La décision est prise. Après plus de quinze années passées au plus haut niveau, Eli Tomac a tourné la page. Mais juste avant de prendre part à la finale de Ridgedale, il s’est livré une dernière fois sur cette période forcément particulière, sur les difficultés rencontrées depuis l’annonce de sa retraite, mais aussi sur ce qu’il retiendra de sa belle et longue carrière. Et s’il assure être en paix avec sa décision, le multiple champion AMA sait déjà que certaines émotions seront difficiles à contenir.
« Le plus dur, c’était de prendre la décision initiale de raccrocher. C’est vraiment ça qui pesait le plus pour moi. Je savais qu’au terme de la deuxième manche, ça allait vraiment me toucher. Mais j’ai pris ma décision et je suis en paix avec cette dernière. »
Les premières courses disputées après la grande annonce n’ont pourtant pas été simples. Avec la fin de carrière dans un coin de sa tête, Eli reconnaît avoir eu du mal à rouler libéré, notamment lors de l’ouverture du championnat SMX à Columbus, disputée dans des conditions difficiles.
« Les dernières épreuves du SMX ont été difficiles, et celle de Columbus dans la boue particulièrement. J’étais complètement ailleurs, je suis entré dans un mode de protection. La semaine suivante, j’ai signé des résultats un peu meilleurs, mais cette course dans la boue a été difficile pour moi. Je n’ai pas vraiment été le pilote que j’aurais voulu être. Je me suis fait fumer. C’était dur, parce que c’était ma première course depuis l’annonce de ma fin de carrière. J’avais annoncé que ce serait terminé pour moi après les trois dernières épreuves du SMX. Ça allait forcément être difficile : tu penses à beaucoup de choses et c’est vraiment ce qui m’a fait galérer pendant le SMX. Ce n’est pas simple une fois que tu as annoncé à tout le monde que tu allais raccrocher. »
À quelques jours de prendre part à sa toute dernière épreuve à Ridgedale, Eli Tomac explique avoir écourté sa semaine d’entraînement, avant de réaliser qu’il ne retournerait plus sur sa propriété pour y suivre les entraînements qui ont rythmé toute sa carrière jusqu’ici.
« J’ai roulé cette semaine avant Ridgedale, mais j’ai sauté ma séance du mercredi. D’habitude, je roule le mardi et le mercredi entre les courses, mais notre camion-citerne est tombé en panne mardi soir et je me suis dit : “Tu sais quoi ? Je ne vais pas rouler, pas grave.” Et quand j’ai compris que je n’allais plus retourner sur ma propriété pour m’y entraîner, ça m’a vraiment mis une claque. »
Désormais, et pour la première fois depuis son arrivée chez les professionnels en 2010, Eli Tomac ne prépare plus la prochaine course, mais sa vie d’après. Autant dire que le changement sera important pour celui qui a consacré le plus clair de son existence à sa carrière sportive.
« C’est difficile de savoir de quoi sera faite la suite. Je me dis surtout qu’il y aura beaucoup moins de voyages et de déplacements. On verra. On sait que la vie va ralentir un peu, mais j’ai beaucoup de choses à faire chez moi, au ranch, et on attend également un autre enfant d’ici décembre. Il y a beaucoup de belles choses qui arrivent. Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas le genre de mec à rester inactif. Je ferai quelque chose, je ne sais simplement pas encore quoi. Je suis incapable de rester assis. Il faut que je fasse du cardio, du vélo de route, du VTT, quelque chose. J’ai toujours été quelqu’un de très actif, et c’est une bonne chose. »
Et s’il y a une chose qu’Eli Tomac semble particulièrement attendre, c’est le temps qu’il pourra enfin consacrer à sa famille. Après des années rythmées par les déplacements et les entraînements, Eli s’apprête à changer de rythme, et à adopter un quotidien plus proche de ses enfants.
« J’ai hâte d’ouvrir un nouveau chapitre de ma vie et de pouvoir profiter davantage des moments avec mes enfants. Que ce soit pour prendre le temps de leur construire un terrain de pit-bike, un pump track, un terrain pour leurs voitures télécommandées… Mes enfants sont déjà sur deux roues, sur des petites motos électriques et tout ça. Je ne sais pas où on va, mais on y va ! Et c’est franchement plus difficile de gérer la patience avec des enfants que de suivre son entraînement de routine pour préparer les épreuves. La routine, justement, c’est la routine. C’est facile. Apprendre la patience avec les enfants, c’est bien plus compliqué [rires]. »
Quand vient le moment de regarder dans le rétroviseur, Eli Tomac ne s’attarde pas uniquement sur les titres. Sa longévité au plus haut niveau constitue probablement l’un des éléments les plus marquants de sa carrière. Pendant douze saisons consécutives, l’Américain a remporté au moins une épreuve en catégorie reine, une régularité qui témoigne à elle seule de sa présence aux avant-postes au fil des saisons.
« Ce que je vais retenir ? Je pense que ce sont les chiffres. Le fait d’avoir été capable de gagner pendant 12 saisons consécutives. Le fait d’avoir eu cette longévité dans le sport et d’avoir pu gagner pendant aussi longtemps. C’est ce que j’avais en tête pendant toutes ces années. Je me disais que tant que je serais capable de gagner des courses, je continuerais, jusqu’au jour où ce ne serait plus le cas. Je pense être allé plus loin que la norme à ce niveau-là. Ces dernières années, ça a été un peu plus difficile, mais j’ai toujours été capable de revenir et de gagner à nouveau. On en revient à la longévité. »
Cette longévité aura notamment permis à Eli Tomac de se mesurer à plusieurs générations de pilotes. Eli a connu les dernières années de Stewart, Canard, Reed, puis les années Villopoto et Dungey avant de voir arriver la relève, la sienne cette fois-ci. Pour Eli, les premières années en 450 restent d’ailleurs parmi les souvenirs les plus marquants.
« Je dirais que ma meilleure période, c’était 2022, avec les deux titres majeurs remportés la même année. J’ai probablement été la meilleure version de moi-même cette année-là. Mais quand je repense aux années précédentes, entre 2017 et 2020 par exemple, j’ai clairement remporté le plus de Supercross, même si je n’ai pas gagné autant de titres. Mais toutes ces saisons représentent des chapitres différents. Je pense notamment à mes premières années en 450. Je roulais carrément contre mes idoles. C’était quelque chose de difficile à gérer : je me retrouvais en piste avec Chad Reed et James Stewart et j’essayais de les battre. Je me disais : “Putain, j’admirais ces gars quand j’étais gamin.” C’était très particulier, mais aussi difficile à gérer. Puis tu grandis, tu trouves ta place et tu deviens toi-même. De là, j’ai fait ma carrière en 450, et sont nées des rivalités avec d’autres pilotes. J’ai l’impression d’être un dinosaure, d’avoir traversé deux ou trois générations [rires]. Et maintenant, tout à coup, me voilà à stopper ma carrière. Tous ces moments étaient particuliers. Ils l’étaient vraiment. »
Une carrière qui aura donc traversé plusieurs époques, plusieurs générations. Mais Eli Tomac ne semble pas vouloir uniquement être retenu pour ses résultats. À l’heure de tourner les talons pour de bon, il espère également laisser une trace auprès de la nouvelle génération.
« J’aimerais être quelqu’un que les enfants admirent. Quand j’étais gamin, on allait toujours au Supercross de Phoenix et on regardait nos idoles rouler. J’aimerais être une bonne image pour les jeunes et, je l’espère, quelqu’un qu’ils puissent prendre comme modèle. J’aimerais qu’on garde une bonne image de moi. »
Une page se tourne.

















