1 octobre 2026

La liste des numéros pour la saison 2027 est désormais connue outre-Atlantique. Plusieurs changements sont à signaler en vue de...

  • Advertise
  • Politique de confidentialité
  • Contact
© 2019-2026 www.dailymotocross.fr

Re-bienvenue !

Se connecter avec Google
OU

Connectez vous ci-dessous

Mot de passe oublié ? Inscription

Créer un compte

S'inscrire avec Google
OU

Complétez le formulaire pour vous inscrire

Veuillez remplir tous les champs Connexion

Récupérer mon mot de passe

Merci d'indiquer votre nom d'utilisateur / email pour réinitialiser votre mot de passe

Connexion
  • Connexion
  • Inscription
  • Accueil
  • L’actu aux USA
  • MXGP et Europe
  • France
  • WSX
  • Interviews
  • Médias
  • Matos

© 2019-2026 www.dailymotocross.fr