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Enzo Herzogenrath « À mes parents, merci d’avoir cru en moi »

Kévin Frelaud Par Kévin Frelaud
28 juillet 2025
dans Interviews
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Il s’appelle Enzo Herzogenrath, il a 14 ans, et vient tout juste de décrocher le titre de champion d’Europe 85cc à Loket, en République tchèque. Son jeune palmarès, déjà bien fourni, s’enrichit d’un premier sacre européen qui en appelle d’autres. Soutenu par la structure TMX Compétition, Enzo a livré deux manches de haute volée dans des conditions météo changeantes en Tchéquie, et peut désormais savourer un titre amplement mérité. Il revient sur ce week-end à notre micro. Bravo, champion.

Enzo, 3-1 ce week-end et le titre de champion d’Europe à la clé. Une belle revanche sur le Mondial Junior où, j’imagine, il y a eu un peu de déception. Le contrat est rempli pour toi. Est-ce que tu réalises aujourd’hui que tu es champion d’Europe ? Tu as cette belle plaque, cette médaille. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Oui, on voulait bien se rattraper après la Coupe du Monde ; c’est super. J’ai encore du mal à me rendre compte, mais c’est fait. Je suis super content. Je voulais vraiment montrer que j’en étais capable, parce que je n’ai pas eu beaucoup de réussite lors des courses importantes par le passé. Là, je fais 1-3. Je savais que c’était largement suffisant de faire troisième pour être champion en deuxième manche. J’ai montré que j’avais une belle vitesse en première manche, donc finir troisième dans la seconde, c’était quand même bien. Bien sûr, ça aurait été top de gagner les deux, mais il valait mieux rester concentré pour aller décrocher le titre de champion d’Europe.

Vous n’avez pas eu d’essais libres. Juste des essais chrono sur une piste assez sèche. Ensuite, la pluie est arrivée. Tu as eu droit à une piste vraiment différente entre le samedi et le dimanche. Finalement, tu semblais vraiment très à l’aise en première manche. Tu as creusé un énorme écart. Ça se passe comment pour toi ce samedi ? Tu t’es surpris à reléguer tout le monde à 50 secondes ?

C’est vrai qu’aux chronos, on n’a pas eu beaucoup de temps. Mais bon, c’est comme ça. Je fais quatrième des chronos, et ce n’était pas trop mal. J’aurais pu l’améliorer, mais avec le trafic, c’était compliqué, car on était 50 sur la piste. En première manche, je suis parti en mode smooth. J’aime bien ces conditions plus difficiles parce que je sais rouler là-dedans. Je sais qu’il ne faut pas faire l’abruti, on va dire. Et au départ, le holeshot est magnifique. Après, j’ai posé mon roulage. Je n’ai pas regardé derrière moi. Je pensais qu’à ma technique. J’avais de super traces et c’était top à rouler, j’ai vraiment pris du plaisir.

Contrairement au Mondial Junior, là, on est sur deux jours. Tu fais une première manche de folie, tu la gagnes. Comment on gère le stress entre le samedi et le dimanche ? Tu as dû pas mal cogiter, la nuit a dû être courte pour toi.

Oui, c’est sûr que dans ce cas-là, la nuit, c’est un peu dur, mais il fallait faire avec. On va dire que j’ai essayé de ne pas y penser. Mais l’adrénaline est là, et elle fait son travail. Donc j’étais forcément un peu stressé avant la deuxième manche. Et puis même physiquement, je sentais que j’avais le corps un peu mou. Je savais malgré tout que j’étais prêt physiquement. Après, le stress, il fallait passer au-dessus. Mais j’ai fait un bon départ, je me suis bien démerdé. Je suis parti second, et Leok était devant. Je savais qu’il n’était pas un danger pour moi vu qu’il n’avait pas marqué de points en première manche. Derrière moi, il y avait Caudet. Je n’ai pas voulu prendre de risque, et j’ai fini par le laisser passer, puis j’ai posé mon pilotage. Je me suis fait distancer, j’étais tout seul et franchement, c’était parfait. Bon, c’était un peu dur physiquement, parce que j’étais vraiment très stressé, mais je suis super content.

Il ressemble à quoi, le débrief le samedi soir, que ce soit avec papa, le coach, ou le staff de l’équipe de France ? Qu’est-ce qu’on te dit après la première manche pour te canaliser et te préparer pour la seconde manche ?

Juste « kiffe ». C’est une chance d’être là, on me le dit souvent, même si ça n’a pas l’air comme ça. Mais on me dit de prendre du plaisir, de ne pas penser au titre, de rouler comme je sais le faire. On me dit de prendre un bon départ, de faire la même chose qu’en première manche. Bien sûr, c’est compliqué, mais on essaye quand même.

Le samedi, Enzo a dominé la première manche EMX85 dans des conditions difficiles
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Le dimanche matin, la piste était bien sèche par rapport à la veille. Vous avez eu un petit warm-up avant d’aller faire la seconde manche. C’est quoi la stratégie à ce moment-là ? Est-ce que c’est de regarder des traces ? Est-ce que c’est d’essayer de faire un gros tour rapide pour voir le rythme que tu peux mettre ?

Elle était un peu différente. Il n’y avait quasiment qu’une trace à chaque fois et, à côté, c’était encore bien gras. On va dire qu’il n’y avait pas vraiment de stratégie, on élabore chacun des plans de notre côté. Moi, j’avais privilégié de faire trois tours dans lesquels je devais essayer des traces à chaque fois, donc trois traces différentes dans chaque tour.

Mais je savais déjà les bonnes traces, comme me l’avait dit mon coach Xavier Boog. Après, je les ai prises pour voir comment elles allaient pendant le warm-up. Elles allaient bien. Je les ai donc reprises pendant la manche, et c’était quand même plutôt pas mal.

Pendant cette seconde manche, tu as un peu assuré. J’imagine que tu savais que ça suffisait pour être titré. Moi, la question que j’ai, c’est : à quoi tu penses pendant cette seconde manche, et qu’est-ce qu’on te panneaute ? Cette seconde manche a dû être la plus longue de toute ta jeune carrière.

Oui, c’était long et très stressant. Sur le panneau, au début, vu qu’on ne sait encore rien, on met comme en première manche. On me dit « vas-y, roule, pense à ta technique, respire ». Et après, plus la manche avance, plus on essaye de me calmer. On me met l’avance que j’ai sur le quatrième, pour que je sache où j’en suis. Je regardais quand même parfois derrière moi pour voir où les autres en étaient. Il fallait vraiment rouler posé.

Mon père me faisait des signes avec la tête pour me dire « sois intelligent », parce que même si je suis intelligent, parfois, ça peut être chaud [rires]. On pense beaucoup dans cette situation, on se dit « tu peux, mais reste concentré jusqu’au bout ».

Après, c’est sûr que c’est toujours dans un coin de ta tête, ce titre. On ne m’a rien panneauté à ce sujet pendant la manche. Je savais qui était devant, et je savais que c’était bon si je restais troisième. Il ne fallait surtout pas tomber et prendre son temps. Sur le panneau, on me mettait des choses pour que je sois concentré jusqu’à la fin. Mon père me faisait des petits signes, comme d’habitude, et c’était très bien comme ça.

Conscient de l’enjeu le dimanche, Enzo a assuré une solide troisième place en seconde manche

Finir champion d’Europe 85, c’est un peu le premier accomplissement d’un jeune rêve. Il faut beaucoup de boulot pour en arriver là. On a vu, quand tu franchis la ligne d’arrivée, il y a toute la pression qui retombe, il y a une émotion qui s’échappe. C’est quoi cette émotion ? Qu’est-ce que tu penses à ce moment-là ?

Oui, surtout que j’avais bien commencé la saison, et ce qui est arrivé à la Coupe du Monde, ça m’a mis un coup au moral parce que j’étais vraiment déçu. Du coup, je me suis mis à bosser encore plus. J’étais avec Xavier Boog. Je ne dirais pas que j’ai commencé à mieux rouler après ça, mais j’ai vraiment fait des entraînements comme il le fallait. Du coup, ça m’a vraiment mis dedans. Quand je passe la ligne d’arrivée, ça change beaucoup de choses. Je ne vais pas dire que ma vie change, mais ça va sûrement m’aider pour les prochaines années, car elles seront importantes pour configurer la suite. C’est un peu un rêve qui se réalise, et puis tu peux te dire « C’est moi qui ai été le meilleur ».

Tu vas pouvoir te la raconter devant les copains à l’école, là [rires].

Non [rires]. Je n’aime pas me la raconter. Après, je le mérite. Oui, il y en a plein d’autres qui l’auraient mérité aussi, mais c’est moi qui ai été champion, c’est comme ça. Pour moi, pas besoin de se vanter, il y a encore plein d’autres choses à prouver !

Cinquième du Mondial, vice-champion de France Espoirs, champion d’Europe. Une grosse saison pour toi ; c’est quoi la suite ?

Oui, une grosse saison. J’ai terminé vice-champion de France. J’aurais pu être champion, mais je me suis blessé à la cuisse ; je me suis déchiré le quadriceps trois jours avant la course. Rouler, c’était déjà un miracle. Je fais vice-champion derrière Rafael, pas très loin, mais c’est comme ça.

Cinquième du Mondial, c’est quand même une bonne note parce qu’on voulait aller chercher un top 10, mais forcément on veut toujours plus, c’est comme ça qu’est fait l’être humain. Être champion d’Europe, ça, je le voulais vraiment. Je ne l’ai pas volé, on ne me l’a pas donné, c’est moi qui l’ai mérité et je suis vraiment content parce que je sais que je le mérite.

Là, on va se mettre en bonne condition pour les dernières épreuves de la saison, dont la dernière du SX Tour. Essayer d’être champion de France de Supercross, ce serait bien aussi !

L’instant du sacre Européen pour Enzo Herzogenrath
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Un titre de champion d’Europe, ça se fête comment ?

On va le fêter avec mes proches. Je vais vraiment remercier tout le monde et puis vraiment profiter et savourer ce moment parce que ce n’est pas tout le monde qui peut le vivre. On va le fêter un peu sur le retour, après avec ma famille qui est très contente, qui m’a suivi à la télévision aussi.

Tu parles de ta famille, j’imagine que ce titre c’est celui d’Enzo, mais c’est aussi celui de toute une famille derrière toi, de partenaires aussi. Pour arriver à ce niveau, il faut forcément un encadrement solide, être entouré des bonnes personnes et surtout faire pas mal de sacrifices dans l’ombre, dont tout le monde n’est pas forcément conscient.

Oui, c’est très dur, c’est différent des autres. Il faut bosser physiquement, quand même penser à l’école, apprendre l’anglais, tout ça. J’ai eu beaucoup de monde derrière moi : mon père, mes parents, ma famille, mes deux coachs, mon coach sportif et mon coach moto, plus mon team, donc je les remercie aussi. Il y a aussi mes sponsors qui sont très importants, je les remercie également. À toute ma famille aussi, je pense à eux.

Si tu devais dire quelque chose à tes parents aujourd’hui, qu’est-ce que tu leur dirais ?

À mes parents, merci d’avoir cru en moi pour commencer, je leur dirais aussi que je les aime. Je leur dirais que je suis content qu’ils m’aient parfois forcé à faire certaines choses, par exemple à persévérer lors de certains entraînements quand c’était dur, et que j’avais envie d’abandonner. On me disait « Non, continue, n’abandonne pas. Tu verras, ça payera ». Et ça a payé aujourd’hui.

Sur le long terme, ce serait quoi, le rêve d’Enzo Herzogenrath ?

Sur le long terme, j’aimerais bien pouvoir être champion d’Europe dans toutes les catégories, EMX125, EMX250, et après trouver un team pour le Mondial, un peu comme Mathis Valin a fait. Après, j’ai l’exemple de Tom Vialle et je rêve de décrocher au moins un titre de champion du monde MX2. On verra les portes qui s’ouvriront. Un jour, on passera peut-être en 450 ou on partira aux USA, comme Tom !

Lire aussi: Graîne de champions – Enzo Herzogenrath

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