Avec deux titres européens en trois ans, Bud Racing Kawasaki s’impose comme l’une des références du championnat d’Europe 250. Après Mathis Valin en 2024, Francisco Garcia a offert un nouveau sacre à l’équipe Française en 2026, devenant au passage le premier Espagnol à décrocher le titre dans la catégorie. À l’heure de se tourner vers 2027, Stéphane Dassé revient sur cette saison 2026, la relation avec Kawasaki, l’expérience américaine de Bud Racing, l’évolution de son rôle aux côtés de sa fille Lili et les ambitions de l’équipe pour la saison prochaine. Micro.
Stéphane, vous courez après le titre de champion d’Europe depuis longtemps. Bud Racing en a décroché un avec Mathis Valin en 2024, puis désormais avec Francisco Garcia. Qu’est-ce que ça représente ? Vous êtes désormais l’équipe à battre. Ce qui n’était pas forcément le cas il y a quelques années.
Oui, c’est sûr. C’est notre deuxième titre en trois ans, donc on est très fiers. On a énormément travaillé, mais on a aussi eu la chance d’avoir de très bons pilotes, car c’est une véritable combinaison entre les pilotes, l’équipe, l’ambiance et l’environnement. Je pense qu’on a aussi réussi à créer quelque chose de positif pour que tout le monde soit à 100 % et puisse ramener de si bons résultats. Francisco a été exceptionnel toute l’année, depuis la première épreuve de la saison. Il s’est blessé à la mi-saison, pendant l’été, ce qui nous a un peu inquiétés. À Arnhem, c’était un peu plus difficile parce qu’il ne s’est pas beaucoup entraîné et que l’épreuve était très physique. Mais on a fait une très belle saison, et on est très heureux pour toute l’équipe et pour Kawasaki.
Francisco était favori avant le début de saison. Il devait avoir de la pression sur les épaules. Mais visiblement, ça ne l’a pas dérangé.
C’est exactement ça. Il étai favori. Mais sur l’Europe 250, on ne peut pas vraiment parler de favori car tous les pilotes sont très jeunes, et tous les scénarios peuvent se présenter. Ils peuvent gagner une manche, mais aussi terminer 15ème dans la seconde. Mais Francisco a été vraiment plus fort que les autres, et aussi très régulier. Il avait une excellente vitesse.
Vous l’aviez probablement signé dans l’espoir de prétendre au titre. Mais vous vous attendiez à ce qu’il y parvienne vraiment, dans le fond ? C’était un bon pilote, mais pas vraiment un garçon qui remportait des épreuves à l’époque.
C’est vrai. C’est toujours l’objectif, mais comme tu le dis, on ne peut jamais être totalement certain du déroulement des choses. Gagner une manche, c’est beaucoup plus simple que gagner un titre; c’est une autre affaire. Parvenir à tout mettre bout à bout, ça représente vraiment un gros défi. Réussir à être titré deux fois en si peu de temps, c’est vraiment bien pour notre équipe. Mais on n’est jamais assurés de rien. Quand on choisi un pilote, c’est qu’on croit en lui et qu’on pense pouvoir vraiment l’aider à franchir une nouvelle étape. Là, on pense déjà à la saison prochaine, avec de nouveaux défis.
Francisco semble impliqué et déterminé. C’est comment de travailler avec lui ? Je n’ai pas le sentiment que vous devez le surveiller, vérifier qu’il fasse son sport, etc …
En règle générale et de mon avis, je dirais que les Espagnols, les Français et les Italiens sont un peu plus paresseux, qu’ils veulent surtout s’amuser. Mais je pense que chez Bud Racing, on a su séparer le travail du plaisir. Et c’est très important.
Francisco, c’est quelqu’un qui travaille dur. Il est motivé et il vient d’une famille qui est partie de zéro. Il veut gagner des titres, et la fédération Espagnole a fait du très bon travail avec lui dès le début. Je l’ai vu plusieurs fois lors des stages à l’entraînement, quand il devait avoir 15 ou 16 ans, et j’avais déjà remarqué sa vitesse, et de bonnes choses chez lui.
Mais on savait qu’il lui manquait encore beaucoup de choses. Mais c’est un très gros travailleur. Il est sérieux, et on n’a jamais eu à se plaindre de lui. Il est toujours à l’heure pour s’entraîner et ça, c’est important.
Kawasaki joue un rôle important dans l’équipe ? Vous êtes, sur le papier, l’équipe chargée de préparer les pilotes pour le team officiel en mondial. Tous les pilotes n’iront pas jusque là, mais c’est l’objectif pour la plupart d’entre eux.
On a un bon soutien de la part de Kawasaki Europe, également un peu de Kawasaki France, et maintenant du Japon. On entretient une vraie relation avec eux car, contrairement à l’équipe officielle, on utilise des motos basées sur le modèle de série. On peut donc également beaucoup échanger avec le Japon au sujet de la future moto, que ce soit concernant les problèmes ou les évolutions qu’on souhaite apporter. Pour nous, c’est une aide importante et ils nous soutiennent de plus en plus chaque année. Pas spécialement financièrement, mais techniquement, au niveau des échanges et sur tous les aspects. La relation est très bonne et c’est vraiment un plus, car le niveau du championnat d’Europe 250 est désormais très élevé. Aujourd’hui, un champion d’Europe 250 peut terminer entre la 5e et la 10e place en MX2. On doit donc se battre avec des concurrents solides, notamment le groupe KTM, mais aussi les autres.
Un mot sur Jake. Quel bilan fait-on de sa saison jusqu’ici ? Il a été solide, mis à part à Arnhem et Lommel, où on pourra identifier des faiblesses, j’imagine.
Avec Jake, c’est un peu étrange. Car il est plutôt bon dans le sable. Ce n’est pas un grand spécialiste, mais il s’en sort plutôt bien. Il peut viser un top 5 dans le sable, mais on doit encore améliorer quelques points. On a toutes les clefs et je pense qu’il a le talent nécessaire, il a le package qu’il faut. On doit peaufiner certains détails pour parvenir à tout mettre bout à bout, car ses essais ont été plutôt mauvais à Arnhem et ce n’est jamais idéal sur ce type de tracé car la grille de départ n’est pas droite, et si tu es mal placé, tu ne peux pas partir devant. Si tu ne pars pas devant dans le sable et que tu n’es pas un spécialiste de la texture, tu ne peux pas vraiment espérer revenir chercher un gros résultat. On croit en Jake. On le connaît plutôt bien, on sait ce qu’il nous reste à faire avec lui. C’est un gros défi, mais c’est aussi quelque chose d’intéressant pour nous. On est prêts à faire le maximum pour lui permettre de se battre pour le titre; ce sera un beau challenge.
Jake a été prolongé. J’ai été surpris, car je pensais qu’il viserait un départ aux USA, ou qu’il monterait en 2026. Vous l’avez signé assez tôt dans la saison.
Oui. On a choisi de lui proposer de rester une année de plus avec nous assez tôt dans la saison. On avait le sentiment qu’il n’était pas encore vraiment prêt à aller chercher le titre en EMX250. Et pour passer en MX2, on pense qu’il a encore besoin d’avoir quelques cartes supplémentaires en main. Faire une nouvelle saison sur l’Europe 250 l’an prochain peut vraiment être un avantage pour lui, et on fera aussi quelques Grands Prix avec lui pour l’aider à franchir un nouveau cap. Il va aussi faire le World Supercross avec nous cette année. Notre objectif est vraiment de développer les derniers petits points qui lui manquent. Ensuite, s’il monte en GP ou qu’il part aux USA, il sera prêt à se battre devant, car le niveau en mondial MX2 est très relevé. Si on ne parvient pas à rouler dans le top 10 en MX2, la montée en catégorie n’a pas vraiment de sens. Les jeunes veulent vite devenir professionnels. Mais on pense qu’une année de plus sur l’Europe, avec quelques grands prix, après un bon hiver, peut vraiment lui donner de meilleures chances pour l’avenir.
Un mot sur Southwick. C’était une belle opportunité pour le team de rouler aux USA. Mais là-bas, il y a énormément de motos d’usine. Ça a dû être difficile même si Francisco a très bien roulé. Avec Jake, ils devaient être désavantagés en termes de puissance.
C’est exactement ça. On avait seulement quelques pièces sur des motos d’occasion. Comparé à Star Racing Yamaha, Pro Circuit Kawasaki ou Red Bull KTM, on n’était évidemment pas au même niveau de compétition. Le carburant est également très différent de celui qu’on utilise en Europe. Les conditions n’étaient donc pas idéales pour Francisco et Jake, mais on était aux USA avant tout pour vivre une belle expérience, leur ouvrir l’esprit et leur montrer que le Motocross ne se limite pas qu’à l’Europe. Il y a les USA, et le monde entier ! On voulait leur donner davantage de clés pour réussir à l’avenir. C’était très intéressant. On a été très bien accueillis par le promoteur et la presse aux USA. Je pense que pour eux, c’était une bonne expérience de découvrir quelque chose de différent. On était contents de pouvoir le faire, car ce sont de bons jeunes, ils font beaucoup pour nous, donc on voulait aussi le récompenser.
Visiblement chez Bud Racing, on commence davantage à transmettre les rênes à Lili, à lui donner plus de responsabilités. Tu étais moins présent cette année, non ?
Oui. Tu sais, je commence à vieillir [rires]. Lili est très motivée, et elle connaît le milieu de la compétition depuis ses 10 ans. Elle connaît très bien tous les aspects du sport. Moi, je vais sur les courses importantes et je reste également concentré sur le siège de Bud Racing. On a beaucoup de travail, des projets dans l’entreprise, ainsi que sur le développement de la moto, toute la partie technique. C’est bien pour moi. Je peux aussi profiter d’un peu plus de temps avec ma femme. Je pense que la combinaison marche très bien.
Pour 2027, vous n’avez qu’un seul pilote confirmé: Jake. Où en êtes-vous en ce qui concerne le second pilote ?
Oui. On veut deux pilotes, mais pour l’heure, pas grand-chose. Il y a encore une semaine, on n’avait aucun plan précis, c’était assez difficile. On cherchait des solutions. Mais dernièrement, beaucoup de portes se sont ouvertes. Il y a désormais beaucoup de possibilités avec de très bons pilotes. On va donc prendre une décision dans les prochains jours. On discute aussi avec Kawasaki afin de prendre la meilleure décision ensemble, et essayer de mettre en place une vraie stratégie pour l’avenir.
L’idée est donc de partir avec un jeune pilote qui a du potentiel pour l’avenir, ou de chercher quelqu’un pour jouer le titre directement en 2027 ?
On a les deux options. Soit on prend un deuxième pilote capable de jouer le titre, afin d’avoir deux pilotes pour jouer les podiums et les victoires, soit on prend un pilote plus jeune pour préparer l’avenir avec lui. Voilà les options qui sont sur la table en ce moment. Les deux sont bonnes, il faut juste prendre une décision. Ce n’est pas simple, mais on va tenter de trouver la meilleure solution dans les prochains jours.

















