C’est fait pour Jorge Prado. L’officiel Red Bull KTM décroche son tout premier titre de champion des États-Unis — du monde, diront certains — en accrochant la couronne de champion SMX 450 à Ridgedale, face à Haiden Deegan.
Une belle revanche pour le pilote espagnol, qui avait connu une descente aux enfers lors de sa première saison sur le sol américain, au sein du team Monster Energy Kawasaki, en 2025.
Avant de retrouver l’Espagnol aux Nations, Jorge revient sur cette dernière épreuve du calendrier AMA et sur ce premier titre au pays de l’Oncle Sam. Micro.
Jorge, félicitations pour ce titre. Après une première manche qui ne s’est pas déroulée comme tu l’espérais, tu devais avoir un peu de pression sur tes épaules en seconde manche ?
Oui. La première manche a été difficile. J’ai fait une belle sortie de grille, mais je n’ai pas réussi à prendre de la vitesse ensuite. Je suis très mal rentré dans le premier virage, mi-paquet, voire fin de paquet. J’ai fait beaucoup de dépassements dans les premiers virages et dès le premier tour, et je suis rapidement remonté à la cinquième place, mais je n’ai tout simplement pas réussi à remonter plus que ça.
J’étais assez déçu après la première manche. Je me suis dit que j’allais peut-être perdre ce championnat et que ce serait de ma faute, parce que je n’avais pas réussi à prendre un bon départ et qu’ensuite je n’avais pas été capable de revenir sur Cooper Webb, et les autres, pour au moins aller chercher un podium. Je me suis dit : « Putain, je me suis vraiment mis dans une mauvaise position avant la deuxième manche. »
Puis je me suis dit que, la seule façon d’être sûr de décrocher le titre, c’était de gagner la seconde manche. Mais ce n’est pas facile à faire, parce que je n’avais encore gagné aucune course sur le championnat SMX. Alors pourquoi est-ce que je gagnerais justement la dernière ? Les chances étaient assez minces, puisque je n’avais encore jamais gagné de manche.
J’ai fait quelques changements. Je me suis placé plus à l’extérieur sur la grille pour la seconde manche. Je pense d’ailleurs que c’était l’une de mes erreurs en première manche. Je savais que mon départ devait être parfait. Je me suis assuré de choisir une bonne place derrière la grille, d’être parfaitement positionné et de pouvoir tout exécuter à 100 % en deuxième manche.
J’ai pris un départ plutôt correct et j’ai vraiment tout fait pour aller chercher le holeshot. De là, la course était lancée, c’était la position que je voulais en début de course. J’étais nerveux, parce que je voulais vraiment sortir en tête du premier virage. J’ai vu qu’Haiden était derrière moi et je me suis dit que c’était le début du face à face.
Ma mentalité, c’était simplement de gagner. Je n’avais pas d’autre option en tête. Je savais que si je gagnais la manche, j’étais certain de remporter le titre et d’aller le chercher par moi-même, et pas à cause d’une contre-performance d’un autre pilote.
Je suis donc parti à fond pendant 20 minutes. J’ai sprinté du début à la fin. Je ne pouvais pas aller plus vite que ça. C’est la réalité. J’étais à 100 %, évidemment en essayant de ne pas chuter, mais on était vraiment à fond dans cette deuxième manche.
Entre Haiden et toi, une rivalité est en train de naître et on sait qu’il est réputé pour tout tenter lorsqu’il y a beaucoup d’argent en jeu. On gère ça comment, quand on roule une finale comme ça face à lui pendant 20 minutes ?
S’il n’est pas suffisamment proche de moi, il ne peut rien tenter. Donc l’objectif, c’était de creuser l’écart. Mais je n’y arrivais pas. Il était toujours au contact. J’étais rapide dans certaines portions, mais il me reprenait du temps dans d’autres.
Je n’arrivais donc pas à ouvrir ce petit écart qui m’aurait permis d’être à l’aise, avec deux ou trois secondes d’avance. Puis sont arrivés les retardataires, et Haiden était encore plus proche. Je savais qu’il aurait une opportunité dans ce virage à 180 degrés, parce que je laissais beaucoup d’espace à l’intérieur. Mais quand tu laisses autant d’espace, ça veut dire que tu prends la trajectoire principale bien souvent. Donc tu peux t’en sortir. Mais le retardataire n’a pas bougé – c’est toujours le même pilote – et j’ai dû prendre à l’extérieur. Haiden a vu ça, et il a fait un tout droit pour venir au contact. Il n’a même pas tourné. Il n’y avait même pas de tracé là où il est passé. Je savais que ça allait finir par arriver.
C’est pour ça que j’ai freiné très fort au milieu du virage. Je l’ai senti passer devant ma roue avant, il m’a un peu touché, mais pas assez pour me faire tomber. De là, je savais qu’il fallait que j’essaye de prendre le large. Je savais que je gagnais du temps dans le sable, donc je me suis assuré de passer dedans très fort à chaque fois.
Je n’aime pas jouer au jeu du block-pass. Ce n’est pas le genre de pilotage que j’aime. Haiden aime ça. Peut-être qu’en 250, il pouvait jouer avec les autres jeunes, mais pas avec moi. Quand tu roules avec cette mentalité, ça finit mal pour toi. Je suis contre ce genre de manoeuvres. Je ne roule pas pour l’argent à l’inverse d’Haiden. Je roule par passion, parce que j’aime ce sport. J’ai accompli beaucoup de choses en MXGP et je suis venu aux États-Unis pour prouver à tout le monde que je pouvais aussi devenir champion ici. Je roule par passion, et je pense que c’est la passion qui peut t’amener à devenir numéro 1.
Aux USA, on ne te connaît pas comme étant un pilote capable de remonter tout le paquet après un mauvais départ. Mais tu es tombé en fin de manche à Los Angeles samedi dernier, et tu as réussi à remonter. En première manche, tu étais hors du top 10 et tu es revenu de nouveau. Qu’est-ce qui a changé ?
Je pense que je me suis amélioré dans mes dépassements. En première manche, je suis entré dans le premier virage autour de la 15e place, voire pire. J’ai vu des ouvertures, j’allais partout où les autres n’allaient pas, à fond, pour tenter de doubler.
Je pense que je m’améliore dans ce domaine. Je pense que c’est aussi une question de confiance. Je n’avais pas beaucoup d’expérience en Supercross et sur des pistes plus étroites avant. Le fait d’avoir roulé en Supercross et maintenant sur le SMX me permet de mieux comprendre où je peux doubler.
Je pense que ça m’aide énormément et que je suis désormais capable de mieux me positionner sur la piste pour me créer des opportunités.
Tu sembles avoir lâché un gros ouf de soulagement après ta victoire. C’était l’émotion qui te submergeait, ou la pression qui retombait ?
Il y avait beaucoup de pression. Je voulais gagner et je savais que ma seule option était de gagner la seconde manche. Intérieurement, ça te ronge. Oui, j’ai déjà été dans cette situation par le passé, mais ce n’est jamais facile d’aborder la dernière manche de l’année en sachant que tu dois absolument gagner.
Donc oui, c’est vraiment un soulagement par rapport à tout ce que j’ai dû traverser, mais surtout du bonheur. Je suis très heureux aujourd’hui.
As-tu eu le temps de prendre un peu la mesure du chemin parcouru cette année ? Tu as cru en toi. Qu’est-ce que ça représente pour toi aujourd’hui ?
Je pense que c’est l’un des plus beaux titres que je pouvais décrocher. Pourquoi ? Parce que l’année dernière a été une année très difficile. Revenir du fond du trou pour rebondir de cette manière… c’est très difficile mentalement.
Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, tu as besoin d’être entouré des bonnes personnes, et je suis entouré des meilleures. C’est grâce à ça qu’on arrive à accomplir de grandes choses.
Je suis heureux aujourd’hui. J’ai fait le job. J’ai cru en moi. Les gens ont cru en moi également. Et je suis impatient de voir ce que l’avenir nous réserve.

















