Ils n’auront été que très peu nombreux à pouvoir réellement tenir tête à Jeffrey Herlings cette saison. Lucas Coenen y est parvenu à plusieurs reprises, avant que Kay de Wolf ne vienne à son tour bousculer le patron du MXGP à Arnhem. À domicile, le pilote Nestaan Husqvarna s’est offert deux départs aux avant-postes et s’est mesuré à son idole. Deuxième du Grand Prix derrière un Herlings une nouvelle fois impérial, Kay de Wolf a surtout confirmé qu’il faudrait compter sur lui en 2027. Duel avec Jeffrey, cheville douloureuse, opération, travail hivernal, prolongation chez Husqvarna, Motocross des Nations… Le Néerlandais s’est confié après cette belle performance à domicile. Micro.
Kay, on peut dire que ta journée s’est plutôt bien passée à Arnhem. Tu as été en mesure de suivre Jeffrey, voire même d’être plus rapide que lui dans les derniers tours. Selon toi, qu’est-ce qu’il t’a manqué pour le battre ?
C’est une question vraiment difficile. Honnêtement, je ne sais pas. Il faut d’abord qu’on analyse tout ça, je pense. J’ai tout essayé. Donc je ne vais pas me coucher ce soir en me disant : « J’aurais dû faire ça, ou ça. » Enfin, peut-être que si, en fait… Mais je ne peux pas dire que je n’ai pas tout donné. J’ai tout donné, littéralement tout, et même un peu plus. Donc je suis content de ma performance et je suis satisfait du résultat.
Il y a trois semaines, je n’étais même pas capable de me battre avec Jeffrey. On a travaillé sur mes départs. On a travaillé sur plusieurs choses, sur ma condition physique. Et je suis vraiment content d’avoir simplement été capable de me battre avec Jeffrey. Il a gagné 17 Grands Prix à domicile. Donc le battre sur son terrain n’est pas facile. Mais j’ai tout essayé, et même un peu plus. J’ai donné tout ce que j’avais. Mais il faudra attendre encore un peu avant de battre Jeffrey.
Jeffrey est le meilleur pilote de tous les temps en MXGP. Je pense même qu’il est le meilleur pilote du monde. Donc pouvoir simplement me battre avec lui et entendre de sa bouche que je lui ai gâché sa journée… Ça fait plaisir, en fait. C’est aussi ce que je lui ai dit. C’est incroyable d’entendre ça de sa part. Et ça ne fait que me rendre plus fort pour l’avenir. Je suis vraiment content. Il y a huit ans, je le regardais encore à la télévision. Et maintenant, je me bats contre lui.
Tu as eu quelques problèmes avec ta cheville cette année. Tu en es où de ce côté-là ?
Oui, ma cheville n’est pas incroyable. Je me suis à nouveau fait mal hier pendant la journée du samedi. Elle est vraiment instable lorsque je lui en demande beaucoup. Je souffre un peu, en fait. Mais je vais devoir encore me battre pendant… quoi, environ cinq semaines jusqu’aux Nations ? Après ça, je me ferai opérer. Je vais peut-être encore plus souffrir après l’opération, quand je serai allongé dans mon lit 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Mais je serai allongé dans ce lit sans aucun regret.
Je dois simplement travailler dur l’hiver prochain. Et j’espère qu’on pourra améliorer un peu la moto, ce sur quoi le team travaille déjà. Et je suis quasiment certain qu’avec la nouvelle moto qui arrive, ce sera un gros pas en avant. J’ai vraiment hâte de passer un bon hiver et de pouvoir bien bosser. Parce que je pense que si je fais un hiver solide, je pourrais me battre pour le titre. Et c’est le rêve ultime. Alors on verra.
J’ai vu une interview où tu disais que tu n’utilisais jamais l’embrayage sur la 250. En 450, c’est différent. Il y a une vidéo qui traîne où on voit ton mécanicien ouvrir l’embrayage, et il fume ! Tu l’utilises davantage en 450 ?
Oui, clairement. Je l’utilise plus afin de gérer un peu la puissance. La 450 est assez puissante. Mais oui, c’était à Balen, sur une course locale en Belgique. C’est un circuit plein de petits virages serrés. Je pense que tout le monde avait des motos qui chauffaient. Je n’avais jamais vu un embrayage fumer comme ça, du moins sur ma moto. C’était la première fois qu’ils ouvraient le couvercle d’embrayage et il y avait de la fumée qui sortait. Mais c’était juste après la manche. Donc, en gros, toutes les motos auraient probablement fumé de la même façon.
Mais oui, on n’avait jamais vu ça. C’est mon mécanicien de course qui l’a ouvert. Il est mon mécanicien de course depuis six ou sept ans maintenant. Donc même lui n’avait jamais vu ça. C’est pour ça qu’on en rigolait. J’utilise clairement un peu plus l’embrayage dans le sable avec la 450. Sur les terrains durs, je ne l’utilise pas autant. Je pense que je peux faire tout un week-end avec un seul embrayage. Même dans le sable, d’ailleurs.
Je me souviens avoir regardé la télévision néerlandaise, une émission de Willem Wever, il y a de ça une dizaine d’années. Tu avais posé une question: comment faire un scrub. C’est Jeffrey Herlings qui était venu t’expliquer. Ça te fait quoi aujourd’hui de te battre pour la victoire contre ton idole ?
Oui, c’est marrant que tu me poses cette question. C’est dingue parce que ce week-end, je me suis battu contre lui ! Ça fait combien d’années déjà cette émission ? Dix ans, quelque chose comme ça ? Donc, en gros, c’était en 2016. J’avais demandé à Jeffrey comment faire un scrub. Le plus drôle, c’est que je l’ai doublé grâce à un scrub en première manche. On peut dire qu’il m’a bien appris [rires]. Non, plus sérieusement, Jeffrey est mon héros. Pouvoir me battre contre lui et lui donner du fil à retordre, c’est incroyable.
Un mot sur les départs. Ce n’est pas vraiment ton point fort, on peut le dire. Mais je pense que tes départs ont été nettement meilleurs ce week-end. C’est quelque chose sur lequel tu as travaillé ces dernières semaines ?
Oui, clairement. On a beaucoup travaillé sur les départs. J’ai complètement changé ma technique, et ça a vraiment bien payé dans la première manche. Je suis arrivé coude à coude avec Jeffrey dans le premier virage. Je ne me souviens plus vraiment de ce qui s’est passé dans la deuxième manche. Je pense que j’ai complètement loupé au niveau du temps de réaction, mais j’ai quand même fait un bon premier virage. Je suis sorti troisième et je suis rapidement passé deuxième. Tu sais, on ne touche pas vraiment aux réglages de la moto pour les départs. Je pense que les départs sont davantage une question de technique et, avec un peu de chance, on pourra aussi améliorer un peu la moto sur ce point pour l’année prochaine.
Il y a des rumeurs qui circulent dans le paddock. Tu as eu plusieurs offres et tu as décidé de rester chez Husqvarna. Quelle a été la principale raison de ce choix ?
Tout d’abord, ils avaient un droit de préemption, donc ils pouvaient s’aligner sur n’importe quelle offre et, dans ce cas, j’aurais dû rester. C’est ce qu’ils ont fait, et je suis vraiment content qu’ils l’aient fait, parce que c’est mon équipe depuis que j’ai commencé à rouler sur l’Europe et le mondial. On peut donc dire que je considère Nestaan comme « mon » équipe, parce qu’on est ensemble depuis vraiment très longtemps. J’ai littéralement commencé avec eux, voilà pourquoi je suis content de rester.
Vous avez clairement repoussé vos limites avec Jeffrey ce week-end, mais j’ai l’impression qu’aucun de vous n’a franchi la limite.
Oui, mais je ne peux pas dire que j’ai fait une belle seconde manche. En fait, je me suis senti plutôt naze dans cette deuxième manche. J’ai fait beaucoup d’erreurs, selon moi. Le team m’a dit que je devais revoir la course parce que, selon eux, j’ai plutôt bien roulé. Ils m’ont vu faire des choses incroyables, mais de mon point de vue, j’ai vraiment beaucoup souffert dans cette deuxième manche. Je n’étais pas assez efficace, et c’est vraiment quelque chose sur lequel je dois travailler. C’est le bon mot pour expliquer ce que je vais faire cet hiver : travailler sur mon efficacité.
On sait que Jeffrey est un pilote propre, et vous vous êtes vraiment bien battu lors des manches. Est-ce qu’il y a aussi une question de respect mutuel ?
Clairement. Je ne vais pas sortir Jeffrey de la piste volontairement, mais je sais qu’il va me mettre un petit coup de coude, et que je vais lui en mettre un en retour. Mais on ne cherchera pas à se faire tomber, surtout si on prend en compte la position dans laquelle se trouve Jeffrey au championnat. Je vais simplement me battre contre lui aussi fort que possible, mais je ne vais pas essayer de le sortir de la piste comme un sauvage.
Pour le reste de la saison, quel est ton objectif ? Qu’est-ce que tu veux accomplir ?
Il reste trois rounds, donc au moins signer un ou deux podiums supplémentaires, ça m’irait. Bien sûr, je vise une victoire de manche, je vise une victoire de Grand Prix, mais je ne sais pas si c’est possible vu la forme actuelle de Jeffrey. Il est tellement déterminé à gagner en ce moment. Peut-être qu’il lèvera un peu le pied en Turquie, mais s’il décroche le titre dès le samedi, ce qui est possible, peut-être qu’il donnera encore tout le dimanche. Mais j’espère qu’il fera tellement la fête le samedi soir qu’il ne sera même pas capable de rouler ! Comme ça, je pourrai peut-être essayer d’aller chercher une victoire dimanche. Mais actuellement, Jeffrey est au sommet de sa forme.
Ma dernière question concerne le Motocross des Nations. La place en 250 n’est pas encore décidée. Tu aimerais avoir qui à tes côtés ?
Je suis un pilote, pas un team manager, donc je ne peux pas décider qui participera au Motocross des Nations. Mais Glenn a vraiment bien roulé ce week-end, alors on verra qui ils choisiront.
Je ne peux pas décider et je ne vais pas décider à leur place. Je crois qu’on a une réunion cette semaine. Jeffrey et moi, on aura tous les deux notre mot à dire, je pense. On n’est pas team managers, mais je pense qu’on pourrait signer un bon résultat là-bas.
Une chose est certaine : je me battrai pour mon pays. J’ai toujours ramené de bons résultats aux Nations. Je vais m’y présenter à 110 % et je me battrai pour le drapeau.

















