Dylan Ferrandis l’a annoncé il y a quelques jours : après dix années passées aux États-Unis et du haut de ses 32 ans, le Français mettra un terme à sa carrière à l’issue de la finale du championnat SuperMotocross, ce samedi à Ridgedale. Une décision qui n’a pas été prise sur un coup de tête, et qu’il a expliquée ce vendredi à l’occasion d’une ultime conférence de presse.
« Raccrocher, j’y pensais après chaque mauvaise course. Quand on fait une mauvaise course, le lendemain, c’est la pire journée du monde. On veut arrêter, on déteste sa vie. Donc certaines courses ont été difficiles cette année. Mais après une bonne course, je me disais que je pouvais continuer pendant encore une, voire deux saisons. Et puis, je me suis simplement rendu compte que les saisons étaient trop longues. 31 courses, c’est vraiment trop long. Après chaque épreuve, physiquement, mon corps est détruit. Il m’est de plus en plus difficile de récupérer et de me sentir bien après une course, même quand je roule bien. J’ai mal partout, je suis crevé. C’est pourquoi je me suis dit qu’à 32 ans, il était peut-être temps de prendre du repos. Je ne veux plus avoir à me battre avec mon corps chaque semaine pour essayer de récupérer. Imaginer rempiler pour 31 épreuves la saison prochaine, c’était trop pour moi. Voilà comment j’ai pris ma décision. C’était difficile pour moi – après les épreuves – de récupérer et d’avoir envie d’aller m’entraîner, car j’étais tout le temps fatigué. C’est la principale raison. »
En pliant bagages fin 2016 pour quitter le mondial afin de tenter sa chance aux USA, Dylan Ferrandis nourrissait un objectif simple : réussir à vivre de son sport outre-Atlantique. Dix ans plus tard et avec quatre titres AMA à son palmarès, le Français estime aujourd’hui avoir largement dépassé les objectifs qu’il s’était fixés.
« Ma carrière aura été bien plus belle que ce que j’aurais pu imaginer. Quand j’étais gamin, mon objectif était simplement de venir rouler aux États-Unis et de pouvoir vivre de la moto. Donc boucler ma carrière avec des titres, des victoires et des podiums, c’est juste incroyable pour moi. C’est bien plus que ce que j’aurais pu espérer quand j’étais petit. Je suis heureux, à 100 %, et aussi très fier de mon parcours. C’est une certitude. J’ai décroché quatre titres. Gagner, c’est difficile dans n’importe quel sport, mais spécialement dans le nôtre. Je suis très fier de chacun de mes titres. Comme je l’ai dit, mon objectif était de pouvoir vivre de ma passion. Me battre pour un championnat, c’était du bonus. Quand j’ai décroché le premier titre à Las Vegas, dans des circonstances incroyables, c’était vraiment spécial. Puis il y a eu le dernier titre en 450cc. Quand tu remportes un championnat en catégorie reine aux USA, ça veut dire que tu as battu tous les meilleurs pilotes. C’est peut-être le titre dont je suis le plus fier. »
Si la fatigue physique a fini par prendre le dessus, un élément a rendu sa décision encore plus difficile : l’aventure Ducati. Arrivé au sein du giron du constructeur italien cette année avec l’objectif de développer la Desmo450 MX sur le continent américain, Dylan Ferrandis a largement contribué à l’évolution de la moto. L’officiel Ducati sait que le potentiel est là et que la marge de progression reste importante, mais sa décision est désormais prise.
« L’aventure Ducati, ça a rendu ma décision plus difficile parce que j’adore l’équipe. J’adore les gens qui la composent. La moto est top et il y a encore une énorme marge de progression pour l’année prochaine. Donc je suis un peu triste de partir maintenant, parce que j’ai le sentiment d’avoir amené la Ducati là où elle est aujourd’hui, et qu’elle a encore un bel avenir. Je sais qu’on peut être encore meilleurs et je me disais : “Peut-être que je ne devrais pas partir maintenant, parce que l’année prochaine, cette moto pourrait aller chercher encore plus de top 5.” Donc ce n’était pas une décision facile, mais je l’ai prise. Si la moto et l’équipe n’avaient pas été aussi bonnes, ça aurait été plus facile de raccrocher pour moi. »
Dylan Ferrandis a préféré annoncer sa retraite avant de disputer sa dernière épreuve, histoire de pouvoir l’aborder l’esprit plus léger. À Ridgedale, le pilote Français va tout donner une dernière fois pour le team, et vise à raccrocher les gants sur une bonne note.
« J’aimerais pouvoir disputer la dernière épreuve ce samedi normalement. C’est pourquoi j’ai annoncé que je prenais ma retraite cette semaine. Je voulais que les gens sachent que cette décision, c’était la mienne. Mais c’était difficile de m’entraîner cette semaine parce que, forcément, j’y pensais. J’ai reçu beaucoup de messages, d’appels. C’est pour ça que je voulais l’annoncer avant la course, et essayer de me concentrer à 100 % sur ce week-end. Parce que je veux quand même terminer sur une bonne note. Je veux toujours aller chercher le meilleur résultat pour le team. Je veux pouvoir faire ma dernière course comme si c’était la première, tout donner, et partir sans regrets. »
Après avoir connu l’Europe et le mondial avant de passer une décennie au plus haut niveau outre-Atlantique, Dylan Ferrandis encourage la relève à tenter sa chance aux États-Unis.
« Mon conseil pour ceux qui voudraient tenter l’aventure aux USA ? Prenez le risque, ça en vaut 100 % la peine. Le sport est ici, c’est aux USA. J’ai roulé à travers le monde durant toute ma vie, et c’est ici qu’est le sport. Ici, le Motocross est énorme. Il y a les meilleurs pilotes, les meilleures équipes, les meilleurs techniciens, mécaniciens… Tentez votre chance. Si vous venez et que ça ne marche pas, vous pourrez toujours rentrer et vous ne le regretterez pas. Les USA, c’est le meilleur endroit pour rouler à moto. »
Quant à son avenir, Dylan Ferrandis ne sait pas encore ce que les prochains mois lui réservent. Après avoir consacré toute la dernière décennie à sa carrière sportive, le Français souhaite avant tout prendre du recul et profiter de sa nouvelle vie. Une dernière course, avant de tourner la page avec 4 titres, 21 victoires et 60 podiums aux USA.
« Je ne sais pas de quoi sera fait la suite, je veux juste pouvoir me reposer. J’ai eu de la chance de pouvoir remporter des championnats dans ma carrière. L’argent n’est donc pas un problème pour moi à l’heure actuelle. Je peux ne pas travailler pendant quelques temps. Je veux pouvoir me reposer un peu, et faire le point. Je veux rester vivre aux USA, car j’aime ce pays. Pour l’heure, pas de plans : je veux juste profiter de la vie, de ma retraite. Je veux pouvoir venir à Anaheim 1 en tant que fan et regarder les courses. En 10 ans aux USA, je n’ai jamais vraiment pu aller sur une course en tant que fan pour regarder les courses depuis les gradins, à part A1 et San Diego. Je vais continuer à suivre le sport, mais différemment. »
















